CRITÈRE SIMPLE ADOPTÉ ET CRITÈRE DOUBLE DE BOECKH
tantôt là. Mais qu'est-ce que ces licences venant interrompre des trames d’une régularité absolue, des correspondances se vérifiant avec une rigueur absolue d’une strophe à l’autre; et ces licences seraient soumises à une règle, qui est de se produire toujours aux mêmes points. Singulières licences, et qu’il n’y a aucun moyen de comprendre, sinon en admettant que les points où elles se produisent sont en effet des points spéciaux : des points où la notion de longue et de brève se perd, des points hors rythme; c’est-à-dire, puisque tout le reste est rythmé, des points entre rythmes.
Avec notre point de vue, il n’arrive guère qu’on observe des enjambements d’un mot, sinon là où les vers sont très courts. Là, parfois, un mot est coupé entre deux vers successifs. Mais il faut se rappeler que nous sommes ici en pleine musique et que, lorsqu'il y a incompatibilité entre silences musicaux et séparutions logiques (ce qui arrive nécessairement quand les vers deviennent trop courts) ce sont les convenances de la musique qui l’'emportent de beaucoup et non le contraire, comme le pensait Boeckh. Il n’y a qu'à penser aux textes de Wagner : quand les thèmes se font courts et s’entrelacent, il n’y aurait aucun moyen de ne pas voir, parfois, un mot scindé entre deux thèmes qui se suivent, entre deux courts vers.
Cet accident, que Boeckh voulait éviter à tout prix, ces mots partagés entre deux vers, les métriciens autres que Boeckh n’ont trouvé aucun inconvénient à l’admettre dans leurs analyses. Ce qui fait que nous
INTRODUCTION AUX RYTHMES GRECS
pouvons nous appuyer sur Boeckh contre les autres et sur les autres contre Boeckh.
On peut s'expliquer ce qui est arrivé, de la façon suivante : Les autres métriciens sont aussi indulgents à ces tronçonnements de la matière vivante, parce qu'ils ne cherchent pas les divisions naturelles. Boeckh, à défaut d’un énoncé insistant de cette méthode, en a le sens profond. On comprend alors qu’il se montre intransigeant, qu’il ne soit pas disposé à couper n’importe où, comme feront ses successeurs.
Pour arriver à la solution exacte, il va sans dire que c'est l’attitude intransigeante qui est la bonne. Il va sans dire que c’est le principe des divisions naturelles qu’il faut suivre. C’est Boeckh qu’il faut louer de son erreur, et non les autres de leur facilité.
Seulement, cette intransigeance doit se poursuivre contre tout, sauf contre les faits. Or, les faits sont les suivanis :
1° Le plus souvent (cas des vers longs), si l’on coupe suivant les syllabes indifférentes, on a aussi séparé suivant les mots, et non pas séparé des mots en deux.
2° Mais il arrive parfois que la séparation suivant les syllabes indifférentes coupe les mots en deux.
Revenons au critère de Boeckh, formé de deux termes : séparation des mots, séparation par les syllabes indifférentes.
Ce sont là deux choses. Le fait n° 1 montre que l’une des deux au moins correspond à quelque chose de réel, en métrique. Or, il est clair que les unités métriques ne se séparent pas comme se séparent les mots. Le