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CHAPITRE VIII

FONCTIONS ADMINISTRATIVES DES PRÊTRES (SUITE). LE MOBILIER, LE MATÉRIEL , LES REVENUS SACRÉS.

Entretien du matériel ordinaire et garde du matériel précieux.

Pour accomplir dans tous leurs détails les cérémonies du culte, il était nécessaire d’avoir sous la main un matériel particulier. Il fallait des vêtements pour habiller la statue de la divinité, des lits et des coussins pour la coucher , des tables pour lui servir le banquet sacré et, pour couvrir les tables, des nappes, des coupes, des pbiales. Quand on en venait aux divers actes du sacrifice, d’autres objets étaient encore indispensables : c’étaient des réchauds , des trépieds , des vases d’eau lustrale , des vases à libations , des encensoirs , des couteaux pour immoler les victimes , des broches pour présenter au feu les viandes consacrées , enfin une grande quantité de meubles et d’ustensiles spéciaux , qu’il est aisé de se figurer.

Tout cet attirail devait être à la portée du prêtre, qui par ses fonctions était souvent amené à en faire usage. Il va sans dire qu’aidé de son personnel de zacores , de néocores et d’esclaves, il avait à entretenir ce matériel, pour le remettre à son successeur dans l’état où il l’avait reçu. Il répondait des objets mis à sa disposition , comme le trièrarque répondait du navire et des agrès que la république lui avait fournis. Il débutait dans sa charge par un inventaire, et par un inventaire il la terminait.

Le matériel d’usage journalier n’était pas le seul que possédaient les sanctuaires et dont le soin revenait aux prêtres. Grâce à de pieuses libéralités, le mobilier et le vesthûre des divinités s’étaient

augmentés indéfiniment. Il s’était formé une réserve abondante de meubles, de tentures, de tapis, de vêtements, de coiffures, de vases et d’ustensiles de toute espèce et de toute grandeur (1). Il y avait des tables garnies d’argent et d’ivoire, avec des ciselures d’un riche travail; des lits venant de Chio ou de Milet, dont les fabriques en ce genre étaient renommées ; des lampes qui étaient souvent de véritables œuvres d’art , comme celle , par exemple , qu’avait consacrée Callimaque dans le temple d’ Athéna Polias à Athènes, et qui représentait un palmier. Artémis Brauronia possédait plusieurs coffres remplis d’étoffes brillantes , destinées à parer le Hoavov. Nous avons déjà donné une idée du magnifique vestiaire de Hèra, à Samos (2) : elle avait aussi des tissus de prix, brochés d’or et décorés de bandes de pourpre. Tels étaient également les vêtements sacrés qui donnèrent lieu au procès plaidé par Démosthène contre Aristogiton et qui, selon le témoignage de Libanius, portaient brodés en lettres d’or les noms des donateurs (3). Les divinités avaient leurs bijoux , des colliers , des bagues, des pierreries, dont on affublait leurs images aux grands jours de fête. Quant aux phiales , aux coupes, aux encensoirs, le nombre s’en accroissait de jour en jour (4). On a conservé une longue liste de phiales consacrées à un même dieu par des plaideurs heureux. Enfin à tout ce matériel s’ajoutaient les dépouilles de la guerre , la dîme du butin , des casques , des cuirasses ciselées , de belles armes : on remarquait dans le temple d’Athèna le cimeterre de Mardonius, ainsi que le trône aux pieds d’argent sur lequel Xerxès s’était assis pour contempler la bataille de Salamine (5).

Avec le temps, cette réserve d’ustensiles et d’offrandes finissait par former comme un trésor. Tous les dieux d’Athènes avaient

(1) Voir les inventaires des temples d’Athèna Polias et d’Athèna Nikè (C. 1 A-, I, 117-176; Le Bas, Inscriptions de VAttique, n° 157-226); ceux d’Artémis Brauronia (C. 1. G., 155 , et Le Bas, 227-234) ; celui que firent sans doute les prêtres athéniens du temple d’Egine au moment où l’île passa aux Lacédémoniens après la bataille d'Ægos-Potamos (C. I. G., 2139). Voir aussi Mou crsïov xai (3iëXio07)xr) Trjç ev a y yeX ix.îj ; <jx° Ç (Smyrne) , 2e période,

année, 1875-1876, p. 47.

(2) Curtius, Inscriflen, n° 6.

(3) Libanius, Argument du discours de Démosthène contre Aristogiton, 1, 1.

(4) Lucien (De la déesse syrienne, 60) parle d’un usage en vigueur à Hiérapolis et qui consistait à attacher avec des clous dans le temple des vases d’or ou d’argent dans lesquels on déposait les chevelures des enfants.

(5) Démosthène, contre Timocrate, 129.

ainsi le leur (1). Thucydide nous apprend qu’au début de la guerre du Péloponèse, l’or et l’argent non monnayés , c’est-à-dire les offrandes publiques et particulières, avec les dépouilles des Mèdes et les autres objets consacrés, formaient pour le sanctuaire d'Athèna seul une valeur d’au moins cinq cents talents, et que les autres sanctuaires, quoique moins opulents, contenaient aussi des richesses (2).

Tout cela était-il confié à la garde du prêtre ou de la prêtresse de chaque divinité? Pour répondre à cette question, il faut se reporter aux inventaires qui contiennent l’état des trésors sacrés au cinquième et au quatrième siècles , et dont une grande partie nous a été conservée. Ces documents montrent qu’il existait une administration spéciale , qui se renouvelait régulièrement et qui avait la responsabilité de toutes ces valeurs en réserve. Cette administration n’a pas toujours été la même (3) : tantôt on ne rencontre qu’une seule commission de trésoriers , le collège des trésoriers de la déesse et des autres dieux ; tantôt il y a deux collèges séparés, celui des trésoriers de la déesse et celui des trésoriers des autres dieux. Nous n’avons pas à exposer ici les différentes phases de cette organisation financière. Unis en un seul collège ou séparés en deux commissions , les trésoriers sacrés avaient toujours des fonctions analogues. A leur entrée en charge, ils recevaient un catalogue détaillé des objets consacrés à chaque divinité , avec le poids et la matière de chaque objet, et ce catalogue , ils le passaient à leurs successeurs, après y avoir ajouté ce dont le dépôt s’était accru dans l’espace d’une année, xà Itote ta. Tout ce qui était consigné dans l’inventaire était sous leur garde (4). L’édifice où le trésor était conservé n’était accessible qu’à eux ; eux seuls pouvaient en ouvrir les portes.

On a des fragments d’inventaires pour la période qui s’étend depuis la seconde moitié du cinquième siècle avant notre ère jusqu’à la fin du quatrième. Vers la 86e olympiade (436-433) , les trésors de la déesse et des autres dieux , qu’il avait fallu con-

(1) Un passage d’une inscription relative auxcomptes de Lycurgue (C. 1. à., II, 162, Addenda, p. 411), montre que la plupart des divinités athéniennes avaient leur trésor : [x,]ocrfjt.ov Êxairxov ôvov âv rj twv 6et5v Eepoç.

(2) Thucydide, II, 13. Le catalogue des offrandes d’Athèna Polias, par série d’objets de même genre, a été fait par Michaelis : on y voit quelle était ta variété des ex-voto qui constituaient ces trésors sacrés (Der Parlhenon, p. 313-315).

(3) Bœckh, Staatsh., livre II, ch. 5; Kirchhoff, Bemerkungen zu den Urkunden der Scha'tzmeister der Gôltin et Bemerkungen zu den Urkunden der Schatzmeisler der anderen Gôlter.

vertir en monnaie pour subvenir aux dépenses de la guerre du Péloponèse, sont définitivement reconstitués, sinon avec les objets eux-mêmes qu’on leur a enlevés , du moins avec les sommes qui en représentent la valeur et les intérêts ; ils se conservent, s’enrichissent pendant quelque temps; puis, peu à peu, ils se réduisent: la cité ne cesse d’y puiser de nouvelles ressources et le tyran Lacharès, maître d’Athènes au nom de Cassandre, achève de les piller (1); dès lors on ne les voit .plus se reformer, le Peuple n’ayant plus assez de revenus pour rendre à ses dieux l’argent qu’il leur a emprunté. Pendant plus d’un siècle on peut suivre ainsi l’histoire de l’administration des finances sacrées. Or, dans tous les inventaires qui nous restent , il n’est pas question d’un prêtre une seule fois. Les commissions de trésoriers se succèdent, se transmettent régulièrement leur dépôt, et jamais aucun prêtre ne paraît se mêler à leurs travaux. Il n’en intervient même pas pour remettre en leurs mains les offrandes nouvelles , consacrées dans l’année et pendant la durée d’un sacerdoce.

Je ne connais que deux inscriptions , — et ce ne sont pas des inventaires, — où les prêtres soient mentionnés à côté des trésoriers sacrés. C’est d’abord le décret qui , vers la 86e Olympiade , avise aux moyens de restituer aux dieux les valeurs qu’on leur a empruntées pendant la guerre du Péloponèse. Il y est dit que les prytanes, de concert avec le Conseil, rendront aux dieux les sommes qui leur sont dues , et qu’après chaque paiement ils effaceront du livre de la dette l’indication correspondante ; ils auront soin , auparavant , de rechercher les quittances , les livres de comptes et tout ce qui existe d’écrit sur la dette de la cité envers les dieux ; enfin , les prêtres et les hiéropes et tous ceux qui peuvent en avoir connaissance devront exhiber ces écrits (2). Ce texte prouve seulement que dans le cas particulier, lors de l’emprunt fait aux trésors sacrés, on avait pris chaque prêtre à témoin de la dette contractée envers son dieu. L’intérêt des différentes divinités était trop engagé dans cette vaste opération financière, pour que l’autorité sacerdotale n’y eut point sa part de contrôle. Mais je doute qu’il y ait eu là autre chose qu’une disposition transitoire, un surcroît de garantie. Le second texte n’est

(1) Sur le pillage de Lacharès, vers l’an 295 avant J.-C. , voir Pausanias , I, 25, 7.

(2) C. 1. A., I, 32, lignes 10 et suivantes : à7ro6ovxcov [Sè x]à xprçpar* oÎ7rpuxàp.exà xvjç pouXîjç «ai èÇaXÊicpô'mov, $7tei[Sàv] àito8 û<nv, ÇYix-rçffavxeç xà xe 7uvày.tc<.

yai xà ypa(ji[xaxeTa y.aî iàp.7r[ov àX]Xo0t Ysypap-p-Éva • «xo(paiv]6vxwv 8è xa Y eypa. pLfxévoc. o'i x £ tep[ïj<;x]aiol tepOTtotot y ai eï x i ; à X X o ç oTôsv.

guère plus décisif : c’est un fragment épigraphique très mutilé , où il semble qu’il s’agisse d’une contestation portée devant un tribunal (1) : il y est question du prêtre des Dioscures et des trésoriers des autres dieux ; mais rien n’autorise à conclure que le prêtre et les trésoriers aient été associés dans l’administration du trésor sacré.

On se tromperait cependant si l’on croyait à un éloignement systématique du prêtre. Nous l’avons déjà fait remarquer à propos des constructions faites dans le temple : il ne s’agissait ni de mettre à l’écart l’autorité sacerdotale ni de lui lier les mains d’aucune façon ; les Athéniens n’y songeaient pas. Si les prêtres demeuraient étrangers à l’administration des trésors, la raison en était toute simple : c’est que tous ces trésors n’étaient pas épars dans les différents temples, mais réunis à l’Acropole, dans l’Opisthodome , avec les autres trésors de la cité. On lit dans le décret sur la restitution des sommes empruntées aux dieux : « Les trésoriers des autres dieux administreront les trésors des dieux sur l’Acropole , dans l’Opistbodome ; » et plus loin : « les trésors d’ Athéna seront conservés du côté droit de l’Opisthodome et ceux des autres dieux du côté gauche (2). » Toutes les richesses publiques étant ainsi concentrées dans la citadelle sous la garde immédiate de la divinité poliade , il était naturel que les prêtres , dont l’autorité ne s'exercait que dans un sanctuaire, n’eussent pas à s’occuper de trésors que leur sanctuaire n’enfermait pas.

Un jour vint où la réserve du matériel précieux offert aux dieux ne fut plus transportée à l’Acropole ni conservée dans l’Opisthodome , mais resta déposée dans les temples des divinités mêmes auxquelles les objets avaient été consacrés. On ne saurait dire au juste à quel moment cet usage prit naissance : les trésors ayant été gaspillés par la cité durant les crises qu’elle avait traversées au quatrième siècle , les nouvelles réserves qui se formèrent peu à peu ne furent-elles plus assez considérables pour qu’il y eut lieu de les garder dans l’Opisthodome ? Le pillage que fit Lacharès des richesses sacrées montra-t-il l’inconvénient qu’il pouvait y avoir à les concentrer toutes sur l’Acropole, à la merci d’un coup de main ? Toujours est-il que dès le troisième siècle on trouve dans le temple d’Asclèpios les offrandes ,'précieuses confondues avec les autres : des commissions spéciales , dont nous parlerons plus loin, sont nommées pour mettre à part, en vue

cl’une refonte , les objets qui ont quelque valeur métallique.

A ce moment , il est naturel que le prêtre du sanctuaire devienne responsable du matériel précieux, dont jusque-là les trésoriers sacrés ont eu seuls à rendre compte. Gardien du sanctuaire, il garde par le fait l’or et l’argent qui s’y trouvent en dépôt. On le voit par la rédaction même des inventaires de l’Asclèpieion. Les objets y sont énumérés dans l’ordre de leur date de consécration, et cette da,te est marquée par le nom du prêtre (1). Il y est question aussi de la livraison des objets faite par le prêtre à la fin de sa gestion (2). Or, à l’époque où l’administration des trésors sacrés appartenait aux trésoriers de la déesse et des autres dieux, les acquisitions annuelles, xà Ira teioc, étaient marquées sous le nom des trésoriers en charge dans l’année et sous leur nom seul ; la livraison du trésor se faisait d’une commission à l’autre, sans que jamais le prêtre du sanctuaire fût mentionné. Si donc les trésoriers avaient aussi administré le trésor d’Asclèpios , c’est le nom de chacun d’eux et non point le nom du prêtre annuel que nous retrouverions comme indication chronologique.

Il faut admettre que vers la fin du quatrième siècle il se produisit un changement dans l’administration des trésors sacrés. Ce qui confirme cette conclusion, c’est qu’à partir de cette époque .on ne trouve plus un seul inventaire d’objets sacrés rédigé comme l’étaient ceux des siècles précédents : on n’a plus que des catalogues particuliers faits dans les temples en vue d’une refonte, et la place importante qu’y tient le prêtre montre que tout ce matériel était alors remis à sa garde.

Refonte du matériel.

Que la réserve du matériel sacré fût déposée dans l’Opisthodome du Parthénon ou qu’elle restât enfermée dans le sanctuaire particulier de chaque dieu, le dépôt devenait parfois si considérable que la place qu’on pouvait lui affecter ne suffisait plus. Afin de

(1) Bull, de corr. hellén., II, p. 426, ligne 78 : 8pax(p.ai) AAA aç àvs 0ï]x[s KjaXXiTtur) È7ri <I>iXt'[7t7u]ou îepÉtoç , — p. 431, lignes 17, 18 : xai xà àvax[s0évxa èip’ iepécoç Av(nxX]Éou; SimaXrixx(iov), — p. 433, ligne 40 : xai xâSs è^’ tepétoç KaXXtà- 8ovi AÎYiX(iéioç). Ces formules reviennent souvent dans l'inscription.

(2) Bull, de corr. hellén., II, p. 426, ligne 74 : [T]à8s 7xpo<jixapé8(ox£v îep eùç 5A[<txXï]ti]ioü. Les mêmes termes se retrouvent plus loin à la ligne 78.

pouvoir le conserver où il était et pour savoir où mettre les offrandes nouvelles , il fallait enlever et jeter à la fonte une partie des objets métalliques. L’opération était d’autant plus nécessaire qu’un certain nombre de ces objets , entassés depuis longtemps à l’air et à la poussière, étaient usés ou détériorés : les feuilles d’or se détachaient des couronnes ; les soudures ne tenaient plus ; les appliques s’enlevaient. Surtout les objets qu’on employait de temps en temps pour la célébration du culte, les vases d’or et d’argent qu’on portait à la procession, les coupes dont se servaient les prêtres finissaient par être hors d’usage (1). Tous ces ustensiles avaient trop de valeur pour qu’on se bornât à les mettre au rebut : on les refondait pour en refaire d’autres analogues, destinés aux mêmes cérémonies , ou bien on les convertissait en lingots.

L’exemple le plus ancien qu'on ait d’une opération de ce genre date du milieu du quatrième siècle, vers la 101e Olympiade. Une commission fut nommée sur la proposition d’Androtion , alors trésorier d’Athèna; Timocrate en fit partie. Démosthène , qui les accuse tous deux de concussion (2), ne nous apprend ni comment la commission était composée, ni de quelle manière elle conduisit ses travaux. Une autre opération du même genre eut lieu plus tard, vers la 11 U Olympiade, sous la direction de Lycurgue, trésorier de l’administration. Le fait, mentionné dans la Vie des dix orateurs et dans le décret de Stratoclès (3), est confirmé par une inscription (4).

C’est dans des documents du troisième et du deuxième siècles que nous pouvons étudier la procédure usitée en pareil cas. A ce moment , la situation est changée : le matériel qu’il s’agit de remanier et de refondre n’est plus à l’Acropole, mais dans le temple même auquel il appartient ; il n’est plus question ni du trésorier

(1) Démosthène, contre Androtion, 70 : 'fr)au.ç 8* àTtoppeïv xà çuXXa tmv <tt e<pàvtov xcd aairpoùç slvai Stà xàv XP°V0V- — C. 1. A., II , 404 : OTtccpxsi v tco 0e6> xavoüv xa[i] oiv[o]x[6]r)v xa['i 7t]oTrjpia |3ûo xai XtëavtoxîSa xai [«ptàXrjv] xaî x[aü]xa Ysyovévai âxpY]<rxa 8ià xàv xpéfvov]. — Bull, de corr. hellén., II, p. 432, ligne 32 : àpyup<5|xaxa otç ot ispeïç Èxpwvxo. — C. I. G-, 1570 : elvat Sè xaî xcov 7tpo; xotç tchxoiç àvaxEi|xévuv TtSTExwxoxa xivà. — Ibid. : crup.ëai'vEi xtvà x<3v ÈTti xijç xpaTts'Çnç xoü ’Aixçtapàou àpyuptop.âxcov appela yEyovsvai , xivà 8è ÈTricniEuijç xps‘av ®Xew TXEirovvixÉvai xaî x^v <piàXY]v x9)v XPU5hv êwi xîjç xpaTiÉÇ-qç yj cnrovSoitoiEÏxai ô ispEÙç xaî eTvcu àxpeîav.

(2) Démosthène, contre Androtion, 70, et jusqu'à la fin; contre Timocrate, 176 et suiv.

(3) Vies des dix orateurs (Lycurgue), p. 841 et 852,

de la déesse , ni du trésorier de l’administration : c’est le prêtre qui a le rôle important.

Voici comment les choses se passaient (1). Le prêtre se présentait devant le Conseil et faisait un rapport sur la nécessité d’une mise au rebut partielle ou générale (xa0odps<nç) , d’une réparation du matériel hors d’usage (lm<jxeuvQ, enfin d’une transformation des objets métalliques par une refonte ([AExaxaxa<7X£ori'). Il demandait qu’une commission lui fût adjointe pour procéder à l’opération. Si le Conseil jugeait que la proposition dont le prêtre avais pris l’initiative était opportune , il rendait une décision favorable , et cette décision motivée , portée par les proédres à l’assemblée du Peuple la plus proche, était mise en délibération. Le décret voté, l’Assemblée nommait les commissaires.

Les uns l’étaient de droit : c’était d’abord le prêtre du sanctuaire ; puis venait le stratège lui x-qv TOxpaaxsmjv , magistrat qui paraît pour la première fois avec ce titre dans les inscriptions du troisième siècle et dont les autres fonctions ne sont pas connues (2), enfin l’architecte pour les choses sacrées, ô dp^txÉxxwv 5 Iiùxà Upa , dont il est difficile de déterminer la compétence et le*rôle (3).

Les autres membres de la commission étaient électifs : le Peuple les choisissait par un vote à main levée. Leur nombre variait suivant la valeur des travaux à exécuter. Dans l’un des inventaires trouvés sur les ruines du temple d’Asclèpios, inventaire dressé sous les yeux d’une commission de ce genre, les délégués sont au nombre de dix, cinq choisis dans l’Aréopage, cinq pris sur le nombre de tous les citoyens (4). Dans l’inventaire , fait au deuxième siècle, du matériel métallique déposé dans le sanctuaire du Héros Médecin , le nombre des délégués n’est que de cinq , dont deux appartiennent à l’Aréopage et trois sont des citoyens ordinaires (5).

(1) C. I. A., Il, 403, 404, 405, 405b. Bulletin de correspondance hellénique, II, p. 429. ’AS^vaiov, V, p. 103, n° 13.

(2) Bull, de corr. hellén. , II , p. 513.

(3) Il semble qu’il y ait eu , comme chez nous , un architecte attaché d'une manière permanente à chaque édifice public. Il est fait mention quelque part d’un architecte du théâtre chargé de ménager des places à certains spectateurs pour les représentations dramatiques. Les expressions xov àpxixÉxxova tov àsi xa0icrrà[xevov (C. I. A., II, 335, ligne 8) indiquent qu’il s’agit d’une charge qui se renouvelle régulièrement. Y avait-il de la même manière des architectes réguliers pour les temples ? Le fait est probable ; mais aucun témoignage explicite ne confirme cette conjecture.

(4) Bull, de corr. hellén., II, p. 429.

(5) C. 1. A., II, 403, 405b. — Un autre inventaire se rapportant au temple du

Le Peuple, après les avoir désignés, leur adjoignait, par le même mode d’élection, un des esclaves publics (8*)p.o<not), qui était chargé de tenir les écritures et de dresser la liste des objets enlevés. Ce personnage , quoique d’un rang inférieur , avait cependant un rôle qui n’était pas sans importance. Mieux que personne, il était au courant de la procédure administrative et pouvait assurer la régularité des travaux de la commission. C’est ce qui explique pourquoi Démosthène reproche si vivement à Androtion de n’avoir pas associé un esclave public à la commission de refonte qu’il présidait (1).

La commission se réunissait dans le sanctuaire , faisait enlever sous ses yeux (2) les objets qui s’y trouvaient déposés , dressait au fur et à mesure l’inventaire des offrandes en métal , mentionnant la nature , la matière et le poids de chacune d’elles , avec le nom du donateur ; mettait à part celles d’or, celles d’argent, celles de bronze, et livrait chacun de ces lots à la refonte, pour les convertir en lingots.

Tantôt ces lingots étaient conservés tels quels jusqu’au jour où il fallait%en battre monnaie ; tantôt on en faisait des vases, des phiales d’or et d’argent , et d’autres objets analogues destinés aux processions; tantôt, comme fit Lycurgue, on leur donnait la forme de Victoires (3). Dans les inventaires de l’Asclèpieion et du temple du Héros Médecin , le décret initial , dont les considérants reproduisent probablement la proposition du prêtre, détermine la nature des objets qu’on devra fabriquer avec le métal recueilli. Ici c’est une table , un encensoir , une corbeille et un trépied (4) ; là c’est une cenochoè seulement (5) ;

Héros Médecin nous fait connaître une procédure un peu différente. (C. 1. A., II, 404). Le prêtre fait sa proposition au Conseil, qui l’accepte et qui , sans la renvoyer aux votes de l'Assemblée , nomme trois commissaires pris dans son sein : il n'y a ni délégués de l’Aréopage, ni délégués du Peuple. Les autres commissaires sont toujours le prêtre, le stratège èszi ty|v irapcwxe ufjv et l'architecte pour les choses saerées ; la commission est toujours assistée d’un esclave public. Je ne sais à quoi attribuer les différences que présente ce document comparé aux précédents. S’il était possible d’en déterminer la date exactement, peut-être trouverait-on l'explication de cette anomalie dans les circonstances au milieu desquelles la commission a été nommée.

(1) Démosthène, contre Androtion, 70.

(2) ’AOrjvaiov, V, p. 103, n° 13 : ra8s xa0etpé0Y), uapovxoç toû tepéco; ... xai twv e:.pr|[j.£vtov...

(3) Fies des dix orateurs, p. 852.

(4) Bull, de corr. hellén., II, p. 441.

ailleurs c’est une corbeille, une œnochoè , deux vases à boire, un encensoir et une pbiale (1). Ce sont en général des objets de prix et qui servent à la célébration du culte.

La commission prenait soin d'en faire la commande et de veiller à ce qu’ils fussent aussi beaux que possible , w; av Suvwvrai xdXXwtov (2). Puis elles les déposait dans le temple, comme une offrande nouvelle, avec une inscription commémorative, dont la formule lui avait été donnée par le décret. Cette formule indiquait que l’objet ainsi consacré était formé de la réunion d’un certain nombre d’offrandes j etées à la refonte , a7to twv dvaOyipaTWV OU bien ex tmv tuttwv (3). Elle portait en outre le nom d’un donateur, qui était tantôt le Conseil, tantôt le trésorier en charge, Androtion ou Lycurgue, tantôt le prêtre du dieu. C’était un honneur que d’avoir son nom ainsi gravé sur l’offrande , et voilà pourquoi Démosthène s’indigne de voir le nom impie d’ Androtion inscrit sur des phiales consacrées, alors que les couronnes qu’il avait fallu fondre pour les faire portaient des inscriptions qui rappelaient aux Athéniens de glorieux souvenirs (4). Avant de se séparer ;• la commission faisait graver sur une stèle , dont le trésorier militaire (6 xapuaç xwv axpa- TiwTtxwv) pavait les frais , le décret qui l’avait nommée , les noms des commissaires , l’inventaire qu’elle avait dressé des objets enlevés , avec les noms des donateurs , le poids total du métal recueilli avant la fonte , le poids des lingots déduction faite des déchets , enfin le prix et le poids de chaque offrande nouvelle. Elle déposait la stèle au temple où elle s’était réunie , accomplissait un sacrifice dont la valeur déterminée par le décret était prise sur la valeur totale du métal refondu; enfin elle venait, devant le Conseil sans doute , rendre compte de ses actes.

Telle était la procédure à partir du troisième siècle avant notre ère. A ce moment, le prêtre exerçait donc, dans les commissions de refonte, une sorte de présidence : il était inscrit le premier sur la liste des commissaires ; l’offrande nouvelle était consacrée sous son nom. On trouve dans les inventaires de l’Asclèpieion : objet consacré par le prêtre avec le produit des ex-voto (kpeùç ex x&v tutoüv), comme s’il avait eu qualité pour représenter à lui seul la commission (5).

(2) C. 1. A., Il, 403.

(3) C. 1. A., II, 403. Bull, de corr. hellén., Il, p. 432, lignes 33-36; p. 436, lignes 80, 81 ; p. 437, ligne 93.

(4) Démosthène, contre Androtion, 72.

(5) Il est vrai que, dans le cas particulier, on ne saurait affirmer avec cer-

Il n’en était certainement pas de même dans les siècles précédents , alors que les trésors des dieux étaient non pas dispersés dans les différents sanctuaires , mais réunis dans l’Opisthodome du Parthénon , sous la garde des trésoriers sacrés. Les prêtres n’intervenaient pas encore dans la constitution des inventaires annuels. On est autorisé par là à penser qu’ils n’intervenaient pas davantage dans les commissions de refonte.

Administration des revenus sacrés.

La réserve du matériel précieux n’était pas un capital mort qui s’entassait indéfiniment, sans que le dieu en tirât profit. C’était moins une collection curieuse d’objets d’art et de prix qu’une valeur métallique en dépôt. Cette valeur , mise en circulation , pouvait être une occasion de revenus. J’ai parlé des prêts que les dieux d’Athènes faisaient parfois à la cité. Ces prêts étaient soigneusement enregistrés, et quand le jour venait d’en rembourser le montant , il fallait y ajouter le paiement des intérêts (1). Les temples ne prêtaient pas seulement aux villes en détresse (2) : ils prêtaient aussi aux particuliers. Le temple d’Apollon, à Délos, était une véritable banque (3).

titude qu’il y ait eu une commission. Les mots îepeùç êx twv tuuojv indiquent seulement qu’il y a eu refonte d’offrandes. Il est à remarquer que partout où cette formule revient , la refonte a porté sur des valeurs peu considérables , 19 drachmes, 29 drachmes, 44 drachmes, au lieu que les refontes que nous voyons confiées à des commissions représentent des valeurs de 234 et de 4270 drachmes. En tous cas, qu’il y ait eu ou non commission, il est bon de noter que le prêtre est en nom, ce qui n’arrive ni du temps d’Androtion ni du temps de Lycurgue.

(2) Avant de s’engager dans de coûteuses expéditions, les villes s’enquéraient des trésors sacrés auxquels elles pourraient faire des emprunts. Les Corinthiens poussent les Grecs à la guerre contre la suprématie athénienne, en rappelant qu'il y a des trésors en réserve à Delphes et à Olympie pour les besoins de la guerre (Thucydide, I, 121). Avant de se lancer dans l’expédition de Sicile et de se rendre aux instances des Egestains qui les appellent, les Athéniens envoient des députés à Egeste pour voir si les temples contiennent des ressources suffisantes pour couvrir des dépenses extraordinaires (Thucydide, VI, 6, 20, 46).

(3) Bull, de corr. hellén., II , p. 342 : inscription trouvée par M. Homolle à Délos. C'est une liste de prêts (Sa vsftov) avec l’indication des intérêts (véxwv).

Aux intérêts des sommes qu’on leur empruntait les dieux joignaient une foule d’autres revenus. C’étaient d’abord des dons en argent. On se rappelle la liste des prémices pécuniaires (ar.^yixi) que payaient au sanctuaire d’Apollon Pythien la plupart des magistrats athéniens et déliens (1). Les uns donnnent deux cent cinquante drachmes , d’autres deux cents , d'autres cent , d’autres cinquante seulement. Si cette contribution , qui sans doute n’était pas volontaire mais imposée, se renouvelait régulièrement, le temple pouvait en tirer un revenu annuel de trois mille six cents drachmes. Les suppliants faisaient souvent des offrandes en monnaie. Dans les inventaires de l’Asclèpieion , on rencontre plusieurs fois la mention de drachmes , et de tétradrachmes que tel ou tel est venu consacrer dans le sanctuaire (2). Le revenu des amendes était le plus considérable (3). Athéna recevait le dixième de certaines amendes et les autres dieux le cinquantième (4). D’autres fois l’amende était tout entière dévolue à une divinité déterminée. Un décret, relatif à la condition des Phasôlitains résidant à Athènes, stipule que si l’archonte viole la loi votée à ce sujet, il paiera dix mille drachmes à Athéna (5). Le magistrat chargé de contraindre les marchands à l’usage des poids légaux paie , s’il est négligent , mille drachmes à Dèmèter et Corô (6). Hèra reçoit mille drachmes de l’archonte qui ne force pas le plus proche parent d’une orpheline à l’épouser (7). Toute contravention à la police d’un sanctuaire est passible d’une amende au profit de la divinité qui l’habite. Il faut enfin signaler parmi les revenus sacrés le produit des offrandes en nature ou prémices que l’on apportait aux dieux , ainsi que le produit des biens fonds qui leur appartenaient. Dèmèter et Gorè recevaient tous les ans les prémices des récoltes que leur envoyaient tous les dèmes de l’Attique, les alliés et quelques villes grecques (8). D’autres divinités possédaient des terrains, bâtis ou non bâtis, des champs , des jardins , des bois , des pâturages , que l’on désignait sous le nom général de -rs^évr)

(1) Voir plus haut , p. 42.

(2) Bull, de corr. hellén., II , p. 425, ligne 60 ; 426, 79, 81 ; 430, 8; 432, 26; 433, 49 ; 434, 55, 59, etc.

(3) Bœckh, Staatsh., liv. III, ch. 12.

(4) Démosthène, contre Timocrate, 120.

(5) C. 1. A., II, tl.

(7) Démosthène, contre Macartatos, 54.

(8) Bull, de corr. hellin., IV, 225 et suiv.

ou enclos sacrés, et dont la plupart provenaient de donations : nous avons cité l’exemple de Démon , fils de Dèmomélès et parent de Démosthène , qui avait consacré à Asclépios une maison et un jardin (1). Une femme de Mégare achète un terrain, le consacre et en affecte les revenus à l'a célébration de certains sacrifices (2). L’usage d’attribuer ainsi des propriétés aux dieux était si général et si respecté qu’on ne vit jamais les Athéniens faire le partage d’un territoire conquis sans commencer par distraire un lot considérable en faveur d’Athéna (3). A part les propriétés sacrées qui , comme la Lpd située entre Athènes et Mégare (4), devaient demeurer toujours sans culture, les domaines des dieux étaient affermés.

Quels qu’ils fussent, ces revenus des sanctuaires avaient besoin d’être administrés. Il ne paraît pas qu’ils l’aient jamais été par les prêtres. L’inscription, qui contient la liste des emprunts faits par la cité athénienne aux trésors sacrés pendant la guerre du Péloponèse ne mentionne pas une seule fois le nom d’un prêtre : chacun des emprunts est compté par les trésoriers de la déesse, et l’intérêt à payer pour chaque somme est calculé par les magistrats chargés des comptes publics (5). L’enregistrement des amendes sacrées n’a pas lieu en présence du prêtre de la divinité intéressée : il s’effectue soit devant les trésoriers de la déesse ou des autres

(2) Le Bas et Foucart, Inscriptions du Péloponèse, n° 25a. — Xénophon, Anabase, V, 3.

(3) Foucart, Mémoire sur les colonies athéniennes au cinquième et au quatrième siècles ( Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions, lre série, t. IX, 1878 , p. 333). — A Olymos, en Asie Mineure, on voit le dieu lui-même acheter des propriétés avec le surplus de ses revenus. Plusieurs inscriptions , conservées au Louvre, se rapportent à cette opération (Le Bas et Waddington, Inscr. d'Asie Mineure, n0! 331-332, 337, 338).

(4) Plutarque, Vie de Périclès, 30.

(5) C. 1. A., I, 273 : [TàSe xoù xôxcv (?) èXoy£cavx]o oi XoYicxa[l êv xotç xéxjxapciv ëxecrtv ëx IlavaOifivai'ajv ëç [Elavaôrjvaia ôçeiXôpsva (?)]. Suit l’énumération des prêts faits dans la troisième année de la 88e Olympiade (426 av. J.-C.) : [xà8e o]l xap-îae uapeSoafav , ’AvSpoJxXfji; <I>Xueù; xat pjvàpyovxeç 'EXXjyivoxapuatç ...Jet xal pJvàpxoucri[v, crxpaxjriYoti; 'LxTioxpcxxEi XoXapyet xai ?u[vâpyoucriv, inl x^ç KexpouîSoJç irpvxoojetaç Sevxefpaç TrpuJxaveuoOaT); , xexxapeç ripipat ë<rs[Xr)Xv0v£aç , ëitï xîj; povXîj; Meya^XeiSr); 7rpt5xo[ç ëfpa[j.]p.àxEve, èxxi EùOOvou âpyovxoç (20 talents), xâxo; xfovxoïç èyevexo (5636 drachmes). Six paiements analogues sont ainsi mentionnés, et le chapitre pour l’année se termine par le paragraphe suivant : [x£<p]àXaiov xoü àpyaiou àvaXd>p.a xoç èirl xrjç 5AvSp[oxXéou; âjpyijç xat (juvapxovxwv (261 talents et 2640 drachmes). [T]oxov xecpâXaiov x£o àpyupito xü àvaX<d0évx[i lui xijç ’AvSpoxXéovî] àpx^Ç xai £wapxâvxw[v] (11 talents, 99 drachmes, et une obole).

dieux, soit devant l’archonte-roi (1). Pour faire payer l’amende imposée à ceux qui coupent du bois dans l’enceinte d’Apollon Iriphaséen , l’intervention du démarque est nécessaire (2). La vente des orges et des froments envoyés comme prémices aux déesses d’Eleusis est faite par les îspoirotoi , de concert avec le Conseil des Cinq-Cents (3). Quant à l’amodiation des propriétés des dieux , une inscription du Pirée (4) , montre qu’elle s’opère par voie d’adjudication, sans que l’autorité sacerdotale intervienne.

Un passage d’Eschine prouve d’une manière décisive que les prêtres n'ont pas dans leurs mains l’administration des revenus sacrés. C’est dans le discours contre Ctèsiphon (5). Eschine cherche à renverser par avance le système de défense imaginé par Démosthène. Démosthène soutiendra qu’il mérite une couronne. La loi exige que pour recevoir une récompense de ce genre , on ait rendu des comptes, et il avouera qu’il n’en a point rendu. Mais il alléguera aussi qu’il n’avait aucun lieu d’en rendre. Les dépenses que j’ai faites , dira-t-il , je les ai faites à mes frais; je n’ai pas eu de fonds publics entre les mains. Le raisonnement est faux , répond Eschine. Que Démosthène ait eu , oui ou non , des fonds publics à manier, il est toujours responsable ; la loi le veut ainsi. Les prêtres eux-mêmes ne sont pas affranchis de cette obligation commune à tous les magistrats : et pourtant l’on sait qu’ils n’ont point de fonds publics à manier. Us se bornent à prier pour le Peuple, et s’ils reçoivent quelque chose, ce n’est qu’une gratification en nature après le sacrifice.

Si les prêtres ne sont pas chargés de l’administration financière des revenus de leur dieu , est-ce à dire que cette administration se fait toujours loin d’eux et qu’ils y demeurent absolument étrangers ?

Dans l’ordonnance pour le paiement des prémices des récoltes à Eleusis, il est question de l’hiérophante et du dadouque. Mais leur rôle est secondaire. Le soin de recueillir les grains apportés aux déesses n’appartient pas à eux, mais aux hiéropes, et si l’opération n’est pas terminée dans les délais voulus , l’ordonnance ne

(1) Démosthène, contre Macartatos , 71 : êyyp “Çovtwv ot âpxovTs'ç, irpoç ou? ccv

■f) Sixv), toÏç 7CpàxToparv , o tw 8ïi|xocrtw yiyvsTca • 8 8k ry Qstp yîyvsTai, rot; xapiaiç twv 0soO. ’Eàv 8s syypàcpwffiv, aÙToi ôçsiXovtwv. Andocide , sur les Mystères, 77 : Tcepi 81 twv sTuyeypappsvwv si; toùç irpàxTopa; toùç Tapuaç t vj; 0soO xal twv iSXXwv 0swv ^ tov paarXsa.

(2) Voir plus haut, p. 91.

(3) Bull, de corr. hellén., IV, p. 225 et suiv. *■

(5) Eschine, contre Ctèsiphon, 18.

s’en prend point à eux, mais condamne les hiéropes à l’amende ( 1 ). Ils se bornent à inscrire sur un tableau ( Iv Tuvoudw) les quantités de grains qu’ont remises les dèmes attiques et les villes alliées , et sont chargés d’en déposer un exemplaire dans l’Eleusinion d’Eleusis, un autre dans la maison du Conseil des Cinq-Cents (2). Ils ne sont là que comme témoins. Le décret rendu pendant la guerre du Péloponèse, et relatif à la restitution des sommes dues aux dieux par la cité (3), mentionne de même des tableaux (mvdxia), que les prêtres avaient en main et où se trouvaient consignées les créances de leur dieu. Un fragment de l’orateur Lycurgue (4) signale aussi des tablettes (ypap^a-teTa) , sur lesquelles les prêtresses, comme les prêtres, avaient le droit d’apposer leur sceau.

Quoiqu’on ne puisse pas dire avec certitude s’il s’agit dans les trois circonstances d’une même espèce de tablettes, ces textes prouvent au moins une chose, c’est que les prêtres assistaient quelquefois , sinon toujours, aux diverses formalités qui accompagnaient la réception , l’encaissement , la dépense des revenus de leur divinité (5). Leur présence était une garantie. Les trésoriers sacrés ou les hiéropes, qui avaient la charge réelle de l’administration financière , ne représentaient, dans toutes ces opérations, que la cité , la cité qui voyait dans les revenus des temples une réserve en cas de guerre et de dépenses extraordinaires. Les prêtres représentaient sans doute les intérêts des dieux (6).

(1) Bull, de corr. hellén., IV, p. 226, ligne 20.

(2) Bull, de corr. hellén., IV, p. 226, lignes 26 et suiv. : ’AvaypàijxravTef; 8]è s[jjl] ntvaïuüH tô (jLSTpov toü xapiroü toü te trapà tàW SYipàpyiov xat[à t]à[v 8ïj]p.ov Ixacrrov xal toü 7tapà tûv ttoXemv xatà t^v itoXiv éxàafTYiv, x]ata0évtiov Iv te ttüi ’EXevtnvtun ’EXeuaïvt xal Iv tût (3ouX[eut]Y)[p]ui)i.

(4) Lycurgue, fragment 51 (Didot, Orateurs attiques, p. 362). — C. 1. A., II, 34 : Fragment très mutilé d’un décret relatif aux revenus du temple des Dioscures. Il y est question des trésoriers des autres dieux. On y trouve deux fois la mention du prêtre (lignes 5 et 9). A la ligne 9, Kirchhoff restitue : [àvayp]a- «pôvtoov aütàv ot i[êpvjç]1 2 3 4

(5) Dans une inscription, on voit un prêtre d’Asclèpios faire une offrande « avec le produit des revenus du dieu » Ix tûv toü ©eoü upooôSojv. Mais le monument est de basse époque et ne prouve rien pour le cinquième et le quatrième siècles (5 6A0i)vaiov, V, p. 419, n° 10).

(6) Dans les dèmes de l’Attique, l'autorité financière des prêtres paraît avoir été plus considérable que dans la cité. Les prêtres des dieux du dème de Myrrhinonte font des prêts avec l’argent sacré ; ils prêtent sur hypothèques et doivent placer sur les domaines des débiteurs des bornes (8poi) contenant l’indication du prêt et de l'hypothèque. S'ils négligent de le faire, ils sont passibles d'une amende (C. I. A., II, 578).

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