‹ Les sacrements expliqués d'après la doctrine et les enseignement de l'Eglise catholiqueChapitre 50 sur 392 · Autres dons joints à la grâce sanctifiante · texte numérisé non relu

Autres dons joints à la grâce sanctifiante

5. Impossibilité d'être certain qu'on est en état de grâce. Quelques signes

qui donnent une certitude morale qu'on a la grâce de Dieu.

I. LA GRACE habituelle; DEFINITION ET EXPLICATION. ELLE EST UNE HABITUDE ET UN DON ; PREUVES

La grâce habituelle est un don surnaturel qui produit en nous la sanctification ou la justification. Le père Perrone en donne cette définition complète : « La grâce habituelle est un don surnaturel qui est fait par Dieu à Thomme, demeure d'une manière permanente dans Tâme, rend l'homme immédiatement et formellement juste, agréable à Dieu, et le fait fils

6o LES SACREMENTS EXPLIQUIS

adoptif de Dieu, capable de produire des actes méritoires de la vie éternelle, et héritier de cette même vie éternelle. » ^

Comme le mot actuel signifie un don passager, le mot habituel signifie un don permanent. La grâce habituelle n'est pas un simple mouvement passager et accidentel, mais un don qui reste en nous d'une manière constante et permanente, auquel nous ne pouvons renoncer, ou que nous ne pouvons perdre, que par un acte libre et formel de notre volonté, en commettant un péché mortel. La grâce habituelle s'appelle aussi grâce sanctifiante, parce que c"est elle qui nous sanctifie et nous rend justes.

Cette grâce sanctifiante existe dans Tâme elle-même comme une habitude ou une qualité : elle y est permanente de telle façon qu'elle subsiste lors même qu'elle n'opère pas actuellement. Elle est physiquement inhérente à l'âme; elle est une habitude infuse, non acquise. Elle est aussi distincte de tout autre acte de vertu qu'accomplissent les hommes, parce que quand ces actes cessent, elle subsiste. Cet enseignement, s'il n'est pas de foi, comme le pense Suarez, est au moins certain, et il est conforme à l'opinion commune des théologiens. Un seul argument suffit pour nous satisfaire sur ce point: Les enfants reçoivent au baptême la grâce sanctifiante ; ils sont i ncapables, à ce moment, d'exercer les facultés de leur âme , par conséquent, cette grâce est infuse dans leur âme comme une habitude ou une qualité surnaturelle; et elle est distincte des actes de vertu, bien que ceux-ci proviennent de la grâce, lorsque les hommes sont capables d'agir. '

Certains philosophes, qui n'admettent pas que les accidents soient distincts des substances, matérielles ou spirituelles,

I « Prœlect. Theolog. » Tract, de Gratia^ p. 2. c i.

croient se mettre suffisamment en sûreté, en reconnaissant des impressions et des modifications divines, permanentes, quelque chose comme une habitude ou une qualité dans l'âme des justes, mais qui, toutefois, ne constitue pas une qualité ou une autre entité distincte. Ils s'abritent aussi derrière ce fait, que les Pères du Concile de Trente n'ont pas voulu trancher, sur ce point, une question purement philosophique. Leur opinion, que les accidents ne sont réellement pas distincts des substances, est généralement rejetée par les auteurs catholiques, comme incompatible avec les principes de la foi et quelques dogmes catholiques.

De plus, cette grâce sanctifiante est un don, un don créé, et, conséquemment, elle est distincte du Saint-Esprit. Quelques écrivains catholiques, comme Pétau et le Maître des Sentences, enseignent qu'elle n'est autre chose que le Saint-Esprit lui-même. « Or, d'après plusieurs passages de la Sainte Ecriture, la grâce de Dieu est un don intérieur, défini, qui signifie une chose donnée, non simplement celui qui donne ; non pas une faveur (comme si nous disions : Quelle grande miséricorde que nous soyons sauvés ! c'est-à-dire, quel acte, quel gage, quelle preuve de miséricorde), mais, en réalité, un don, dans le sens vrai du mot, une chose qu'on possède, comme quand nous disons qu'un homme a le don des langues: c'est une faculté qui est en lui. Au lieu que nous ne dirions pas que la popularité est un don, parce que c'est quelque chose d'extérieur, mais bien que le talent de se rendre populaire, de conquérir de l'influence, est un don ; ce n'est pas un don non plus d'être bien accueilli, mais l'amabilité en est un. » ^

I Newman : << Lectures sur la J usiification n ; 6' Lecture.

Nous lisons, par exemple, dans l'Epître aux Romains, V. 1^-17: « Mais il n'en est pas de la grâce comme du péché: car si par le péché d'un seul plusieurs sont morts, la miséricorde et le don de Dieu s'est répandu beaucoup plus abondamment sur plusieurs, par la grâce d'un seul homme, qui est Jésus-Christ... Si donc, à cause du péché d'un seul homme, la mort a régné par un seul; à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce, et du don de la justice, régneront dans la vie par un seul, Jésus-Christ. »

Saint Paul énumère comme dons : la prophétie, le ministère, l'enseignement, l'exhortation, etc. En parlant de la continence, il dit : « Chacun reçoit de Dieu un don qui lui est propre. » Ailleurs : « Il y a différentes grâces, mais qu'un et même Esprit. » Il exhorte 1 imothée « à ne point négliger la grâce qui est en lui »; mais à faire ses efforts pour raviver le don de Dieu qui était en lui. Saint Pierre aussi parle de distribuer la grâce comme de bons économes : « Que chacun de vous rende service aux autres selon le don qu'il a reçu, comme étant de fidèles dispensateurs des différentes grâces de Dieu. » (i. Pet. iv. 10).

Les mots « don ou grâce ;t>, dans ces divers textes, signifient forcément une chose donnée, qui indique elle-même une faculté ou un talent. Ce n'est pas un simple changement d'intention de notre part, ou une disposition de Dieu envers nous, une liberté, un privilège, un droit de cité, comme on pourrait dire, qui nous est accordé; mais c'est quelque chose qui habite en nous, qui est distinct du Saint-Esprit, parce c'est lui-même qui nous fait ce don.

Le Concile de Trente (sess. vi, can. 11), suppose cette doctrine, quand il frappe d'anathème quiconque « dira que les hommes sont justifiés sans la grâce et sans la charité qui

est répandue dans leur cœur par le Saint-Esprit, et qui demeure en eux;» termes qui distinguent absolument la grâce de TEsprit-Saint.

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