‹ Les saints de l'église de MarseilleChapitre 12 sur 40 · SAINTE MARTHE · texte numérisé non relu

SAINTE MARTHE

90^rm0*0^0m0m0^0^0^0*^m^^0^0*^m^t^t^^

Sainte Marthe naquit à Béthanie, vraisemblablement à l'époque où Notre-Seigneur Jésus-Christ naissait à Bethléem. On dit que son père se nommait Théophile, qu'il était Syrien de naissance, qu'il avait rempli des fonctions considérables dans son pays, et enfin qu'il mourut avant que Marthe quittât le berceau. On dit encore que sa mère Eucharis se remaria, et que ce fut de cette seconde union qu'elle eu't Lazare et Marie-Magdeleine.

Ces enfants étaient bien jeunes, quand la mort enleva coup sur coup et leur mère et leur père, et Marthe, privée de tout appui, se trouva avant le temps chargée des soucis d'une famille. Elle s'appliqua à ses nouveaux devoirs avec courage, et fut de bonne heure telle que nous la montrent les Saints Evangiles, douée de toutes les qualités de la femme forte : prudente, active et dévouée.

Les soins dont elle entourait son frère et sa sœur n'empêchèrent pas Magdeleine de tomber dans de tristes égarements. Marthe pleurait et priait, attendant du ciel le changement que n'obtenaient pas ses remontrances. Cette grâce ne lui fut pas refusée.

Jésus venant de Galilée descendait à Jérusalem, et déjà il approchait de Béthanie. Marthe, attirée à lui par

le renom de sa sainteté, court à sa rencontre, accompagnée seulement de Marcelle sa servante. Elles le voient entouré d'une foule immense ; elles écoutent ses paroles ; et Marcelle transportée s'écrie : « Heureuses les entrailles qui vous ont porté, heureux le sein qui vous a nourri ». Quanta Marthe, elle avait reconnu le Fils de Dieu, et, dans le secret de son cœur, elle lui recommandait avec larmes celle dont les erreurs faisaient le chagrin de sa vie. Sa prière ne tarda pas à être exaucée ; et peu de temps après, peut-être le jour même, Magdeleine pleurait ses péchés aux pieds du Sauveur, dans la maison de Simon-le-Pharisien, et recevait son pardon.

Bien des fois, pendant les trois ans de sa vie publique, Jésus vint à Béthanie, et toujours il descendait dans la maison de Marthe, Il trouvait là le plus tendre accueil. Marthe se multipliait pour le recevoir dignement; non contente d'héberger le divin Sauveur, elle lui rendait avec amour tous les devoirs de l'hospitalité, et le servait de ses mains lui et s.es apôtres. Son zèle et son dévouement lui ont valu le titre glorieux d'Hôtesse de Jésus-Christ.

Lazare tomba malade et mourut. Jésus appelé par les deux sœurs vint à Béthanie. Dès que Marthe connut son arrivée, elle courut vers lui hors de la bourgade, et lui dit: « Maître, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pa« mort ; mais je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, il vous l'accordera ».

Jésus lui répondit : « Ton frère ressuscitera ». Et Marthe : « Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour ».

Le Sauveur, qui voulait l'éprouver, lui dit : « Je suis la résurrection et Ja vie. Celui qui croit en moi, fût-il

mon, vivra. .Celui qui vit et croît çn moi ne mourr* jamais. Le croîs-tu ? »

Et alors Marthe répondit par une des plus belles et des plus explicites professions de foi qui soient dans l'Evangile : « Oui, Seigneur, je crois que vqus êtes le Christ, fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde »,

Ce fut cette foi de Marthe, et aussi l'amour de Magde* leine, qui méritèrent la résurrection de Lazare.

Quelques jours après commença la passion du Sauveur. Marthe le suivit au Calvaire, l'accompagna au topnbeau, le vit ressuscité, puis quand Jésus fut monté au ciel, elle s'attacha à Marie, et reporta sur la divine Mère le dévouement et l'afifection qu'elle avait pour son Fils, Elle attendit à ses côtés la descente du Saint* Esprit, et demeura dans sa compagnie jusqu'au jour oC| la Bienheureuse Vierge quitta la terre.

Bientôt après, la persécution s^vit avec violence, et les apôtres se dispersèrent.

Nous n'avons pas besoin de répéter comment Marthe, Magdeleine, les saintes femmes et d'autres disciples du Sauveur quittèrent la Palestine, Rappelons seulement qu'ils vinrent aborder heureusement sur les côtes de Provence, dans l'île de Camargue.

On croit que Marthe accompagna d'abord à Marseille Lazare et Magdeleine ; sans doute il lui coûtait de se séparer de son frère et de sa sœur. On retrouve sur notre sol la trace de s^s pas^ et une tradition nous la représente arrêtée non loin du village qui porte son nom, sur des ruines informes que le peuple appelle a les pierres de sainte Marthe ». Mais Dieu lui demandait le sacrifice de toutes ses affections, et elle n'hésita pas. Après avoir fait promettre à Magdeleine de ne pas mourir sans être venue la visiter, elle fit ses adieux

aux deux apôtres de Marseille, et se dirigea sur Tarascon.

Tarascon n'était alors qu'une bourgade, fondée sur le Rhône par les Massiliens pour servir de station à leurs navires. Les habitants s'adonnaient plus au commerce et à la pêche qu'à l'agriculture, car son territoire, aujourd'hui si riche, n'était à cette époque qu'un vaste marais. Sur les bords du fleuve, et dans les rochers qui supportent maintenant le château des Comtes, était un antre qu'habitait un monstre affreux. On nous le représente énorme, couvert de la carapace d'une tortue toute hérissée de dards, avec la tête d'un fauve, et la queue d'un crocodile. Malheur à qui se rencontrait sur son passage ! Il poursuivait les barques sur les eaux, les brisait et dévorait les pêcheurs ; les bergers et leurs troupeaux disparaissaient sous ses dents cruelles. La population décimée était dans la consternation ; mais nul n'eût osé attendre l'horrible bête et la combattre.

Marthe, émue par le malheur de ce peuple, et confiante dans le Dieu qui a promis sa force à ceux qui le servent, ne craint pas d'affronter la Tarasque dans son repaire. Les habitants, effrayés de son audace, montent sur les remparts et couronnent le sommet des tours, pour assister de loin et en sûreté à ce terrible combat. Marthe n'a d'autres armes que l'eau bénite; mais, à son approche, la bête écumante reste immobile ; elle se laisse attacher par la ceinture de la Sainte, et mener docile comme un agneau. Marthe victorieuse la conduit jusqu'à la porte de la ville, où elle est massacrée par les Tarasconnais revenus de leur épouvante.

Cette miraculeuse délivrance ouvrit les yeux des infidèles ; ils crurent et demandèrent le baptême.

Mais ce n'était pas assez pour la sainte amie à\a Sau'

veur ; le zèle qui la dévorait demandait un champ plus vaste et des moissons plus abondantes ; elle traversa la Durance, et alla porter l'Evangile dans Avignon. Là, comme à Tarascon, les miracles ne manquèrent pas pour appuyer sa prédication.

Un jour que sur les bords du Rhône, entourée d'un peuple immense, elle prêchait le Dieu de Bethléem et du Calvaire, un jeune homme voyant de l'autre rive cette nombreuse assemblée, voulut lui aussi entendre la divine parole, et se jeta dans le fleuve pour le traverser à la nage. Mais emporté par la violence du courant, il fut englouti sous les eaux, et son corps ne put être retrouvé qu'après trois jours de recherches. On relève le cadavre, on le porte à la Sainte, et on lui demande de prouver par un prodige la puissance du Dieu qu'elle annonce. Marthe, pleine de foi et de confiance, s'adresse à Celui qui a arraché son frère à la mort, et qui lui-même est sorti du tombeau le troisième jour ; puis elle prend la main glacée du jeune homme, et lui dit : « Au nom de Jésus-Christ, je te l'ordonne, lève-toi »* Et il se lève aussitôt plein de vie.

A Avignon^ sainte Marthe habitait une grotte sous la

colline appelée aujourd'hui le rocher des Doms; elle

construisit une chapelle dans cet endroit en l'honneur

de la Sainte-Vierge Marie, et cette chapelle est devenue

'depuis la cathédrale de la cité Papale.

Sainte Marthe partageait son zèle entre Tarascon et Avignon. Elle allait souvent de l'une à l'autre de ces villes, traversant les coteaux arides de la Montagnette ; et là, à mi-route, se reposant de ses fatigues dans une grotte, que l'on montre encore près l'abbaye de Saint- Michel, elle contemplait ces rochers déserts si semblables aux collines de la Judée, le ciel de la Provence

bleu et limpide comme celui de l'Orient, et croyait reconnaître le pays natal si regretté. Rien ne manquait à son souvenir, ni les lentisques rougeâtres des montagnes, ni les vergers d'oliviers, ni les grandes vignes plantureuses alignées au fond des valléeSé Et dans ce paysage plein d'illusions, son cœur entrevoyait aussitôt Celui dont la pensée ne la quittait plus, ce Jésus toujours présent qu'elle aimait en Provence comme elle l'avait aimé sur la terre de Palestine, et qu'elle servait encore comme autrefois dans sa maison de Béthanie.

Mais si Marthe ne reculait devant aucune fatigue pour annoncer la foi de Jésus^-Christ dans les bourgades de la contrée, c'est à Tarascon qu'elle avait fixé sa demeure^ au milieu des premiers fidèles qui avaient écouté sa parole. Elle y construisit une église, que l'on voit encore aujourd'hui, et convoqua à sa dédicace les évoques les plus voisins, Maximin d'Aix^ Trophime d'Arles et Eutrope d'Orange. Le 1 7 du mois de décembre, ils la consacrèrent à Notre-Seigneur Jésus-Christ et à sa Très-Sainte Mère, au milieu d'une foule déjà chrétienne. Et comme, après la cérémonie, un festin avait été préparé pour les évêques et leur suite, le vin manqua ; et Marthe qui servait les convives se souvint des noces de Cana, où Jésus avait pour la première fois fait éclater sa puissance ; elle s'adressa à lui, et à sa prière l'eau fut changée en un vin généreux.

Auprès de ce sanctuaire^ qu'elle ne quittait plus, Marthe réunit les jeunes vierges chrétiennes, les instruisit dans la piété, et les forma à l'amour de son divin Maître, donnant ainsi le modèle de ces monastères, qui ont fait depuis l'honneur de la Provence et de l'Eglise.

Cependant la Saintâ Hôtesse de Jésus^Christ avan«

çait en âge ; ses forces Tabandonnaiem ; les austérités et les travaux apostoliques l'avaient épuisée. Elle resta une année entière étendue sur un lit de douleur, et il lui fut révélé que son heure était proche. Saint Front, évêque de Périgueux, étant venu la visiter, elle lui annonça que douze mois ne s'écouleraient pas avant qu'elle quittât cette terré, et lui demanda de présider à ses funérailles. Mais elle attendait une visite chère à son cœur. Magdeleîrte lui avait promis de la revoir ; et Magdeleine, perdue dans le désert, semblait avoir oublié sa promesse. Déjà Marthe était au moment de mourir, quand elle voit une apparition éblouissante, Magdeleine au milieu des chœurs des Anges, qui s'envole au ciel : a Oh ! ma sœur, s'écrie-t-elle, pourquoi me manquez-vous ainsi de parole ? »

Prête à suivre cette sœur bien-aimée, Marthe appelle autour de son lit ses compagnes, pour leur faire ses adieux. Pendant qu'elles se tiennent auprès d'elle, un cierge à la main, voilà que la flamme de ces cierges s'éteint tout*à-coup, et une obscurité profonde les environne. On sent comme l'effort de l'Esprit du mal qui essaie un dernier assaut contre la mourante. Mais ce n'est qu'un instant ; le démon fuit vaincu ; les cierges se rallument, et à leur clarté Marthe aperçoit devant elle Marie-Magdeleine qui lui dit : « Ne craignez rien, ma sœur ; je viens dégager ma promesse. Et encore je ne suis que la messagère de Celui que nous avons toutes deux aimé et servi. » Alors apparaît Jésus-Christ lui-même , plein de mansuétude et de douceur. <c Je viens vous chercher, lui dit*il, et vous introduire dans ma maison* L'hospitalité que vous m'avez donnée sur la terrej vous la recevrez pour toujours dans ma demeure. »

C'est ainsi, entre les bras mêmes du Sauveur, que mourut sainte Marthe, et elle le suivit au ciel dans la compagnie de sa sœur Magdeleine, et des esprits bienheureux qui l'entouraient.

Ses obsèques furent un triomphe ; saint Front y apparut et y présida, bien qu'il fût alors dans son église de Périgueux , bien loin de Tarascon , et ignorant la mort de la sainte. Appelé à célébrer un office solennel dans sa cathédrale, le pieux évêque se faisait attendre, et ses clercs inquiets se demandaient qui pouvait le retenir ainsi. Enfin ils allèrent à lui, et le trouvèrent endormi sur son siège. « Sachez, leur dit-il, qu'une main invisible m'a transporté à Tarascon, et je viens d'y ensevelir Marthe, l'Hôtesse de Jésus- Christ. »

Le corps de sainte Marthe fut déposé dans l'église qu'elle avait construite, et les pèlerins affluèrent de loin afin de vénérer ses reliques. Ils furent bientôt si nombreux qu'il fallut bâtir un hospice pour les recevoir. Le premier roi chrétien, Clovis, s'étant avancé jusqu'à Avignon, à la poursuite de Gondebaud, roi de Bourgogne, vint demander à sainte Marthe la guérison d'un mal qui le consumait, et, pour lui témoigner sa reconnaissance de lui avoir rendu la santé, il concéda à son église toutes les terres situées dans le rayon d'une lieue, sur les deux rives du Rhône, et voulut que la ville de Tarascon ne fût soumise à aucune puissance laïque.

Quand vint l'invasion sarrasine, les saintes reliques furent cachées sous la terre, et ne furent retrouvées que de longs siècles après, en 1187, comme en fait foi l'inscription d'un bas-relief, enchâssé aujourd'hui dans le portail latéral de la basilique.

Diverses églises ont été construites successivement sur la crypte qu'habita sainte Marthe, et dans laquelle elle avait été ensevelie. Celle que l'on voit aujourd'hui, beau monument gothique, a été bâtie au commencement du XIV' siècle. Un escalier de marbre , qui s'ouvre à côté des fonts baptismaux, conduit au vénéré sanctuaire où naquit l'Eglise de Tarascon. On y rencontre trois petites chapelles dédiées à saint Lazare, à sainte Magdeleine et à saint Front ; et derrière l'autel majeur est un magnifique sarcophage, qui porte la statue de la Sainte, couchée sur son lit de mort. Ce sarcophage, élevé au XVII' siècle par M*' de Marinis, archevêque d'Avignon, renferme le tombeau antique dans lequel repose le corps de celle qui fut l'amie de Jésus-Christ, et que Tarascon et la Provence vénèrent comme leur fidèle Patronne.

SAINT SÉRÉNUS

Évêque de Marseille

Page 1