‹ Les Rythmes: comme introduction physique à l'esthétique, Nouvelles méthodes d'analyse et leur application à la musique, aux rythmes du français et aux mètres doriensChapitre 40 sur 91 · RE A LU · texte numérisé non relu

RE A LU

PROSE ET VERS

des formes éminentes : il faut encore qu’il parle français, la langue de tout ce monde qui a besoïn de l’entendre et de s'entendre.

N'est-ce pas transporter sans raison cela à la poésie, que d’écrire à l’usage des poètes des grammaires de la poésie ? ? Si le vers naît avec toutes ses perfections dans les états de parfaite poésie, il n’y a qu’un conseil à donner : s'abstenir d'écrire tant que ces états de haute poésie ne sont pas atteints. Car, de deux choses l’une : ou bien le poète s’y trouve, et alors il est précisément plein des vers parfaits correspondant à la perfection de son lyrisme, il n’a que faire des formes qu’on lui tend, il les a en ses mains. Ou bien le poète est en un état de lyrisme fort médiocre, et alors quel besoin de lui tendre des vers parfaits, pour y SEE ce lyrisme ?

Donc, si le vers D TAiE n’est que le fruit splendide du lyrisme parfait, sans altération aucune due aux théoriciens, la conception de règles que le vers doit observer demeure sans valeur aucune. Il n'y a pas règles que le vers doit suivre mais observation scientifique des lois que le vers suit. Si le vers ne les suivait pas, il ne faudrait pas lui en vouloir, cela prouverait simplement qu’elles sont fausses, qu’on a pris quelques remarques particulières pour des lois générales, qu’on a interpolé et extrapolé abusivement. Mais, de toute façon, la science s’exprime à l'indicatif, non à

A moins de supposer qu’il y a aussi une langue commune de la poésie; que le lyrisme le plus profond, exprimé dans le français le plus pur,

restera impénétrable à une foule de gens, qui le comprendraient comme lyrisme, s’il était exprimé en alexandrins.

ro

VALEUR DES RÈGLES DU VERS impératif, comme disait Poincaré. Des règles à l’impératif sont le signe avertisseur d’une fausse science.

Ces règles se justifieraient si le vers français était, non une forme née de la poésie et remarquée par les hommes, mais un schéma sorti du cerveau des théoriciens. On peut demander alors aux poètes de bien vouloir écrire selon ce schéma, et exercer sur eux toutes les coercitions dont dispose la critique pour les amener à réaliser ce schéma législatif.

Il y a liaison nécessaire entre la notion de règles, et la notion de vers en tant que schéma théorique, entiérement séparé de l’observation des faits ou surajouté à une incomplète observation des faits.

La distance entre ces règles à l'impératif, et la simple constatation, à l'indicatif, de ce qui se passe quand le parfait lyrisme se traduit en rythmes parfaits : cette distance mesure ce que nous avons falsifié, à force de théories, de la pure et simple observation.

Quoiqu'il en soit, nous devons compter avec un fait : le vers français s’est fait au contact des règles et des théoriciens. La science, qui n’a pas plus d’optatif que d’impératif, doit simplement constater ce fait, sans regrets ou désirs. Les plus beaux vers portent les empreintes digitales des théoriciens. Il faut, dans tout ce qui est versifié, distinguer deux facteurs : le vers spontané, tel qu’il eût été dans un domaine de mouvement libre, comme on l’observe souvent en prose; le vers schématique des théoriciens, auquel le vers précédent doit se coller d’une façon plus ou moins subtile.

ANNE, Fe

PROSE ET VERS

Ce qu’on observe réellement est le résultat de cette coexistence.

7. La double structure des vers versifiés. — Nous sommes donc en présence d’un nouveau principe d'analyse et de classement.

Le vers spontané, tel qu’on le découvre en prose, n’a qu’un principe de structure : celui du mouvement spontané qui l’a engendré.

Le vers théorique se peut trouver aussi à l’état isolé. On en a fait beaucoup au xvirr° siècle, et on en trouverait quelques-uns dans les tragédies de Voltaire. Il faut, pour les réussir, posséder une parfaite instruction métrique, par exemple connaître à fond les règles -de Boileau, de Malherbe, et ce qu’en ont dit les savants; et il faut se surprendre dans un de ces bons moments où rien n’altère la parfaite lucidité; où nulle tiède buée ne gâte la claire méditation de ces règles.

Sauf ce cas d'exception, tout ce qu’on appelle communément vers et que nous appellerons parfois vers versifiés, pour les distinguer de ceux que nous avons définis en étudiant la prose, {ous ces vers sont de nature rythmique double : ils représentent le ménage d'un rythme connu a priori, d’un schéma sciemment accepté; et de ces remous de rythmes qu'est toute poésie vivante.

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