CHAPITRE II
Le ‘“ Producteur ”. — L'École saint-simonienné.
Mort de Saint-Simon. — Ses premiers disciples, — Le Producteur : la question des chemins de fer; vues politiques et industrielles, — L'école saint-simonienne. — L’exposition de la doctrine. — L'église saint-simonienne.
Quand il mourut, au mois de mai 1825, Saint-Simon projetait de fonder avec quelques amis un journal de propagande, le Producteur.
Ces disciples avaient pour chef un ancien répétiteur de mathématiques à l'Ecole Polytechnique, devenu banquier, Olinde Rodrigues. À ces quelques amis de Saint-Simon vint se joindre, le lendemain des funérailles, un jeune homme, fils de banquier et placé lui-même dans une maison de banque, Barthélemy-Prosper Enfantin. Ancien élève de i'Ecole Polytechnique, il revenait de Saint-Pétersbourg, où il s'était trouvé en relations avec une douzaine d'’anciens Polytechn'ciens, dont plusieurs vont se rallier par la suite à la nouvelle doctrine et jouer comme ingénieurs un grand rôle dans les entreprises de chemins de fer : parmi eux se trouvaient Lamé et Clapeyron. Presqu'en même temps, le petit groupe des disciples s'enrichit d'une nouvelle recrue : Saint-Amand Bazard.
Décidés à mettre à exécution le dernier projet du maître,
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ils fondèrent une société pour publier le journal annoncé: Le Producteur; on pouvait remarquer sur la liste des sous-, cripteurs trois noms qui vont devenir célèbres : Mellet, Emile et Isaac Péreire.
La rédaction du journal fut confiée à un ancien conspirateur, Cerclet, qui la quitta bientôt, et devint par la suite maître des requêtes au Conseil d'Etat et membre de la commission des chemins de fer en 1837.
Le Producteur, journal de l'Industrie, des Sciences el des Beaux-Arts, portait en tête cette épigraphe, tirée des Opinions liltéraires el philosophiques de Saint-Simon : « L'âge d’or,qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous ». Un prospectus renseignait les futurs lecteurs sur le programme du Producteur. « Ce journal, y hsait-on, aura pour but le plus grand développement possible de la production... Il cherchera à déterminer l'union des savants, des industriels et des artistes », union qui « seule peut lirer la société de l’état de crise où elle se trouve, en assurant le triomphe définitif du travail sur l’oisivelé, et des capacités positives sur les connaissances vagues et sur les capacités de convention » (1). L'introduc- Uon précisait l'œuvre poursuivie : « Le Journal que nous annonçons a pour but de développer. et de répandre les principes d'une philosophie nouvelle. Cette philosophie, basée sur une nouvelle conception de la nature humaine, reconnaît que la destination de l’espèce sur ce globe est d’exploiter et de modifier à son plus grand avantage la nature extérieure; que ses moyens pour arriver à ce but correspondent aux trois ordres de facultés physiques, intellectuelles et morales qui constituent l’homme ; enfin, que ses travaux
(4) Le Producteur. Prospectus, p. 8 et 4.
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dans cette direction suivent une progression toujours croissante... parce que des notions toujours plus exactes de sa destination et de ses forces la conduisent à améliorer incessamment l'association, un des moyens les plus puissants ».
Donc l'avenir est à « l'état industriel » et à l'association. Aussi, est-ce à celle-ci qu'est consacré le premier article du Producteur : on y expose l'organisation d'une institution nouvelle, dont la création est jugée absolument nécessaire, la « société commanditaire de l'industrie ». On peut y voir la première idée du célèbre Crédit mobilier, fondé en 1852 par les frères Péreire. Le but de la société, décrite par le Producteur, sera « de commanditer les entreprises industrielles de tout genre qui auraient pour objet l'amélioration soit d’une branche d'industrie commerciale, agricole ou manufacturière, soit, dans chaque branche, le perfectionnement des procédés ou des machines » (1).
Après avoir indiqué quelle serait l'organisation de cette banque, le journal met en lumière tous les avantages de l'association, et particulièrement de la commandite par actions.
Il définit ensuite le rôle nouveau que les banquiers vont être appelés à jouer: servir d'intermédiaires entre les industriels qui emandent des capitaux, et les capitalistes qui en offrent.
Tout ce qui intéresse l'industrie est étudié par le Producleur ; aussi l'invention de Watt attire-t-elle son attention, et un article est aussitôt consacré à étudier « l'influence des machines à vapeur sur la prospérité publique ». Son auteur, À. Blanqui, conclut ainsi : « Que les Français se hâ-
A) bio p. 11.