A LA NATURE DIVINE
On dit encore que la grâce est une participation à la nature divine. Le sens dans lequel on entend ces mots demande une explication. Q.ue la grâce soit une sorte de participation à la nature divine, personne ne le nie, par suite des témoignages formels de la Sainte Ecriture et des Pères. Mais il faut nous demander: Qu'est-ce que c'est que cette participation, et dans quel sens l'entend-on ? Les uns disent que ce n'est qu'une participation morale, qui consiste dans la rectitude de la volonté, dans l'imitation de la sainteté et de la justice de Dieu dans ses œuvres ; dans le sens oii ceux qui imitent la foi d'Abraham, sont appelés les enfants d'Abraham, et ceux qui imitent la malice du démon, sont appelés les enfants du démon, quoique, physiquement, ilsnesoient nés ni d'Abraham ni du démon. D'autres, et c'est l'opinion la plus commune, l'appellent une participation physique. Mais il ne faut pas entendre cette participation physique comme si, par la grâce,
I Newman : Lettres sur la Justification. Appendices p. 351, 352.
la nature divine était communiquée à l'homme quant à son essence, de la manière où dans les êtres humains, les parents communiquent la nature humaine à leurs enfants. Ce mode de communication de la nature divine ne se trouve qu'en Dieu et dans les trois personnes divines, et non ad extra. La communication dont il s'agit ici n'est donc qu'accidentelle, par une participation de ressemblance ou de similitude ; ou encore, par une sorte de don de la nature divine, imitant et exprimant la nature d'une manière imparfaite et par analogie.
Le père Xavier Schouppe explique le sens dans lequel la grâce habituelle est d'une manière spéciale une participation à la nature divine.
(i) Elle est le principe, la racine, la source des œuvres surnaturelles et saintes, lesquelles procèdent essentiellement et à un degré infiniment plus excellent de la nature divine : nous participons par la grâce à ce qui est essentiel à Dieu, c'est-à-dire, au pouvoir « de faire des œuvres de Dieu. » ^
(2) Elle est la semence et la racine de la gloire, — c'est-àdire, de la vision de Dieu. Il est essentiel à Dieu de se voir lui-même, et c'est en cela que consiste sa nature. Mais ce qui appartient essentiellement à Dieu peut nous être communiqué par la grâce. ^
Q.ue la grâce soit en un certain sens une participation à la nature divine, c'est ce qu'on peut prouver par ce témoignage formel et bien connu du prince des Apôtres, dans sa seconde épître, où il dit: « Il nous a ainsi communiqué les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises, pour vous rendre par ces mêmes grâces participantsde la naturedivine,si vous fuyez