LA FOI D ELLE-MEME EST INSUFFISANTE POUR LA JUSTIFICATION
Cette foi toute spéciale attribuée à Luther, pas plus que la foi réelle, vraie et chrétienne, ne suffit, seule, pour la justification. Il faut quelque chose de plus, comme l'a défini le Concile de Trente : « Si quelqu'un dit que la foi seule justifie l'impie, au point d'entendre que rien autre n'est nécessaire qui doive coopérer à l'acquisition de la grâce de la justification, et que l'impie n'a nullement besoin de s'y préparer ou de s'y disposer par un mouvement de sa propre
volonté, qu'il soit anathème. » ^ Que cette foi seule, même dans son vrai sens chrétien, ne suffise pas pour la justification, c'est ce que prouvent clairement de nombreux passages de la Sainte Ecriture. Saint Jacques dit : « Mes frères, que servira-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres? La foi pourra-t-elle le sauver ?... Ainsi la foi qui n'est point accompagnée des œuvres est morte en elle-même... Vous voyez donc que l'homme est justifié par les œuvres, et non pas seulement par la foi... Car, comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi est morte lorsqu'elle est sans œuvres. » *
Saint Pierre, après une exhortation en faveur des bonnes œuvres, conclut ainsi : « Efforcez-vous donc de plus en plus, mes frères, d'affermir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres. » 3 Par conséquent, la foi ne suffit pas sans les bonnes œuvres.
Les épîtres de saint Paul prouvent la même doctrine, et c'est bien celle que le Christ enseigne dans son Evangile : « Quand j'aurais toute la foi capable de transporter les montagnes, dit saint Paul, si je n'avais point de charité, je ne serais rien.» Et ailleurs :« Car en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision, ne servent de rien ; mais la foi qui est animée par la charité. » 4 Dans son épître aux Romains, nous lisons : « Ce ne sont point ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu ; mais ceux qui gardent la loi seront justifiés. » 5
1 SeSS. VI. CAN. 9.
2 S. Jaccl. II. 14, 17, 24, 26.
4 Gal. V. 6.
5 Rom. 11. 13.
Dans son Evangile, le Christ recommande à chaque page les bonnes œuvres comme nécessaires à la justification et au salut : « Ainsi, que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre père qui est dans le ciel... Je vous déclare que si votre justice n'est pas plus abondant que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. ^ Tout arbre qui ne produit point de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » ^ Au jeune homme qui lui demande : « Q.uel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle ? » le Christ ne répond pas : croyez seulement ; mais : « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. » 3 Notre-Seigneur exhorte ses Apôtres, et les envoie, non seulement prêcher la foi et baptiser, mais aussi enseigner toutes les nations à observer tout ce qu'il leur a commandé. 4
5. RÉPONSE AQX OBJECTIONS CONTRE L'ENSEIGNEMENT QUE LA FOI SEULE NE NOUS JUSTIFIE PAS
Aux objections qu'on allègue parfois contre la doctrine catholique, on peut donner les réponses générales suivantes : I (1) On attribue quelquefois la justification à la foi, parce qu'elle en est la base et le commencement, mais jamais à l'exclusion des autres bonnes œuvres qui disposent l'âme à la grâce. (2) Lorsqu'on attribue la justification à la foi, il faut entendre qu'on veut parler de la foi vivante qui, comme le
1 S. Mat. V. 16, 20
2 Ibid. VII. 19.
3 Ibid. xix. 16, 17.
4 Ibid. xxviii. 19, 20.
dit TApôtre, « opère par la charité. » (3) Par le mot foi, on peut désigner ce qui est contenu dans l'Evangile, ou les choses qui appartiennent à la doctrine évangélique, ou encore, les choses que la loi évangélique commande de faire. (4) Quand on exclut les œuvres, on veut parler des œuvres de la loi de Moïse, ou des œuvres faites avant la foi, ou sans la grâce de la foi.
C'est renseignement universel, et c'est la foi de l'Eglise qu'on peut perdre la grâce sanctifiante et la justification, et cependant garder la foi. Il y a des pécheurs, et même de grands pécheurs, dont la foi est orthodoxe ; nous ne pouvons pas supposer que quiconque pèche mortellement, perd nécessairement la vertu de la foi, et devient par le fait même hérétique ou infidèle, bien que le péché mortel bannisse toujours la grâce de Dieu de l'âme, et que l'état de péché soit incompatible avec la justification.