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CHAPITRE V

Les premières concessions. — Le chemin de fer de Paris à Saint-Germain.

Les premières concessions. — Caractère de ces entreprises. — Rôle de Mellet, Talabot et Didion. — Le chemin de fer de Paris à Saint- Germain : l’œuvre des Saint-Simoniens.— Nature et influence de cette ligne.

L'est à l’année 1828 que remonte la mise en exploitation du premier chemin de fer français ; encore est-il inexact de donner ce nom à une route garnie de rails en bois, sur laquelle circulaient des wagonnets traînés par des chevaux, des bœufs ou même des ânes. L'établissement de cette ligne, qui servait uniquement au transnort des marchandises entre Andrézieux et Saint-Etienne, avait été autorisée en 1823.

Cette concession fut suivie, en 1826, de celle d’un chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon : l'initiative en apparte-

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nait aux frères Séguin (1) et ils étaient au nombre des concessionnaires. Cette ligne, dont le prolongement jusqu'à la Saône fut prescrit en 1827, fut mise en exploitation de 1830 à 1833, et la compagnie concessionnaire arriva à la plus brillante fortune.

Enfin un autre chemin industriel, d'Andrézieux à Roanne, fut concédé quelques années après à deux anciens Polytechniciens, Mellet et Henry (2).

Telle était la situation des chemins de fer en France lorsqu'éclata la Révolution de Juillet ; cet événement politique fut suivi d'une autre révolution, plus pacifique sans doute, mais grosse de conséquences pour l'avenir des chemins de fer : en 1832, la compagnie concessionnaire de la ligne de Saint-Etienne à Lyon organisa le transport des voyageurs et utilisa la traction mécanique.

Dès lors la nouvelle industrie va faire en France de rapides progrès : c'est d’abord la concession, par la loi du 26 avril 1883, d'un chemin de fer de Montrond à Montbrison. Il se posa au sujet de cette ligne une question d’une grande importance, celle de la « libre circulation » sur les voies ferrées : la liberté de parcours devait-elle être accordée à quiconque se présenterait avec des voitures mues par des chevaux ou des machines, à la charge seulement de payer à la compagnie un droit de passage ? La commission se prononça pour la libre circulation ; dans le National. Em. Péreire s’'éleva, avec juste raison, contre cette solution qu'il trouvait inadmissible, car « la condition essentielle d'un chemin de fer, c'est la vitesse ; or cet avantage serait

(1) Voy. Séguin, Mémoire sur le chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon. 1826.

@) Voy. Bibliographie, pour les divers Mémoires publiés par Mellet et Henry sur Le chemin de fer de la Loire, d'Andrézieux à Roanne.

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détruit du jour où les entrepreneurs ne pourraient point exclusivement diriger l’action des moteurs. » (1)

= Puis une loi du 29 juin 1833 vint accorder à Paulin et Léon Talabot la concession d’un chemin de fer d'Alais à Beaucaire ; c'était l'entrée en scène de Paulin Talabot, qui allait devenir l’un des plus fervents apôtres de ce nouveau mode de transport. Pour mener à bien cette première entreprise, 1l fit appel au concours d'un de ses camarades, dont l'avenir ne devait pas être moins brillant : Charles Didion. « P. Talabot et son camarade Didion furent les premiers de ces ingénieurs clairvoyants qui devinèrent l'avenir des chemins de fer. » (2)

L'idée première de cette ligne remontait déjà à plusieurs années : c'était à la suite de l’essai tenté par les frères Séguin que Paulin Talabot avait conçu le projet de construire un chemin de fer qui amènerait jusqu'au Rhône les produits du bassin houillier d’Alais ; dès 1830, il avait organisé à cet effet une société d’études et il avait, l’année suivante, présenté un avant-projet au Conseil général des Ponts et Chaussées ; mais ce fut seulement une loi du 29 juin 1833 qui ratifia l'adjudication de cette entreprise. Le tracé définitif ayant été approuvé en 1835, P. Talabot, aidé de Dr dion, put se mettre à l'œuvre, et en 1840 la ligne fut livrée à la circulation.

L'initiative de la plupart de ces chemins de fer appartenait à des partisans plus ou moins convaincus de la doctrine saint-simonienne : Jules Séguin faisait, en 1831, partie de la Famille comme membre du troisième degré ; Mellet, concessionnaire du chemin d’Andrézieux à Roanne,

(4) Le National, 16 mars 1833.

(2) G. Pinet, Ecrivains et penseurs Polytechniciens, p. 174.

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