‹ Les Rythmes: comme introduction physique à l'esthétique, Nouvelles méthodes d'analyse et leur application à la musique, aux rythmes du français et aux mètres doriensChapitre 72 sur 91 · L'ÉLIMINATION DE L'AMORPHE · texte numérisé non relu

L'ÉLIMINATION DE L'AMORPHE

que les sonorités se soient disposées en structures régulières spontanées, et où il est bien certain qu’on n’en trouvera pas. On procède par élimination de ces dernières, ce qui est beaucoup plus aisé que de chercher à cueillir directement les zones régulières.

On élimine ce qui est menteur, artificiel, d'école; les beautés dont on connaît l’origine étrangère et voulue, les vers introduits, la rhétorique creuse, tous les innombrables procédés par lesquels on enjolive, on se met d'accord avec les gens « qui aiment savourer les primeurs en conserve » (Cocteau). :

On élimine, ou du moins on réserve à plus tard, tout ce qui a été raturé douloureusement, et plus ou moins à froid; tout ce qui provient des conseils d’un censeur, du vingtième retour sur le métier d’un ouvrage qui est peut-être désormais, lyriquement, un monstre inconcevable.

On élimine aussi tout ce qui est connaissance rationelle. Enumérons plutôt, pour éviter de rencontrer des termes philosophiques appelant la discussion : on élimine le fait-divers, la proposition mathématique, 1: renseignement géographique, historique, technique, législatif, etc.

Le lyrisme, les visions profondes, restent dans ce crible. Sans affirmer qu’ils y restent à l’état pur, tout au moins voit-on se restreindre beaucoup le champ qu’on aura à explorer au moyen de nos instruments d'analyse. Nous avons exposé ailleurs le détail de ces opérations d’élimination ?.

3. Lyrisme et structures sonores, cnap. Méthodes pour choisir.

ANALYSE DE LA PROSE

4, Théorie des ratures. — Pour les ratures, qui sont aussi à éliminer, du moins en première analyse, il y a deux remarques essentielles à faire.

D'abord, ce sont très souvent des couches géologiques qui ne sont pas de la même date que le reste. Tout a été renversé et compliqué, et sous l'influence d’une température, de poussées ultérieures. Pour analyser ces zones bouleversées, où l’on ne retrouve pas toujours les lignes naturelles d’un mouvement vécu, il faut au moins s’être longtemps exercé à l’étude de zones d’un seul jet, que rien n’a plissées et renversées après cristallisation.

L'autre remarque peut servir de point de départ à des méditations sur l’art de raturer. Nous disions ailleurs # : Il est probable que la nature admet dans le discours certaines suites sonores, à l’exclusion de certaines autres. En parlant (et, par suite, en comprenant, les deux mécanismes étant deux faces du même) nous réaliserions naturellement des suites de la première classe, à l’exclusion des suites de la seconde. Ainsi, voilà deux classes contenant chacune des suites sonores en nombre illimité, et dont nous ignorons d’ailleurs la loi de formation. Conséquence pratique : Dès que nous quittons la simple nature, pour corriger sciemment, volontairement, notre langage parlé, nous risquons de former des suites de la seconde classe, non naturelles, douées d’un nescio quid pénible, tant pour celui qui les prononce que pour celui qui les écoute : précisé-

4. Essai sur les Rythmes toniques, chap. Paradoxe sur les corrections.

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