‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 159 sur 392 · DÉCRETS DES CONCILES · texte numérisé non relu

DÉCRETS DES CONCILES

Le Concile de Verceil, convoqué par l'autorité de Léon IX, dénonça l'hérésie ; Bérenger lui-même rétracta et anathématisa son erreur. Revenu à son orgueil et à son impiété, il se vit condamné dans trois conciles différents, l'un réuni à Tours, et les deux autres à Rome. L'un de ceux-ci avait été convoqué par Nicolas II, et l'autre par Grégoire VIL Le Concile général de Latran, tenu sous Innocent III, ratifia plus tard la sentence ; et la foi de l'Eglise catholique sur ce

2^6 LES SACREMENTS EXPLIQ.UÉS

point de doctrine fut plus complètement affirmée et plus fortement établie dans les Conciles de Florence et de Trente. « Si donc le pasteur apporte tous ses soins à l'explication de ces enseignements, il verra ses labeurs récompensés ; il en verra les heureux effets dans la force communiquée aux faibles, dans la joie et la consolatien données aux personnes pieuses. Nous ne parlons point de ceux qui, aveuglés par l'erreur, ne détestent rien tant que les lumières de la vérité. Ils atteindront ce double effet d'autant plus sûrement, que les fidèles ne peuvent pas douter que ce dogme ne soit au nombre des articles de leur foi. Croyant et confessant, comme ils le font, que le pouvoir de Dieu est souverain, ils doivent aussi croire que sa toute puissance est capable d'accomplir le grand œuvre que nous admirons et adorons dans le sacrement de l'Eucharistie ; et enfin, croyant, comme ils le font, à la sainte Eglise catholique, ils doivent forcément admettre que la doctrine exposée ici est bien celle qui nous a été révélée par le Fils de Dieu. » ^

4. NOTE EXPLICATIVE DU DOCTEUR LINGARD SUR LA PRÉSENCE RÉELLE, ET RÉPONSE AUX OBJECTIONS

Le docteur Lingard, en parlant de la Présence réelle, donne dans son catéchisme une explication très lumineuse que nous pouvons citer comme réponse aux objections des protestants contre ce dogme catholique : « Q.ue notre Sauveur, à la dernière Cène, ait pris dans ses mains du pain et du vin, qu'il les ait bénis successivement, et les ait donnés à ses Apôtres, en disant, pour le pain : Ceci est mon corps ; pour

I Catéch. du Conc. de Tr. : Le Sacrement de TEucharistie.

le vin : Ceci est mon sang ; c'est ce que les Ecritures nous déclarent en termes trop évidents pour qu'on puisse admettre la moindre contradiction. Néanmoins le sens véritable de ces paroles a été pendant trois cents ans un sujet de controverse entre catholiques et protestants. Le catholique, faisant porter son argumentation de l'apparence des éléments au sens des mots, prétend que, comme il n'y a aucun changement visible dans le pain et le vin, ils doivent avoir subi quelque changement invisible. Il demande si un tel changement est impossible, et il nous ordonne de considérer quel est celui qui profère ces mystérieuses paroles. Qui est-il ? A en juger par nos sens, il est vrai, c'est un homme comme nous. Aujourd'hui, il est assis à table avec ses disciples; demain, nous le verrons dans les angoisses de la mort, suspendu comme un malfaiteur sur la Croix. Mais que nous dit notre foi ? Qu'il n'est pas seulement homme, mais qu'il est Dieu, ce Dieu qui habite l'éternité, qui d'un mot a fait sortir l'univers du néant, à la volonté duquel toutes choses doivent obéir. Voulez-vous, alors, contester à Dieu le pouvoir d'opérer un changement dans le pain et le vin, si ce changement n'est pas apparent à nos sens ? Oserez-vous lui donner le démenti, en niant que son corps et son sang soient réellement ce qu'il déclare être son corps et son sang ? C'est ce que firent les gens Je Capharnaum, lorsqu'ils s'écrièrent : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? C'est là une parole dure, et qui peut l'entendre ? » Mais alors, les gens de Capharnaum le prenaient simplement pour un homme.

D'où il suit de toute évidence que l'unique point en discussion entre les deux partis a pour objet la puissance de Dieu. Si vous ne niez pas qu'il lui était possible de changer

ainsi la substance des éléments, que le Christ pouvait littéralement et en vérité dire de ces éléments qu'ils étaient son corps et son sang ; si vous ne soutenez pas qu'un tel changement, une fois opéré, doit nécessairement tomber sous la perception de nos sens, la conséquence forcée est que vous êtes obligés d'admettre avec les catholiques le changement des éléments au corps et au sang du Christ. L'Ecriture dit que c'est son corps et son sang ; qui donc, de ceux qui croient à l'Ecriture, osera dire que ce n'est pas son corps, que ce n'est pas son sang ?

Pour échapper à la difficulté, certains théologiens ont cherché à s'abriter derrière quelques expressions de notre Sauveur, qu'ils disent des passages analogues, et où le verbe être a un sens métaphorique. Ce n'est là qu'un misérable subterfuge. La plus importante des paroles du Sauveur, à la dernière Cène, est le pronom démonstratif. Ceci (ce que je tiens dans ma main) est mon corps. Il a dit, il est vrai : « Je suis la porte^ » « Je suis la vigne. » Mais quand a-t-il mis la main sur une porte ou sur un cep, et a-t-il dit : Cette porte, cette vigne, c'est moi ?

On ne peut pas douter que les Apôtres aient enseigné à leurs disciples le sens véritable de ces paroles. Or, nous avons heureusement le moyen d'affirmer quelle était la croyance des chrétiens une cinquantaine d'années après la mort de saint Jean. Nous trouvons ce témoignage dans l'Apologie du martyr saint Justin à laquelle nous avons déjà fait allusion. Son but était d'exposer les doctrines et les pratiques reconnues des convertis, et de les faire paraître sous le jour le plus favorable possible à son souverain infidèle. Or, si l'on n'avait considéré l'Eucharistie que comme une figure, très certainement il l'aurait dit sans hésiter. Nul

besoin en effet de cacher quelque chose où il n'y aurait rien eu qu'on put trouver extraordinaire et inintelligible. Cependant il ne semble pas avoir jamais voulu parler d'une présence figurée. Il établit carrément que les éléments consacrés sont 1^ corps et le sang du Christ; et il défend la croyance à une doctrine si extraordinaire et si étonnante^ parce que c'était l'enseignement de Notre Seigneur à la dernière Cène. Voici quelques-unes de ses paroles : « Pour nous, cette nourriture s'appelle l'Eucharistie.; Il n'est point permis d'y participer à quiconque ne croit pas la vérité de notre enseignement, qui n'a pas été lavé dans le bain qui procure la rémission des péchés et une nouvelle naissance, et qui ne mène pas une vie conforme aux préceptes que le Christ nous a légués. Car nous ne recevons pas ces aliments comme un pain et un vin ordinaire. Mais, de même que notre Sauveur Jésus-Christ, en s'incarnant par la vertu de la parole divine, avait pris notre chair et notre sang pour notre rédemption, ainsi, ces substances qui, par suite d'une transformation, deviennent l'alimentation de notre chair et de notre sang, deviennent par la vertu des prières qui sont ses propres paroles, le corps et le sang de ce même Jésus incarné. Telle est la doctrine qui nous a été enseignée. Les Apôtres, en effet, dans les commentaires qu'ils ont écrits et qu'on appelle les Evangiles, nous ont transmis qu'ils avaient reçu l'ordre d'opérer ce changement de la bouche de ce même Jésus au moment où prenant du pain et le bénissant, il leur dit : « Ceci est mon corps ; faites ceci en mémoire de moi. Et pareillement, quand, après avoir pris le calice et l'avoir béni, il leur dit: Ceci est mon sang, et qu'il le leur distribua. Assurément, si la doctrine catholique est fausse, l'erreur a dû s'introduire parmi les chrétiens avant que cette race

260 LES SACREMENTS EXPLiaUÉS

d'hommes qui avaient été instruits par les Apôtres eux-mêmes n'eût entièrement disparu. » ^

Il est clair que quand Notre Seigneur a dit : Ceci est mon corps, il n'y a eu aucun changement extérieur ou naturel. Donc, il faut, pour vérifier ses paroles, qu'il y ait eu un changement intérieur et surnaturel. Car il n'a pas dit : Ici^ avec cecij ou sons ceci est mon corps. Mais il a dit : Cecij la chose même que j'ai en main, ceci est mon corps. Naturellement, ce pain continua à paraître avec le même extérieur qu'auparavant ; surnaturellement, en vertu de la toute puissance qui suspend à son gré les lois de la nature, il fut changé, et devint le corps du Christ. ^

5. CONCLUSIONS A TIRER DE LA DOCTRINE DE LA PRÉSENCE RÉELLE. LE CHRIST ABSOLUMENT TOUT ENTIER PRÉSENT DANS CE SACREMENT : (l) SON CORPS. (2) SON SANG. (3) SON AME. (4) SA DIVINITÉ.

De la doctrine qui précède, et de l'enseignement du Concile de Trente, nous devons tirer plusieurs conclusions : (i) Le Christ tout entier est présent dans ce sacrement ; il es^ présent tout entier dans chacune des hosties, et dans chaque parcelle d'hostie séparément, lorsqu'on les divise. Il y a là ce Dieu- Homme conçu du Saint-Esprit et né de la Vierge Marie, — son corps qui fut déposé dans la crèche le Bethléem, qui fut cloué sur la croix et renfermé dans le sépulcre ; ce même corps qui fut réuni à son âme le jour de sa résurrection, qui est monté au ciel et qui est assis à la droite de son Père. —

1 Saint Justin, p. 97,

2 LiNGARD : Catéch. : La Sainte Eucharistie,

(2) Le sang, le même qui fut répandu pour nous au jardin des oliviers, pendant la flagellation et le couronnement d'épines, sur le chemin du Calvaire, qui coula de ses cinq plaies sacrées sur la Croix, et qu'il réunit à son corps au moment de sa résurrection, — ce sang qui est le prix de notre rédemption. — (3) Son âme, cette même âme qui fut triste jusqu'à la mort, qui descendit dans les Limbes pendant que le corps était au tombeau, et y consola les âmes des justes ; qui fut de nouveau unie à son corps, et qui jouit maintenant, dans le corps glorifié, de la vision béatifique. — (4) Avec le corps, le sang, l'âme, là est aussi la Divinité, c'est-à-dire la seconde personne de la Sainte Trinité, la personne du Fils de Dieu, et avec lui, en raison de l'union qui existe entre les trois personnes divines, le Père et le Saint-Esprit sont aussi présents; car, où est le Fils, là sont nécessairement le Père et le Saint-Esprit.

6. MANIÈRE OU RAISON DONT TOUT CE QUI APPARTIENT AU CHRIST EST CONTENU DANS CE SACREMENT: (l) LE CORPS SOUS LES APPARENCES DU PAIN, ET LE SANG SOUS LES APPARENCES DU VIN. (2) LE CORPS SOUS LES ESPÈCES DU VIN, ET LE SANG SOUS LES ESPÈCES DU PAIN ; ET L'AME SOUS l'une ou sous les deux ESPÈCES PAR CONCOMITANCE OU PAR CONNEXITÉ NATURELLE. (3) LA DIVINITÉ PRÉSENTE PAR CONCOMITANCE. (4) LE PÈRE ET LE SAINT-ESPRIT PRÉSENTS PAR CIRCUMINSESSION.

Nous devons cependant donner quelques explications de plus sur la manière ou la raison dont tout ce qui appartient au Christ est contenu dans ce sacrement :

(i) D'après renseignement du Concile de Trente, le corps du Christ est sous les espèces du pain, et son sang sous les espèces du vin, en vertu des paroles de la consécration, — • c'est à dire per se^ de leur propre pouvoir, ou, comme dit saint Thomas, en vertu du sacrement. Les paroles de la forme dans le sacrement n'affectent que ce qu'elles signifient.

(2) Le corps est sous les espèces du vin, et le sang sous les espèces du pain, l'ime sous les deux espèces, en vertu de la connexion naturelle que les théologiens appellent « concomitance, » par laquelle ces parties du Christ, après sa résurrection, restent inséparablement unies, de telle sorte que là où est une d'elles, les autres y sont aussi.

(3) La Divinité est présente en raison de cette admirable union hypostatique de la seconde personne de la Sainte Trinité avec la nature humaine, à laquelle elle reste inséparablement unie, et qu'on peut appeler une concomitance surnaturelle.

(4) Enfin, en vertu de ce qu'on appelle circuminsession^ — c'est-à-dire, la parfaite habitation des trois personnes divines l'une dans l'autre ; et en raison de leur union dans une seule et même nature, le Père est dans le Fils et le Saint-Esprit^ le Fils est dans le Père et le Saint-Esprit, le Saint-Esprit est dans le Père et le Fils. C'est pourquoi nous avons dans la sainte Eucharistie^ avec le Christ, la présence de la Sainte Trinité. Tout cela peut nous faire comprendre que si les Apôtres avaient consacré pendant que le Christ était mort, sous les espèces du pain, le corps aurait été sans le sang et sans l'âme ; et le sang aurait été sous les espèces du vin sans le corps et sans l'âme ; mais sous chaque espèce aurait été la Divinité, parce que le Verbe ne se sépare jamais de ce qu'il s'est uni hypostatiquement.

^ « D'où il suit, dit le Catéchisme du Concile de Trente, que le Christ tout entier est contenu sous chacune des espèces; de sorte que sous les espèces du pain il n'y a pas seulement le Corps, mais aussi le sang, et le Christ tout entier; de même aussi, sous les espèces du vin, il n'y a pas que le sang, mais encore le Corps et le Christ tout entier. C'est très sagement, toutefois, qu'il a été ordonné qu'il y aurait deux consécrations : elles représentent d'une manière plus frappante la Passion de Notre Seigneur, dans laquelle son sang fut séparé de son corps ; et c'est pour cela que dans la forme de la consécration nous rappelons l'effusion de son sang. »

Page 1