‹ Les sagessesChapitre 11 sur 17 · Terme poitevin pour exprimer le mauvais temps brumeux · texte numérisé non relu

Terme poitevin pour exprimer le mauvais temps brumeux

C'est le conjureur, médecin

Plus que ceux qui, — pour meilleur gain

Disent les langues très hardies — ,

Nous font « durer » nos maladies.

Le moindre geste de sa main

Jette les sorts sur son chemin.

Torse court, taille droite : un mètre ;

Chapeau comme un chapeau de prêtre ;

Blouse large, étroit pantalon ;

Les mains sur un maigre bâton

Taillé de merisier sauvage

Qui sent bon, dur et sec par l'âge.

Avec les hibous, les corbeaux, Les vieux chênes et les tombeaux, Il est « celui qui sait les choses »

Et leurs remèdes et leurs causes !

— Les choses ? — Celles de là-bas, Celles dont il faut parler bas-

Il habite un peu hors village

Seul. Il ne fait pas de voyages.

Sa maison est sur le chemin

Qu'on dit « le chemin des Romains ».

Il le prend parfois le dimanche,

Il s'en va, retroussant ses manches,

Prend les vipères au rocher, S'en revient les faire sécher, Et puis sur lui ferme sa porte, Et ne fait aucun bruit, en sorte Que nul, hormis son chien, ne sait Pour ses remèdes ce qu'il fait.

Il guérit les bêtes malades Comme les gens. Si, par bravade, Quelqu'un le raille, il ne dit rien :

Il n'en parle qu'à son bon chien.

— Mais il peut donner à distance Le mal qu'il lui plaît pour vengeance.

On l'aime autant qu'on on a peur, Car il rit des peines de cœur, Mais il en a pitié : lui-même Pleure parfois, et devient blême Tremblant à des mots qu'on ne sait Pour des souvenances qu'il tait.

... Ils disent qu'il vendit la femme Qu'il aimait au démon infâme Pour ses secrets. Mais maintenant, Peut-être qu'il va se disant Qu'Elle était pour son cœur minable Plus douce que les Mots du Diable.

Car, s'ils ne peuvent le guérir

De la Femme qu'il fit mourir,

A quoi bon?... Elle l'avait sans doute

Trompé, comme les autres, toutes !

C'est pour cela qu'il ne dit rien,

Ou ne le dit qu'à son vieux chien.

Lui, pauvre bête, a des yeux d'ange.

— C'en est peut-être un, que dérange Le Bon Dieu, pour veiller le vieux,

Et lui parler avec ses yeux

Le soir, quand ils sont seuls sans honte,

Et que l'un à l'autre raconte...

Quoique monsieur le médecin Le dise fou, n'empêche point,

— Qu'on en raisonne ou qu'on en glose — , Qu'il est celui qui sait les choses Toutes !

— Pourtant, quand il mourra, Hors son chien, qui le veillera?

— Taisons-nous : le voilà qui passe.

Bon Jésus, si lui faites grâce,

Du Diable qui s'enragera

Tous ses secrets il vous dira.

Mais prenons garde : au nom du Père,

Du Fils, du Saint-Esprit. Prière...

et ce qui s'ensuivit d'après V auteur, par conséquence ou imagination.

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