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binée des eaux d'orages et du vent, remit en vue, il y a quelque trente Années, un petit plateau que les sables avaient envahi, depms on ne sait combien de temps, mais en tonte apparence depuis bien lon^emps. Le terrain de ce plateau battu dnr, rendu adhésif qu'il était par tous les détritus qui s'y étaient, jadis, accumulés, accusait nu assez long séjour de l'homme ; le sol en était noirci par les charbons et les cendres, lia étaient dispersés une foule d'objets, tels que vieux canons de fusils, bayonnettes, oalles de plomb grossièrement coulées, des couteaux faits de cercles de fer, des fragments de verre, des boutons de métal, des pièces de monnaie travaillées, des os d'animaux domestiques, de phoques et de loups-marins ; auxquels, étaient joints des ossements humains, restes, sans doute, des derniers survivants de ceux qui avaient habité cet endroit.
On voit, par là, quels souvenirs gisent sous ces grèves, dans la falaise, sur les dunes et dans l'intérieur de l'île. Ces sables, comme des cavernes à ossements, mêlent aux débris de l'industrie humaine de plusieurs siècles les os de l'homme et les os des animaux ; les âges, les époques, les espèces et les races s'y confondent, dans le pêle-mêle produit par les bouleversements de la nature. Il y a lieu d©
regretter qu'on n'ait point établi à Halifax, sur rîle même ou ailleurs, un musée de ces mille objets qui, de temps à autre, sont mis à découvert. L'étude de ces intéressants vestiges ne serait pas sans intérêt pour la science : il est un peu tard, mais pas trop tard pour s'en occuper. En peu de temps, on pourrait réunir un grand nombre de ces objets, aujourd'hui dispersés ; la collection s'enrichirait ensuite à chaque nouvelle découverte.
C'est entre les années 1Y80 et 1802 qu'ii faut placer l'occupation de l'île de Sable par une colonie de boucaniers, qui ont dû en faire leur séjour constant et celui de leurs familles, pendant plusieurs années.
Ces gens,venus de la côte de la Nouvelle- Ecosse ou des états de la Nouvelle- Angleterre, étaient des marins, chasseurs et pêcheurs qui, à leurs occupations légitimes, ajoutaient celle de naufrageurs et d'écumeurs de mer. La pêche du banc, la chasse des phoques, des loups-marins, des chevaux et des vaches sauvages, des renards, le commerce de l'ivoire enfoui de morses étaient leurs industries ostensibles et avouées. Us menèrent leurs chasses avec une telle brutalité que, après leur départ de l'île, il ne restait ni une vache sauvage, ni un renard ; ils avaient réduit les troupeaux de chevaux à un très petit nombre. Les misérables ajoutèrent, à ces
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sources abondantes de profits, le sac des navires naufragés et le dépouillement des malheureux qui les montaient.
L'absence de toute surveillance administrative, l'accès au Lac par le goulet alors existant, ce qui leur donnait un havre sûr et commode, la domestication des chevaux sauvages, pris au lasso, leur rendaient toutes ces occupations faciles.
Les chevaux leur permettaient de se porter rapidement d'un endroit à l'autre et d'exécuter »les transports nombreux qu'ils avaient à faire, de tous les points de l'île vers le port d'embarquement. En allant, à la Nouvelle-Ecosse ou aux Etats- Unis, vendjre les peaux, le suif, l'huile, le poisson, l'ivoire et les chevaux, ils trouvaient l'occasion de se défaire, sans trop de danger, des objets de valeur provenant des naufrages.
Cependant, ils ne purent assez bien cacher le mauvais côté de leur négoce, pour empêcher les marins et les populations des côtes voisines de soupçonner leurs méfaits. Des bruits d'abandon coupable, pis que cela, d'assassinat des naufragés et de meurtres de pêcheurs, l'absence de toutes nouvelles de ce qui se passait à l'île et la vente fréquente, en terre ferme, d^objets de provenance suspecte avaient ému l'opinion publique et semé partout l'alarme ; au point d'engager
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la législature de la Nouvelle-Ecosse, dans une loi portée en 1801, à défendre le séjour de rue de Sable à quiconque ne serait pas pourvu d'un permis du gouvernement.
Ce statut (41^« Georges III chapitre C.
XIV,) intitulé—" Acte pour la sûreté de la navigation &c." autorijsait le lieutenant-gouverneur à nommer des inspecteurs chargés de visiter Tîle, avec pouvoir d'amener à justice toute personne trouvée en contravention avec le statut.
Cette loi ne paraît pas avoir été mise à exécution de suite ; mais il y a lieu de croire que les boucaniers, qui avaient complètement détruit les troupeaux de vaches sauvages, tué tous les renards, épuisé les dépôts exploitables d'ivoire enfoui et réduit presqu'à rien les troupes des chevaux, se disposaient à laisser Tîle, quand arriva, en 1802, le naufrage du transport anglais La Princesse Amelia, Ce bâtiment de la marine royale était parti d'Angleterre pour Halifax, avec des troupes, plus des femmes et des enfants d'officiers et de soldats, en tout deux cents personnes, y compris l'équipage. Le navire annoncé n'arrivant point en destination, à la suite d'une assez longue attente, pendant laquelle on avait eu nouvelle de sa rencontre, en temps voulu, dans les latitudes voisines du continent américain, tout le monde s'arrêta à l'idée qu'il avait
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dû faire côte à l'île de Sable. TJn officier de Tarmée, de garnison à Halifax, le capitaine Torrens, fut chargé d'instituer des recherches ; il se rendit tout d'abord à l'île de Sable, où il comptait interroger les boucaniers, dont la présence sur l'île avait été, récemment encore, constatée par des pêcheurs.
L'officier trouva l'île désertée de tout être humain ; cependant il n'eut pas de peine à reconnaître les restes du navire naufragé : on rencontrait partout sur la plage, des épaves de l'infortuné bâtiment (dont la coque était fixée aux sables, vers le milieu de l'île du côté sud. Mais nulle trace ne se laissait voir des malheureux qu'il portait : tous,officierB,soldats, marins, femmes et enfants avaient péri. Il résultait, du double fait de la soustraction des cadavres à la vue et du lugubre secret tenu sur l'accident, que le crime avait dû s'ajouter au malheur dans cette circonstance. Le bruit se répandit bientôt sur les côtes de la Nouvelle-Ecosse que le capitaine Torrens avait eu la nuit, sur l'île, une vision dans laquelle l'ombre d'une des passagères de VAmélia, la femme d'un médecin de régiment, avait révélé à l'ami de son époux, la mort par la mer, par abandon coupable et par assassinat de tous ses compagnons d'infortune. Ellemême, mourante, aurait été brutalement
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dépouillée d'un bijou précieux qu'elle portait au doigt : à ce joyau étaient attachés de cliers souyenirs connus de tous les compagnons d'armes de son mari. Peu de temps après, ajoute-t-on, le ioyau retrouvé chez un bijoutier d'Halifax qui l'avait acheté d'un inconnu, fut remis à la famille de cette dame. Telle est l'origine de la légende, dont M. Haliburton a fait un chapitre de son livre " Wise Saws and modem instances,^^ sous le nom de " Sable Island Ghosty' et dont M, le Dr. Gilpin parle dans sa brochure sur l'île de Sable, sous le titre, " The pale Lady^
Ce lamentable événement induisit le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse à faire occuper l'île immédiatement, en y fondant une station de secours, qui a toujours été maintenue depuis sous le nom, peu euphonique dans sa naïveté, de Humane Establishment. Dès l'année suivante, 1803, on construisit, au prix d'environ sept mille piastres, de modestes résidences, des refages et autres édifices de bois, dont prirent possession, en 1804, un surintendant et des gardiens, chargés d'opérer les sauvetages et de prendre soin des naufragés. A dater de cette époque, l'île de Sable est en communication régulière et constante avec la terre ferme : des centaines d'existences ont été conservées et des valeurs considérables arrachées aux
sables qui, autrement, les auraient absorbées. Les seïvices rendus aux naufragés et leur entretien sur l'île, jusqu'à ce qu'on puisse les conduire à Halifax, sont tout à fait gratuits. Quant aux marchandises et autres effets sauvés des naufrages, l'Etat perçoit sur leur vente la quote-part accordée par les lois maritimes, pour les opérations de sauvetage ; mais ce privilège s'exerce de la façon la plus généreuse et, souvent, on a fait abandon des réclamations qu'on était en droit de faire valoir.
Depuis 1802, les annales de l'île ont enregistré cent cinquante naufrages, régulièrement constatés. En dehors de ce chiffre, il y a encore la catégorie des navires dont le naufrage est révélé seulement par des épaves, quelquefois même par des cadavres, rejetés sur le rivage, et celle des navires perdus sur les barres, sans laisser le moindre vestige de leur perte. Parmi les nombreux bâtiments qui disparaissent dans ces parages, sans laisser de nouvelles de leur sort, un certain nombre doivent, inévitablement, avoir trouvé leur perte dans cet endroit. La nuit, la brume et les brouillards soustraient souvent, à la vue des gardiens, la part que les Sablons réclament de ces naufrages qui, pour rester inaperçus, n'en sont pas pour tout cela moins certains.
An nombre des nanfrages marqnants des premières années de l'existence de rétablissement de seconrs, on compte celni de la frégate anglaise Barbadoçs, à Textrémité nord^est de l'île en 1812, et celni de la frégate française L'Africaine, vers le tiers sud-onest de l'île en 1822. Les équipages de ces deux bâtiments échappèrent à la mort. Le Eoi de France, Louis XVIII fit tenir, avec l'expression de sa gratitude royale, à M. Darby, alors surintendant de la station, une médaille d'or frappée pour l'occasion, avec une coupe d'argent remplie de louis d'or pour les gardiens. Une des grandes vergues de la frégate Î/Africaine, servait encore, naguère, de mât de pavillon au poste principal de l'île..
Pendant la guerre de 1812, entre TAngleterre et les Etats-Unis d'Amérique, le gouvernement américain donnait ordre à ses navires de guerre et aux corsaires auxquels il accordait des lettres de marque de ne point molester les bâtiments allant de terre ferme à l'île de Sable et de cette dernière à terre ferme, pour le service de l'établissement de secours,
La province de la Nouvelle-Ecosse s'était seule chargée du maintien de la station de l'île de Sable, qui lui coûtait alors environ deux mille piastres par année, mais avec un personnel insuffisant.