HÉB. XII
n'avait pas le pouvoir, était dans l'impossibilité de résister soit à la grâce, soit à la concupiscence, quelle que fût celle qui prévalût en lui à un moment donné. De là, l'une des cinq fameuses propositions de Jansénius : « dans l'état présent de la nature tombée on ne résiste jamais à la grâce. » Cette proposition n'est qu'une conséquence ou une déduction naturelle et logique du principe général des Jansénistes sur le péché originel. Si le principe est faux et hérétique, cette conséquence est également hérétique, et a été, en effet, condamnée comme telle par les papes Innocent X et Alexandre VIIÎ, condamnation qui confirme la doctrine catholique sur la grâce suffisante.
4. LES GRACES EFFICACES SONT ACCORDEES AUX HOMMES ; PREUVES ; — ERREURS DES PROTESTANTS ET DES JANSÉNISTES CONDAMNÉES.
Comme il est certain et de foi qu'il y a des grâces simplement suffisantes, ainsi est-il également certain et de foi qu'il y a des grâces efficaces dans l'état actuel de la nature humaine. Saint Paul écrit aux Philipiens: « Car c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire, selon qu'il lui plaît. » ^ Inutile de donner d'autres preuves, parce que 'personne ne niera qu'il se rencontre un grand nombre d'hommes qui, aidés de la grâce de Dieu, observent les commandements et acquièrent la vie éternelle. Et les grâces par lesquelles ils l'accomplissent sont ce que nous entendons par grâces efficaces. Nous n'aurions pas un saint dans le ciel, pas un juste sur la terre, si on n'admettait pas la doctrine de
I Phil. ii. 13.
la grâce efficace. Cette sorte de grâces a donné naissance à quelques difficultés au sujet de la liberté humaine ou du libre arbitre. La grâce efficace produit toujours et infailliblement l'effet salutaire pour lequel elle est donnée; mais elle ne produit pas cet effet nécessairement et invinciblement, comme le prétendent les Jansénistes. Au contraire, il est de foi que la volonté, sous l'influence ou la motion de la grâce efficace., reste parfaitement libre, et n'est pas forcée ou contrainte d'agir, sans pouvoir refuser son consentement. De sorte que l'impulsion de la grâce divine n'entrave point la liberté, mais existe avec la plaine et parfaite liberté de la volonté. Ce point a été défini par le Concile de Trente en ces termes: « Si quelqu'un dit que la libre volonté de l'homme, quand Dieu l'excite et la meut, ne coopère en rien en donnant son assentiment aux mouvements et à l'appel de Dieu, parce que cette volonté se prépare et se dispose ainsi à obtenir la grâce de la justification; ou qu'elle ne peut pas refuser son assentiment, si elle le veut, mais que, pareille à un être inanimé, elle ne fait rien que se tenir simplement dans un état passif, qu'il soit anathème. » ^
Cette définition dogmatique condamnait à la fois l'enseignement protestant qui veut et que le libre arbitre de l'homme ait été détruit par le péché d'Adam, et, comme conséquence, que nous ne puissions ni coopérer avec la grâce, ni lui résister. Plus tard, les Jansénistes ont adopté pour leur propre compte l'erreur protestante sur la liberté humaine, et ils tombaient pareillement sous l'anathème de l'Eglise. En vain ils s'efforçaient de s'abriter sous la distinction d'une double liberté, — liberté de contrariété et liberté de
I SeSS. VI, CAN. 4.
nécessité. Ils admettaient que Thomme sous Tinfluence de la grâce efficace^ était, il est vrai, invinciblement déterminé à agir, mais qu'il ne se rencontrait aucune contrariété dans la volonté, et qu'aucune violence ne lui était faite, parce que cette détermination lui était agréable et était conforme à ses inclinations. Et ils disaient qu'il était suffisant pour la liberté et pour le mérite que la volonté fût exempte de contrainte, que c'était là d'ailleurs toute la liberté de l'homme déchu.
L'Eglise a protesté contre cette doctrine, et a condamné comme hérétique une autre des cinq fameuses propositions de Jansénius, à savoir, que, pour mériter ou démériter dans cet état de nature déchue, il n'est pas nécessaire que l'homme ait la liberté de nécessité, mais qu'il lui suffit de la liberté de contrainte (a coactione). Il est évident que la liberté telle que l'entendait Jansénius n'est pas autre chose que le contraire de la liberté. Car, selon cette théorie, ce n'est pas la volonté qui déciderait, déterminerait ou choisirait en réalité, mais elle serait invinciblement déterminée par quelque autre chose qui lui serait extérieur, c'est-à-dire, par la grâce. Un pareil enseignement nous conduirait tout simplement à une sorte de fatalisme, détruirait tout mérite et tout sens aux récompenses ou aux châtiments futurs.
Il ne faut pas perdre de vue que nous ne pouvons rien sans la grâce. Il est nécessaire qu'elle nous prévienne et nous suive dans toutes nos bonnes actions, même jusqu'à leur entier accomplissement ; et, néanmoins, elle n'opérera pas sans nous. Elle accomplit tout en nous; et nous aussi, nous faisons tout par elle et avec elle en coopérant à son action. C'est bien ce que signifient ces paroles de saint Paul: « Mais c'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis: et sa grâce n'a point été stérile en moi; mais j'ai travaillé plus que