CONDAMNÉES PAR L'ÉGLISE
Nous avons maintenant à considérer une autre question dont Tétude nous montrera ce que nous pouvons faire sans la grâce, et nous permettra de réfuter les enseignements erronés et pernicieux des Protestants, des Jansénistes et autres hérétiques qui prétendent que toutes les actions d'un homme qui n'est pas en état de grâce sont des péchés.
S'il s'agit d'actes moralement et naturellement bons, qui ne contribuent pas au salut, l'homme peut, sans la grâce, connaître quelques-unes des vérités de la foi, et observer quelques préceptes de la loi naturelle ; parce qu'il n'est pas vrai que la nature humaine ait été entièrement viciée par le péché originel, ou qu'elle ait été viciée au point d'être incapable de connaître certaines vérités religieuses ou d'accomplir des actions naturellement bonnes. Voici les
principales propositions de Baïus et deQ.uesnel, condamnées par Clément X, en 17 13, dans la Constitution dogmatique, ou Bulle Uni'p-enitiis Dei Films.
Prop. XXXVII. La libre volonté, sans le secours de Dieu, ne peut faire autre chose que le péché.
Prop, xxxviîi. Un pécheur n'est libre que pour faire le mal, sans la grâce du Libérateur.
Prop. XXXIX. La volonté qui n'est pas prévenue par la grâce n'a de lumière que pour l'erreur, de l'ardeur que pour aller à sa chute, et de la force que pour se blesser. Elle est capable de tout mal, et incapable d'aucun bien.
Prop. XL. Sans la grâce nous ne pouvons aimer que notre perte.
Le bien que l'homme peut faire sans la grâce, dans cet état * de déchéance, n'est pas grand ; mais c'est un bien réel. Il peut connaître les vérités naturelles et des vérités surnaturelles d'une connaissance humaine et naturelle, et il peut faire beaucoup de bonnes actions dans l'ordre moral naturel. Il est capable d'actions bienveillantes et honnêtes, et peut accomplir un grand nombre d'œuvres de charité humaine. Nous devons donc rejeter comme des erreurs les horribles propositions comme celles-ci : « Tout ce que fait un homme non régénéré devient un péché pour lui. — De tout ce que font les hommes non régénérés, pendant tout le cours de leur vie^ il n'est rien qui, au dernier jour, ne se trouvera sur le livre de Dieu au nombre de leurs péchés. — Même leurs actions louables et nécessaires. — Pour l'infidèle, l'action de manger aussi bien que la gourmandise ; l'action de boire aussi bien que l'ivrognerie; sa conversation, ses affaires et son négoce, aussi bien que l'ambition et l'amour déréglé du monde, tout lui sera compté et considéré par Dieu comme
des péchés, et de tous ces péchés il devra rendre compte à Dieu. » ^ De pareilles propositions sont un joli spécimen de l'enseignement protestant sur la nécessité absolue de la régénération. Elles ne peuvent que nous montrer les malheureux et révoltants abîmes de découragement et d'iniquité auxquels nous entraînerait une doctrine aussi fausse que celle qui est le fruit du jugement privé.