‹ Les rythmes souveraines, poèmesChapitre 8 sur 11 · LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE

Q ue bondisse soudain mon âme aventurière Vers l'avenir, Et tout à coup je sens encor, Gomme au temps deTenfance, au ^ fond de moi, frémir L'aile qui dort Des anciennes prières.

D'autres phrases et d'autres mots sont murmurés, Mais le vieux rythme avec ses cris est demeuré,

Après combien de jours, le même ; Les temps l'ont imprimé aux sursauts de mon cœur, Dès que je suis allègre et violent d'ardeur,

Et que je sens combien je m'aime.

l54 LES RYTHMBS SOUVERAINS

O l'antique foyer dont survit l'étincelle !

0 prière debout ! 0 prière nouvelle !

Futur, vous m'exaltez comme autrefois mon Dieu,

Vous aussi dominez l'heure et l'âge où nous sommes,

Mais vous, du moins, un jour, vous deviendrez les hommes

Et serez leur esprit, leur front, leur bras, leurs yeux.

Dussiez-vous être moins que ne le veut mon rêve, Que m'importe, si chaque fois Que mon ardeur vous entrevoit Elle s'attise et se relève.

Dès aujourd'hui mon cœur se sent d'accord Avec vos cris et vos transports.

Hommes d'alors Quand vous serez vraiment les maîtres de la terre. Et c'est du fond du présent dur Que je dédie à votre orgueil futur Mon téméraire amour et son feu solitaire.

LA PRIÈRE l55

Je ne suis point de ceux

Dont le passé doux et pieux

Tranquillise Tâme modeste ; La lutte et ses périls font se tendre mon corps, Vers le toujours vivace et renaissant effort, Et je ne puis songer à limiter mes g-estes Aux seuls gestes qu'ont faits les morts.

J'aime la violente et terrible atmosphère Où tout esprit se meut, en notre temps, sur terre, Et les essais, et les combats, et les labeurs D'autant plus téméraires, Qu'ils n'ont pour feux qui les éclairent Que des lueurs.

Dites, trouver sa joie à se grandir soi-même, En ces heures ou de ferveur ou d'anathème Lorsque l'âme angoissée est plus haute qu'aux jours D'uniforme croyance et de paisible amour ; Dites, aimer l'élan, qui refoule les doutes, Dites, avoir la peur de s'attarder en route.

l56 LES RYTHMES SOUVERAINS

Et de n'être vaillant assez pour faire accueil Au jeune, alerte et dang-ereux org-ueil.

Dites, vouer à tous son verbe autoritaire. Qu'admirera peut-être et chantera la terre Quand elle en comprendra la fervente âpreté ; Donner un sens divin aux passions humaines Pour que leurs nœuds formidables fassent les chaînes Qui relient l'avenir, avec témérité, Au présent déjà surmonté.

Dites, ne reculer que pour bondir plus fort,

Au rebours de l'habitude qui est la mort ;

Savoir que d'autres mains imposeront la g-loire

Au front encor voilé des finales victoires.

Que le g-este qu'on fait n'est point pour notre temps.

Mais le faire quand même avec un cœur battant ;

Aimer toute œuvre où s'ébauchent les destinées

Et pour les jours où reviendraient l'ombre et l'effroi

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