HISTOIRE
On a déjà vn que, antérieurement à l'époque colombienne, les côtes du Nord Amérique étaient fréquentées par les marins de Normandie, de Bretagne et de Biscaye, chasseurs de baleines et de morses et pêcheurs de morues : Thévet dit que le Cap-Breton est ainsi nommé, — "à cause " que c'est là que les Bretons, Biscaiens ** et Normands vont et costoyant, allans en " terre neuve pour pescher des molues. "
Ce sont encore ces marins qui donnèrent les noms de Sablon et d'île de Sable au coin de terre qui nous occupe en ce moment. Toutefois, cette connaissance des parages de l'Amérique du Nord était étrangère à toute idée de découverte, d'exploration et d'établissement permanent ; c'est pourquoi le roi de France François I, désireux de prendre sa jmrt du nouveau continent, dont les Espagnols et les Portugais possédaient déjà une large partie, fit armer les expéditions de Vérazzani en 1528 et de Jacques Cartier en 1534, pour reconnaître le Nord- Amérique et en prendre possession, en vue d'établissements à suivre.
La première tentative de colonisation française en Amérique, qui constitue, en même temps, le premier événement régulièrement constaté de l'histoire de Tîle de Sable, fut celle du baron de Léry. Bergeron et Jean de Laêt, se répétant, donnent pour date de l'expédition de Léry l'année 1518, Si cette erreur n'est j)a8, dans son origine, une erreur d'impression, (1518 au lieu de 1538) c'en est bien certainement alors une de chronologie ; car la critique historique force à donner pour date au voyage du baron de Léry , l'une des deux années 1688 ou 1539.
La tentative du baron de Léry, qui ve* nait avec des petits navires, comme étaient tous les bâtiments de ce temps, encombrés d'animaux de ferme et du matériel nécessaire à la formation d'un établissement agricole, a dû, de toute nécessité, avoir lieu après et non pas avant les premières expéditions de découverte et d'exploration.
D'autre part, cette tentative a dû précéder l'octroi des lettres patentes données à Eoberval par le roi François I, en 1540 ; car, durant l'existence des privilèges accordés à Roberval, de Léry n'eût pas eu le droit de coloniser l'île de Sable, que François I mentionne spécialement dans ses lettres patentes. A toutes ces raisons, fournies par la critique, pour assigner à l'expédition de Léry une date qui doit se ranger entre
celle dn second voyage de Cartier et celle de la commission de RoberTal, viennent s'ajouter leô témoignages de Champlain et de Lescarbot, que corrobore encore la circonstance de la paix de Nice, conclue en 1538 entre Charles Quint et François I.
On verra pltis loin que de Léry s'était adjoint des rortugais, dans l'exécution de son entreprise, uhamplain, écrivant en 1604, ne mentionne que les Portugais et dit que leur descente en l'île de Sable avait eu lieu *^plus de soixante ans ^' auparavant; or la date approximative de 1639 est antérieure de soixante-cinq ans au récit de Champlain. De son côté, Lescarbot qui, lui, ne mentionne que de Léry, écrivant en 1609, dit : — "Il y a environ quatrevingts ans *' ; or la date de 1539 est antérieure de soixante-dix ans au récit de Lescarbot. Dans le rapport de la navigation de Sir Humphrey G-ilbert, en 1583, il est fait mention de la même tentative de colonisation, sur le récit d'un marin portugais alors présent à Saint-Jean de Terreneuve, lequel racontait avoir lui-même été témoin, dans l'île de Sable, du débarquement du bétail opéré dans cette He en cette occasion ; et le mémoire dit : — " il y a- environ trente ans." On sait,que moins qu'aucune autre,la chronologie du gaillard d'avant se pique de précision et d'exactitude mathématique; environ trente ans et environ