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RÉFLEXIONS SUR LES FEMMES

L'on trouve à la première page des Réflexions sur les femmes un témoignage singulier du succès des Femmes savantes. Succès fâcheux, s'il est vrai, comme le dit Mme de Lambert, qu'il ait causé un tel désordre dans les mœurs. Molière a-t-il voulu frapper si fort ? N'a-t-il pas vu surtout, dans le tableau de cette famille violemment désunie, un merveilleux sujet de pièce, tout comme dans Tartufe qui n'est pas du tout en premier lieu, ni peut-être même en dernier, une machine dressée contre la religion. Serait-il si ennemi de la fine préciosité, ce Gaulois qui n'en a pas moins écrit certaine scène des Fâcheux, et les Amants magnifiques ?

Il y a dans les Femmes Savantes deux conceptions de l'amour radicalement opposées. Nous l'avouons. Molière les a même exagérées afin que le contraste soit plus saisissant. Mais enfin c'est Henriette que Clitandre épouse. Oui, mais après avoir brûlé deux ans pour Armande. C'est donc que pour Molière lui-même la jeune fille idéale serait une troisième sœur ayant certaines qualités de la prosaïque Henriette et de l'éthérée Armande. C'est l'oiseau rare. Mme de Lambert le sait bien et ce n'est pas la réalité qui lui a servi de modèle pour V histoire de ses idées : ,,J'ai imaginé une Métaphysique d'amour, dit-elle, la pratiquera qui pourra."

Une Métaphysique de l'Amour, c'est bien le titre

qui convient le mieux à ces Réflexions sur les femmes, à la seconde moitié, pour le moins ; nous n'osions pas le leur donner, lorsque nous l'avons trouvé en tête d'une réimpression hollandaise du dix-huitième siècle. Nous le garderons. Cela fera un pendant aux Physiologies et aux Physiques de l' Amour.

Du reste, quoique l'amour soit la grande affaire des femmes, Mme de Lambert, dans ces pagesnous renseigne également sur les mœurs de son époque et sur les opinions quant à l'éducation des femmes et à leur instruction. L'on s'en rapporte trop exclusivement à Molière et à Boileau. Pour Molière nous faisions remarquer les mobiles du dramaturge et que son œuvre est plus variée encore, plus nuancée qu'on ne le croit généralement. Enfin, pour autant que ces questions d'enseignement des sciences aux femmes se rattachent à la Querelle des Anciens et des Modernes, Molière a dit la phrase essentielle : ,,Les Anciens étaient les Anciens et nous sommes les gens de maintenant."

Quant à Boileau, il s'est disqualifié par ses attaques, dans la Satire contre les Femmes, à l'adresse d'une femme simplement exquise, l'amie de La Fontaine, Mme de la Sablière.

Bon, c'est cette Savante, Qu'estime Roberval. et que Sauveur fréquente.

Ce n'étaient pas là minces fréquentations que celles de deux savants de marque. En 1692, date delà diatribe de Boileau, l'Académie des Sciences existe depuis vingt-six ans ; dans quelques années, Louis XIV la renouvellera, et le grand public sera admis à certaines séances ; un mouvement irrésistible, se produisait, provenant d'une curiosité saine et noble pour la Science ; Boileau vieilli n'y voudra voir qu'une mode ridicule, (Molière est mort depuis

XIII FoNTENfLLE U 161

un quart de siècle). Mme de Lambert et Fontenelle, de dix ans et de vingt ans plus jeunes que Boileau, sont des témoins plus avertis des goûts et de la sensibilité de leur génération. Et il est de la simple justice de joindre au dossier du procès cette pièce capitale.

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