OPINION DE BOSSUET SUR CE DOUBLE MERITE
Bossuet s'exprime ainsi sur le double mérite de condigno et de congriio. « Quant au mérite de condignité, outre que le Concile de Trente ne s'est pas servi de ce terme, la chose en elle-même n'a aucune difficulté, puisqu'au fond on est d'accord qu'après la justification, c'est-à-dire après que la personne est agréable, que le Saint-Esprit y habite, et que la charité y règne, l'Ecriture lui attribue une espèce de dignité : Ils marcheront avec moi en habit hlanc^ parce qu'ils en sont digrnes. ^
I Apoc. m. 4.
LA GRACE lOI
Pour ce qui regarde les bonnes œuvres que nous faisons avant que d'être justifiés ; parce qu'alors la personne n'est pas agréable ni juste, qu'au contraire elle est regardée comme étant encore en péché, et comme ennemie : en cet état elle est incapable d'un véritable mérite ; et le mérite de congruité ou de convenance, que les théologiens y reconnaissent, n'est pas selon eux un véritable mérite ; mais un mérite improprement dit, qui ne signifie autre chose, sinon qu'il est convenable à la divine bonté d'avoir égard aux gémissements et aux pleurs qu'il a lui-même inspirés au pécheur qui commence à se convertir. » ^
4. CONDITIONS REQUISES POUR LE MERITE : (l) DE LA PART DE LA PERSONNE QUI MERITE. (2) DU CÔTÉ DE L'ACTE MÉRITOIRE. (3) DE LA PART DE CELUI QUI RÉCOMPENSE LE MÉRITE.
Pour qu'il y ait mérite de condignité, qui est le seul mérite vrai et réel, six conditions sont nécessaires : — deux de la part de la personne qui mérite, trois de la part de l'action méritoire, et une de la part de la personne qui récompense.
De la part de la personne qui mérite, (i) elle doit être in via, c'est-à-dire une personne vivante, selon les expressions de la Sainte Ecriture : « Faites des œuvres de justice avant votre mort. = La nuit viendra où personne ne peut agir. 3 Pendant que nous en avons le temps, faisons du bien à tous. » 4 Le mérite, relativement à la récompense, lui est
1 Hist, des Var. voL i. \. m. p. 174, 175.
2 Ecoles, xiv. 17.