CE QUE l'homme NE PEUT PAS FAIRE SANS LA GRACE
Par conséquent, l'enseignement de l'Eglise sur la nécessité de la grâce actuelle, c'est que, sans elle, nous ne pouvons ni commencer, ni continuer, ni achever une action bonne et méritoire ; — c'est-à-dire une action proportionnée à notre salut, ou qui soit de nature à nous y conduire. La raison elle-même nous enseigne que les actes relatifs au salut appartiennent à l'ordre surnaturel, et exigent les grâces surnaturelles de lumière et de force pour parvenir à leur plein accomplissement. L'âme a besoin de la grâce de lumière pour l'élever, elle et ses actes, jusqu'aux régions divines de l'état spirituel et surnaturel ; c'est dans ce sens que saint Paul nous dit : « que nul ne peut confesser que Jésus est le Seigneur, sinon par le Saint-Esprit, = que nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune pensée, comme de nous-mêmes ; mais c'est Dieu qui nous en rend capables. » 3 L'homme, dans un état de nature pure, — c'est-à-dire, dans un état sans dons surnaturels, et sans le péché, ou sans les blessures infligées par le péché, — serait capable, par sa force naturelle, d'accomplir toutes les actions
1 I CORINT. IV. 7.
2 I Cor. XII. 3.
3 II Cor. m. 5.
proportionnées à sa nature. Ainsi, il pourrait aimer Dieu naturellement plus que toutes choses, accomplir, quant à leur substance, tous les préceptes de la loi, et, conséquemment, éviter tout péché. Mais il serait incapable, de lui-même et par ses propres forces, de faire aucun bien surnaturel; et il ne pourrait pas observer les préceptes de la loi en dehors des principes vitaux de cet amour qu'on appelle la charité, et qui est surnaturelle. Or, si l'homme, dans l'état de nature pure, aurait besoin de la grâce pour un acte surnaturel, et se diriger vers sa fin surnaturelle; à combien plus forte raison cette grâce ne lui est-elle pas nécessaire dans l'état de la nature tombée, même réparée, dans lequel nous vivons tous.