‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 154 sur 392 · I S. J. VI · texte numérisé non relu

I S. J. VI

dernier jour. Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme mon Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis par mon Père; de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C'est là le pain qui est descendu du ciel, bien différent de la manne que vos pères ont mangée, et qui ne les a pas empêchés de mourir. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Telles sont les paroles de la promesse;, qu'on les étudie en elles-mêmes, ou qu'on examine le sens dans lequel elles furent comprises par les auditeurs on voit qu'elles signifient d'une manière évidente la présence réelle du Christ dans la sainte Eucharistie.

(2) En premier lieu, il est clair que le Christ parle ici de l'Eucharistie. Les non catholiques ont fait de ce discours de Notre Seigneur un sujet de controverse, et discutent pour établir qu'il y parle ou n'y parle pas de l'Eucharistie. Un auteur récent ^ montre avec autant d'évidence que de brièveté que ces paroles se rapportent à l'Eucharistie.

« Il ne semble pas admissible que ce discours n'ait pas trait à l'Eucharistie, si nous nous rappelons (i) les étonnantes expressions qu'emploie le Fils de l'homme quand il parle de manger sa chair et de boire son sang ; (2) que juste un an après il instituait l'Eucharistie ; (3) que la primitive Eglise a été unanime à interpréter ce discours comme se rapportant à ]'Eucharistie«Q uelques mots sont nécessaires sur chacun de ces points : (i) Probablement qu'en aucun pays, en aucune littérature, pas même à travers les luxuriantes images de

I Plummer : Evangile de S. Jean.

242 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS

rOrient, nous ne pourrons trouver un maître qui parle de l'acceptation de sa doctrine en termes métaphoriques assez étonnants pour oser dire qu'il faut manger sa chair et boire son sang. Il faut donc que les mots signifient ici quelque

chose de plus que la doctrine (2) L'établissement de

religions nouvelles, surtout de celles qui ont eu de l'ascendant sur l'esprit des hommes, a toujours été le résultat de profondes pensées et de longues délibérations. Ne parlons pas de la Divinité de Jésus-Christ, et mettons-le pour un instant sur le même pied que les autres grands hommes. Allons-nous supposer que juste un an avant l'établissement de l'Eucharistie, qui est l'élément le plus distinctif du culte chrétien, son Fondateur n'en ait eu aucune idée ? Bien sûr que longtemps à l'avance, cette institution était l'objet de ses pensées ; et alors, ces mots : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous, » ne peuvent manquer d'avoir quelque rapport avec ceux-ci : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ; buvez-en tous, car ceci est mon sang. » La coïncidence est trop rigoureuse pour n'être que le fruit du hasard, lors même qu'il serait probable que, un an avant l'institution de l'Eucharistie, son Auteur n'en avait pas la moindre idée. Que les auditeurs de Capharnalim n'aient pu voir ce sens aux paroles du Christ, cela ne prouve absolument rien : il parlait moins pour eux que pour les chrétiens des siècles à venir. Combien de fois n'a-t-il pas prononcé des paroles que même ses Apôtres ne comprenaient pas alors! (3) L'interprétation de l'Eglise primitive... lorsqu'elle est unanime, est d'un très grand poids ; et, dans un cas de ce genre, où il faut faire appel aux vues spirituelles de l'esprit et à la tradition apostolique plutôt qu'aux puissances de l'école et de la critique, l'autorité des Pères est l'argument le plus persuasif. »

4. CE PASSAGE DE L EVANGILE DE SAINT JEAN DOIT S ENTENDRE DE LA MANDUCATION RÉELLE DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST : (l) CET ALIMENT ET CE BREUVAGE SONT QUELQUE CHOSE DE NOUVEAU. (2) COMPARAISON AVEC LA MANNE. (3) LA MANDUCATION RÉELLE EST LE SENS ÉVIDENT. (4) LE CHRIST APPELLE SA CHAIR UNE VÉRITABLE NOURRITURE, ET SON SANG UN VÉRITABLE BREUVAGE. (5) LES JUIFS L'ONT COMPRIS DANS LE SENS LITTÉRAL.

Le Concile de Trente ' rapporte ce passage de l'Evangile de saint Jean à l'Eucharistie; et, bien qu'il ne porte aucune définition à ce sujet, il serait téméraire de l'interpréter dans un autre sens. Tous les Pères qui ont exposé le sens littéral de ce texte, l'ont également entendu et expliqué comme se rapportant à l'Eucharistie. Un catholique n'est donc point libre de l'entendre ou de l'expliquer dans un sens contraire à la manducation du corps et du sang du Christ, comme d'ailleurs ce sens est manifeste d'après les paroles ellesmêmes et le contexte.

(i)'Les termes nourriture et breuvage se rapportent ici à quelque chose de nouveau et qui doit être donné dans l'avenir. Le sens de manger d'une manière virtuelle ou métaphorique pourrait se rencontrer dans différents passages, mais n'aurait rien de nouveau.

(2) Le pain de vie est comparé à la manne, et lui est préféré. Or, on mangeait réellement la manne. Dès lors, le pain de vie sera mangé; autrement, où est la comparaison?

I Sess. XXI. CAN. I : Sess. xiit. can. 2.

(3) En prenant ces paroles dans le sens d'une manducation réelle, tout, dans le discours du Sauveur, se comprend clairement et facilement dans un sens manifeste. Si manger est une métaphore, ce langage devient étrange et inintelligible. Nous devons donc certainement accepter le sens de la manducation réelle tant que nous ne trouvons rien de nature à nous montrer que le Christ n'a pas songé à une chose semblable.

(4) Le Christ appelle sa chair réellement une nourriture, et son sang un vrai breuvage. Donc, il est évident qu'il les donnait comme tels en vérité et en réalité, et non en figure ou par métaphore.

(5) Ceux qui ont entendu ces paroles, les juifs et les disciples les ont comprises dans leur sens réel et littéral. Les juifs comprirent évidemment que le Christ leur parlait de manger réellement son Corps et son Sang ; autrement, leur critique n'aurait aucune raison d'être : « Ce discours est dur, et qui peut l'écouter?» Rien n'aurait pu non plus scandaliser les disciples s'il n'avait été question que de manger dans un sens métaphorique.

Si le Christ avait voulu se servir d'une métaphore, il n'aurait pas pu en choisir une plus odieuse pour les juifs, qui considéraient comme impur de boire le sang des animaux, et beaucoup plus révoltante encore la pensée de boire du sang humain.

Enfin, si le Christ avait voulu employer une métaphore, il n'aurait pas pu parler d'une manière plus obscure qu'il ne le fait ici ; et s'il a voulu signifier une manducation réelle, il ne pouvait pas être plus clair. En annonçant une chose qu'il dit nécessaire au salut, on ne comprendrait pas qu'un législateur sage ne parlât pas d'une manière claire et intelligible. De

plus, le Christ prévoyait que son Eglise tout entière entendrait ses paroles dans le sens d'une manducation réelle, et il agissait en conséquence. Dans la supposition contraire, il n'est pas possible qu'il permette une erreur pareille, et même y donne lieu, lors même qu'elle serait invincible, puisqu'elle porterait à une idolâtrie matérielle,

5. EXPLICATIOiV DES PAROLES DU 64'"'^ VERSET EN RÉPONSE A UNE OBJECTION

Q.uant aux termes du soixante-quatrième verset : « C'est l'Esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien, » qu'on allègue comme une objection à l'enseignement que nous venons d'établir, voici l'interprétation qu'on leur donne : « L'esprit, c'est-à-dire ce qui est divin en moi, vivifie ceux qui me mangent ; la chair, ce qui est purement humain en moi, ne sert de rien. Les paroles que je vous ai adressées signifient cet esprit divin qui est en moi. »

D'après l'interprétation commune, il faut admettre aussi qu'il s'est servi de ces paroles pour nous faire comprendre qu'on ne devait pas le manger d'une manière charnelle comme l'entendaient les juifs, mais d'une manière sacramentelle, et sous les espèces du pain. Il faisait allusion à la signification spirituelle des paroles, et non à l'intelligence charnelle des juifs. Mais il ne dit pas un mot contraire à la manducation réelle et au sens littéral de ses paroles. Aussi les juifs, et même plusieurs de ses disciples continuèrent-ils à se scandaliser : ils s'en allèrent et ne restèrent plus à sa suite.

Loin de donner une explication différente de sa doctrine, le Christ se retourna vers ses Apôtres et leur dit : « Et vous,

ne voulez-vous point aussi me quitter? » Ils étaient libres de le faire, s'ils voulaient. « Mais Simon Pierre lui répondit : A qui irions-nous, Seigneur ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru, et nous avons connu que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. » ^

I s. J. VI. 68-70.

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