RÉPONSE AUX OBJECTIONS SUR LA DOCTRINE DE LA PRÉDESTINATION
On allègue contre cette doctrine de la prédestination une objection superficielle et captieuse, qu'il est nécessaire de noter et de réfuter, parce qu'elle serait de nature à pousser certaines âmes nerveuses à l'insouciance ou au désespoir. C'est une objection dont font usage les vicieux afin de pécher plus librement; les hérétiques, afin d'exclure la nécessité des bonnes œuvres et de détruire la liberté ; et enfin les scrupuleux, afin de se tourmenter la conscience par toutes sortes de superstitions. On la formule ainsi : Ou je suis prédestiné au salut, ou je suis prédestiné à la damnation. Si c'est au salut, quoi que je fasse, je serai infailliblement sauvé ; si c'est à la damnation, quoi que je fasse, je serai infailliblement damné. Saint 'Augustin rappelle aux Semipélagiens que ce sophisme aurait tout autant de force contre la prescience de Dieu, qu'ils reconnaissaient comme tout le monde. Cette réponse est bonne pour tous ceux qui croient au moins en Dieu. Ajoutons celle qu'on donne communément, et qui est à la fois une réfutation et une explication. La conclusion que l'on tire de cette proposition : Si je suis prédestiné au salut, quoi que je fasse, je serai infailliblement
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sauvé, est absolument fausse. Dieu prédestine non seulement à la fin, mais encore aux moyens par lesquels on peut et on doit atteindre cette fin. Or, les moyens d'arriver au salut sont les bonnes œuvres, la fuite du péché, le souci et la sollicitude de son âme, la persévérance dans le bien, etc. Saint Thomas dit : c< La Providence, dont la prédestination fait partie, ne détruit ou ne soustrait pas les causes secondes, mais produit et amène les effets de telle sorte que Tordre des causes secondaires lui reste toujours' soumis. Ainsi, Dieu produit et amène les effets de telle façon que les moyens, ou causes naturelles, sont aussi ordonnés pour produire ces effets ; et, sans ces moyens, les effets n'auraient pas lieu. Par exemple, Dieu, qui prévoit et ordonne la moisson future, ordonne aussi le travail de l'agriculteur et l'ensemencement de la terre. De même, le salut d'un homme est dans l'ordre de la prédestination ; mais à cet ordre appartient aussi tout ce que cet homme doit faire pour son salut, ses prières, ses bonnes œuvres, etc.. D'où il s'en suit, que ceux qui sont prédestinés doivent faire leurs efforts les plus assidus pour travailler à leur salut par la prière, par les bonnes œuvres, par la fidèle correspondance aux secours que Dieu leur accorde, selon les paroles de saint Pierre : «Efforcez-vous donc de plus en plus, frères, d'affermir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres. » ^
Inutile de m'étendre sur les absurdités qui en résulteraient, si les gens, dans les affaires ordinaires de la vie, se laissaient influencer par cette objection. Personne ne prendrait souci de sa santé ; nul ne cultiverait son champ ; on ne repousserait pas les attaques d'un ennemi, et ainsi de suite. On
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dirait : Dieu a tout prévu, il n'arrivera que ce qu'il veut ; quoi que je fasse, ce sera inutile ; nul besoin de remuer le pied ou la main pour ces affaires de la vie. Combien différente est la conduite des hommes! Ils se livrent à un dur labeur pour acquérir des richesses, pour remporter des victoires, pour conserver leur vie ; et notre conclusion doit être : Si une telle somme de temps et de travail se dépense pour obtenir les biens de la terre, Thomme devrait bien cesser d'ergoter sur les difficultés qu'il rencontre dans les décrets infaillibles de Dieu, s'efforcer de faire davantage pour le salut de son âme, de mieux accomplir cette volonté sainte qui nous a été si clairement manifestée, qu'il ne saurait exister le moindre doute sur ce que Dieu veut que nous fassions pour obtenir la vie éternelle.
Dans ces questions de la prédestination, il est important de distinguer les vérités sur lesquelles l'accord est unanime parmi les théologiens catholiques, des opinions qui restent l'objet de leurs discussions.