Z'ALEXANDRIN DE BOILEAU
2. L’alexandrin de Boileau. — L’alexandrin va don: avoir deux pôles, et se laissera attirer par lun ou par lPautre, ou hésitera entre les deux.
Une de ces deux formes limite de Palexandrin, ce sera un vers ayant pour rythme principal un rythme arithmétique.
Un poème, ce sera un discours en vers blancs. Comme, expérimentalement, des vers blancs, non rimés, qui se suivent, font un effet peu réussi, ils s’orneront de rime. Ils seront ainsi liés entre eux par ce rythme, secondaire, de timbres.
Mais la base rythmique, c’est le vers blanc. Un vers pris isolément sera senti nettement comme vers blanc. Pour cela, il ne faut pas que ce soit un groupe quelconque de 12 syllabes. IT faut un groupe où le sens s’enferme dans ces douze syllabes; si bien qu'il y a réellement de grandes ponctuations avant et après ce groupe, et les ponctuations intérieures ne sont que secondaires. C’est dire que le rejet, dun vers au suivant, est proscrit.
Mais l’organisation intérieure de ces 12 syllabes n’est pas quelconque non plus. Autant que possible, on ne s'éloigne pas de certain type, et ce type est autant que possible symétrique.
La symétrie remarquée la première, et que le travail théorique impose seule, de Malherbe à Boïleau, c’est la symétrie 66, c’est-à-dire une forme à césure médiane. Pas d’enjambement de cette césure.
Aïnsi, le sens enfermé dans 12 syllabes, c’est-à-dire
LES DEUX PÔLES DU VERS. ÉVOLUTION DU VERS FRANÇAIS
le vers nettement dessiné, parce qu’il est séparé du contexte par deux grands silences, un qui le précède et un qui le suit. Pas d’enjambements par-dessus ces silences, qui les réduiraient à une existence purement indiquée, presque virtuelle. Enfin, la structure intérieure du vers a aussi un premier dessin très net, un silence médian plus léger que les précédents, mais néanmoins très net encore. Il coupe le vers en deux moitiés symétriques, 66. Ce silence aussi ne doit pas être enjambé, doit conserver par conséquent toute sa valeur, se trouver régulièrement où on l'attend.
Dans ce cadre, le vers tend à se dessiner sous des formes plus symétriques encore, si possible :
Et quand la rime enfin se trouve au bout des vers, symétrie du type 42 24.
Ou cette forme, si fréquente :
Je ne puis pour louer rencontrer une rime symétrie du type 33 33.
Si on s’en tenait seulement à de telles formes, ce serait cette fois l’absolue monotonie. Elles suggèrent seulement la règle de tous les alexandrins du type à base de vers blanc :
Ils auront, outre une forte césure médiane, jamais négligée, jamais enjambée; ils auront deux césures secondaires de part et d’autre de celle-ci. Parfois, ces deux césures sont à une distance telle, de la césure médiane, qu'une symétrie rigoureuse en résulte, comme dans les exemples précédents. Parfois cette symétrie constituée par les césures secondaires se