‹ Les Rythmes: comme introduction physique à l'esthétique, Nouvelles méthodes d'analyse et leur application à la musique, aux rythmes du français et aux mètres doriensChapitre 37 sur 91 · LA VRAIE DISTINCTION ENTRE VERS ET PROSE · texte numérisé non relu

LA VRAIE DISTINCTION ENTRE VERS ET PROSE

vers sont nets, et ceux de cette prose flous; ce flou n’est pas intrinsèque aux textes, ne mesure que notre ignorance critique, notre éblouissement devant des formes imprévues.

Est-ce dire que toute distinction disparaît?

Non, mais la distinction réelle est la suivante : Toutes choses égales d’ailleurs, la prose représente un mouvement sonore libre, les vers un mouvement sonore contraint.

Libre, insistons, ne veut pas dire sans rythmes. Mais, dans la prose, les rythmes spontanés n’ont pas à composer avec les rythmes voulus a priori.

Le vers est un double tissu rythmique. En écrivant une tragédie classique, certaines formes rythmiques sont déterminées a priori, trame sur laquelle on tisse. Les formes spontanées accompagnant tout lyrisme, ont à s’insérer dans les précédentes. On pourrait les comparer à un phénomène qui, tout à l’heure, se propageait dans un milieu homogène et isotrope et maïntenant il s’agit d’un milieu cristallin ou déjà organisé en une certaine façon.

En tout cas, il y a dans le vers certains moules rythmiques établis a priori qui déforment les structures rythmiques que le lyrisme coule dans ces moules. Ces moules n’existent pas dans la prose, à moins justement qu’on n’ait voulu faire de la prose rythmée.

La différence entre prose et vers, au point de vue rythmes, est dans la part d’a priori rythmique qui définit le vers, et dont la prose est affranchie.

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