‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 44 sur 392 · DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

DE LA DOCTRINE

On distingue les infidèles négatifs et les infidèles positifs. Les infidèles négatifs sont ceux qui n'ont jamais entendu parler de la foi, ou n'en ont jamais reçu aucune connaissance, les infidèles positifs sont ceux qui ont entendu parler de la foi, qui pourraient en avoir connaissance, mais qui lui ont résisté, ont refusé de l'accepter ou de correspondre à la grâce qui leur était offerte. Comme proposition générale, nous pouvons établir qu'à tous les infidèles, même aux négatifs, Dieu offre la grâce suffisante pour leur salut. On peut dire que cette proposition est théologiquement certaine. Voici les preuves sur lesquelles elle s'appuie : (i) Alexandre VIII a condamné une proposition qui soutient que « les païens, les juifs, les hérétiques et autres personnes de ce genre ne reçoivent de Jésus-Christ aucune inspiration, et qu'on peut, conséquemment, conclure avec raison, que, chez eux, il n'y a qu'une faible et légère volonté, sans aucune grâce suffisante. » Est également condamnée la proposition suivante de Quesnel : « La foi est la première des grâces, la source de toutes les autres. » (2) L'Ecriture nous fournit entre autres une preuve remarquablement forte dans les paroles de saint Jean : « Celui-là était la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde. » ^ Saint Chrysostome, commentant ce texte, dit que le Verbe illumine tout homme... autant qu'il est en lui. Mais si quelques-uns ferment de plein gré les yeux de leur âme pour ne point

recevoir les rayons de cette lumière, et demeurent dans les ténèbres, il ne faut pas s'en prendre à la nature de la lumière, mais à la malignité de ceux qui se privent volontairement de ce don. Car la grâce est répandue dans tous. (Rom. 8 in Joan.) (3) D'autres preuves se tirent aussi de la volonté sérieuse que Dieu a de sauver tous les hommes, (i) Des infidèles positifs, on peut dire qu'ils pèchent en refusant de faire un acte de foi auquel les pousse la grâce ; et ils ne seraient pas coupables dans la supposition qu'ils n'ont pas le pouvoir de faire cet acte de foi. (ii) Q.uant aux infidèles négatifs, nous pouvons dire que la grâce nécessaire ne leur est point refusée, parce qu'il faut admettre qu'à toutes les personnes de cette catégorie, qui n'y mettent aucun obstacle. Dieu donne la grâce d'éviter les péchés contraires à la loi naturelle ; et ils sont capables, et ils sont tenus d'éloigner tout obstacle à cette grâce. Saint Thomas, qui traite cette question, n'hésite pas à dire que si un homme était élevé dans une forêt sauvage, au milieu des brutes, et suivait les directions de la raison, faisant le bien et évitant le mal, nous devrions considérer comme certain que Dieu, d'une façon ou de l'autre, même par un miracle, viendrait à son secours pour lui procurer la grâce de la foi et les autres grâces nécessaires à son salut. En outre, il est absolument certain que même les infidèles négatifs sont obligés d'éviter les péchés contre la loi naturelle ; comme Dieu ne commande pas ce qui est impossible, nous devons donc supposer que ces infidèles reçoivent la grâce qui leur est nécessaire pour observer la loi, de telle sorte qu'ils sont à même de pouvoir écarter tous les obstacles à la grâce.

Toutes ces conclusions se déduisent rigouseusement de ces deux vérités, que Dieu veut le salut de tous les hommes, et que nul n'est tenu à l'impossible. Si un infidèle fait ce qu'il

peut pour éviter tout péché grave, ce que nous devons le supposer capable de faire [hic et munc)^ et coopère ainsi avec la grâce médicinale de Dieu, bien certainement Dieu lui accordera des grâces ultérieures, des grâces plus abondantes pour avancer davantage, pour faire tout ce qui est exigé de lui ; de sorte que nul ne se perd jamais que par sa faute. J'ajoute encore : Puisque Dieu veut le salut de tous, à tous il accorde, par les mérites de Jésus-Christ qui est mort pour tous les hommes, les grâces médicinales pour réparer en eux la nature déchue et pour les rendre capables d'observer la loi naturelle. S'ils sont dociles à ces premières grâces. Dieu leur accordera certainement une vocation à la foi, soit par une inspiration intérieure, soit même, si c'était nécessaire, en leur envoyant un ange du ciel pour les éclairer.

6. EN QUEL SENS ON PEUT DIRE QUE LES ENFANTS QUI MEURENT SANS BAPTÊME SONT POURVUS DES MOYENS DU SALUT.

Il n'est nullement question ici des enfants qui meurent après avoir reçu le baptême, ou qui sont martyrisés pour le Christ, parce que, à tous ceux-là, non seulement Dieu donne les grâces suffisantes, mais aussi les grâces efficaces. Il ne s'agit pas non plus de ces enfants qui sont privés du baptême par la faute de leurs parents ou d'autres personnes : Dieu, dans ces cas, a pourvu aux moyens du salut, et ce sont les hommes qui refusent de les appliquer. Nous voulons parler des enfants qui meurent avant leur naissance, ou qui naissent au milieu des païens et des infidèles où l'on ne connaît point ce

sacrement. On demande : Dieu a-t-il pourvu aux moyens de salut pour ces enfants ?

Nous n'avons sur cette question aucun enseignement positif de l'Eglise, et je dois dire, dès le début, qu'elle est controversée parmi les théologiens. Quelques mots d'explication suffiront pour concilier les différentes opinions émises sur ce point. 11 est certain que ces enfants ne sont pas admis au paradis et n'ont aucun titre à la béatitude surnaturelle. D'autre part, leur destinée n'infirme en rien le principe général que Dieu veut le salut de tous les hommes, et que le Christ est mort pour tous. Dieu a institué le baptême comme moyen de salut pour tous ; si, par une mort prématurée, ou par quelque autre raison naturelle et inévitable, ils sont privés du baptême nous ne pouvons pas dire que Dieu en est responsable, et nous ne devons pas supposer que les moyens offerts pour le salut ne sont point suffisants. Si la mort est le fait de causes naturelles. Dieu n'est pas obligé d'intervenir, ni de suspendre le cours de la nature pour l'empêcher. De même, nous ne pouvons pas attendre une intervention miraculeuse pour que des enfants de païens ou d'infidèles puissent recevoir le baptême de personnes qui ne savent rien de ce sacrement, et qui ignorent jusqu'à la manière de l'administrer. Nous ne pouvons pas non plus supposer qu'il devrait y avoir suspension des lois de la nature, pour donner à ces enfants le temps de vivre jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de raison.

C'est pourquoi, à cette question : De quel droit ces enfants sont-ils privés du royaume du ciel ? nous pouvons répondre par une autre question : Q uel droit ont-ils au ciel ? Aucun, certainement. Ils jouiront du bonheur naturel dans cet état que Dieu leur a destiné ; et, à cet état seul ils peuvent

prétendre. Dieu a suffisamment pourvu au salut des -enfants par rin.stitution du baptême, sacrement qui peut être administré validement par toute personne laïque, homme ou femme, juif ou païen. Si quelques enfants meurent sans être baptisés, il faut l'attribuer à des causes et à des raisons qui, dans Tordre ordinaire de la providence divine, ne peuvent pas être empêchées. Et on ne peut pas parler ainsi dans le but d'enlever quelque chose à la vérité de la proposition générale que Dieu veut le salut de tous et que le Christ est mort pour tous.

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