‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 48 sur 392 · SYSTÈME THOMISTE OU DE L'ÉCOLE DOMINICAINE · texte numérisé non relu

SYSTÈME THOMISTE OU DE L'ÉCOLE DOMINICAINE

(3) CONCLUSIONS ET RAISONS QUI PEUVENT NOUS FAIRE PENCHER POUR UN SYSTÈME OU POUR UN AUTRE.

Je dois dire quelques mots de la discussion que les théologiens ont soulevée à propos de la nature de la gr^ice efficace. En réalité et en fait, la question discutée, sur laquelle nous avons diverses opinions et des systèmes différents est celle-ci : D'où vient l'efficacité de la grâce, et comment peut-on concilier cette grâce avec le libre arbitre de l'homme ?

Il n'est pas facile, et il n'est point nécessaire, d'approfondir les différents systèmes des théologiens sur cette question particulière ; mais je crois utile, dans un but de dévotion aussi bien que d'instruction, d'appeler l'attention sur deux points tels que les expose M. l'abbé Gosselin.

Les divers systèmes que les théologiens catholiques proposent sur ce sujet, selon ce judicieux auteur, peuvent se réduire à deux principaux et qui sont le fondement des

I I Cor. XV. 10.

autres : (1) le système de ceux qui attribuent l'efficacité des grâces au libre consentement de la volonté, et (2) celui qui l'attribue entièrement à la nature intrinsèque de la grâce elle-même.

(i) Système Moliniste ou Congriiiste. — D'après ce système, on appelle efficace cette grâce à laquelle Dieu a prévu de toute éternité que l'homme donnerait son assentiment, dans les circonstances où elle lui serait accordée. Et on appelle suffisante cette grâce à laquelle Dieu a prévu de toute éternité que l'homme ne donnerait pas son assentiment, bien qu'il ait le pouvoir réel de le donner dans les circonstances où cette grâce lui serait accordée. D'où il suit, d'après les défenseurs de ce système, qu'une même grâce serait efficace chez une personne, et seulement suffisante chez une autre ; et même, par rapport à la même personne, qu'elle serait efficace dans certaines circonstances, et ne le serait pas dans d'autres, suivant que Dieu a prévu que la volonté donnerait son assentiment dans des circonstances favorables, et le refuserait dans des circonstances défavorables. Tel est, en quelques mots, le système que soutiennent en substance, mais avec des modifications diverses : Molina, Suarez, Vasquez, et, pour la plupart, les théologiens de la Compagnie de Jésus.

(2) Système Thomiste ou de l'Ecole dominicaine. — Selon ce système, l'efficacité de la grâce vient de la nature intrinsèque de la grâce elle-même. Il est de la nature même de la grâce efficace que, avec son assistance, la volonté fasse le bien, quoique, absolument parlant, dans les circonstances, elle ne soit pas forcée de le faire, et soit libre de ne pas le faire. Il appartient à la nature de la grâce suffisante que, avec elle, la volonté ne fasse pas le bien, quoique dans

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des circonstances propices, et, absolument parlant, elle puisse le faire.

Dans ce système nous devons reconnaître, d'après la nature même de la grâce efficace^ une connexion certaine et infaillible entre la grâce et Tassentiment de la volonté, connexion toutefois en aucune façon nécessaire. Entre la grâce suffisante et l'assentiment de la volonté, nous devons reconnaître une connexion certaine et infaillible avec la grâce et l'omission de l'acte pour lequel elle est accordée, bien qu'on ne doive en aucun sens considérer cette connexion comme nécessaire. Il est important de remarquer que cette omission ne doit pas être attribuée à la grâce suffisante, mais à la mauvaise volonté de la personne qui lui résiste. Ce système suppose, et avec raison, une différence essentielle entre une connexion nécessaire et une connexion certaine et infaillible de la cause avec son effet. Nous pouvons comprendre qu'une cause ait une connexion certaine et infaillible avec son effet sans qu'elle soit nécessaire. L'expérience en fournit chaque jour des exemples.

Ainsi, un portier auquel vous offrez une pièce de monnaie pour qu'il vous fasse immédiatement une commission facile, acceptera certainement et infailliblement votre proposition, et cela avec promptitude et plaisir, cependant il ne le fait pas nécessairement, et il peut très bien, dans la circonstance, refuser de vous obliger. Une personne de bien, aussi honnête qu'honorable refusera certainement de se prêter à une suggestion indigne et honteuse qui aurait pour but de lui faire perpétrer un acte honteux : son refus n'est point la conséquence de la nécessité. Un juge honnête et consciencieux refusera certainement et infailliblement un présent qu'on lui offrirait pour lui faire commettre une injustice. Ces exemples

nous révèlent aisément, par une connaissance purement humaine, comment la détermination certaine et infaillible de la volonté n'est pas du tout absolument nécessaire ; et font comprendre que ces personnes qui feront certainement et infailliblement une chose, gardent cependant le pouvoir de ne la pas faire, ou de faire le contraire. S'il n'en était pas ainsi, leurs actes ne seraient dignes ni d'éloges, ni de blâme, comme nous le dit clairement le sens commun. ^

(3) Nous restons libres de choisir et de suivre celui des deux systèmes qui se recommande le plus à notre intelligence. L'Eglise nous oblige seulement à croire que nous sommes toujours libres de correspondre ou de résister à la grâce.

Certaines considérations ne doivent jamais perdre de leur poids, lorsqu'il s'agit de diriger notre esprit dans ses méditations sur les mystères de la grâce. Celles-ci, par exemple : (i) Dieu est la cause première et immédiate de notre salut, et de tout acte méritoire ; or, il appartient à la cause première et immédiate, de donner non seulement le pouvoir ou la faculté, mais l'acte lui-même. Nous devons donc supposer que Dieu nous donne non seulement le pouvoir de faire le bien par la grâce suffisante, mais qu'il fait aussi passer ce pouvoir en acte par sa grâce efficace. (2) Ce qu'il y a de plus excellent et de plus important, dans l'affaire du salut, doit toujours être attribué à Dieu, comme à la cause première et universelle du salut de l'homme ; la bonne action est plus excellente et plus importante que le pouvoir de la faire, et c'est elle qui assure l'œuvre du salut. D'où il faut conclure qu'à Dieu seul nous devons attribuer non seulement le

I Hist. Littér. de Fénelon, 3"^*^ partie, art, 11, cité par D'Hauterive, Grand Catéchisme^ vol, ix. p. 37 et 38,

pouvoir et la faculté d'accomplir le bien, mais aussi, et à bien plus juste et plus forte raison, lui attribuer les bonnes actions elles-mêmes. On serait peut-être tenté de croire que si un homme faisait passer la grâce suffisante en acte, sans un autre secours plus puissant, on pourrait croire, dis-je, qu'il est la cause première et immédiate de l'acte méritoire et de son salut, parce que c'est à la bonne action qu'est accordée la vie éternelle. Il est incontestable que nous devons garder intact tout ce qui appartient à la toute-puissante volonté de Dieu dans l'accomplissement de nos actes méritoires : que le concours simultané soit suffisant pour cela, ou, selon le langage des théologiens, que la prémotion physique soit nécessaire, c'est ce que je ne me risquerai pas d'affirmer. Je n'ai même pas besoin de dire qu'il m'est impossible de trancher la question, après avoir lu les graves, éminents et pieux docteurs qui inclinent d'un côté ou de l'autre. Tel est mon avis qui est basé sur la décision du Saint-Siègp de laisser en litige la question controversée, et sur son injonction faite à tout auteur catholique, partisan de l'un des systèmes, de ne point taxer d'hérésie ou d'erreur la doctrine de ceux qui défendent et enseignent l'opinion opposée.

Après seize congrégations ou réunions de cardinaux et de théologiens des deux partis, le pape Paul V, sans porter aucun jugement sur les points controversés, mit fin à la discussion, en l'année 1607, en laissant à chaque parti la liberté de défendre son opinion, et en ordonnant qu'aucun n'eût la témérité de condamner par une note de censure théologique l'opinion ou le système du parti contraire.

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