BIENHEUREUX HUGUES DE DIGNE
De l'Ordre des Frères Mineurs
Le bienheureux Hugues de Digne naquit, comme son nom l'indique , dans la petite ville qui est aujourd'hui le chef-lieu du département des Basses-Alpes. C'était dans les premières années du XIII* siècle. Son père, riche marchand de Digne , s'appelait Bérenguier ; sa mère , Huguette , était de Barjols. Il avait une sœur, sainte Douceline, fondatrice des Béguines de Provence, et un frère qui laissa au moins deux filles , Marie et Douceline. (L'abbé Albanés , Vie de sainte Douceline.)
Hugues entra chez les Frères Mineurs , peut-être du vivant même de saint François d'Assise , au moins peu de temps après sa mort. Sa vertu austère , son ardente piété y le rendaient digne d'être le disciple de ce grand saint.
Sa résidence habituelle parait avoir été le couvent d'Hyères. (Vie de sainte Douceline ^ Prolégomènes.) Son père, devenu veuf, vint se fixer auprès de lui avec sa fille. Tous deux vécurent dans cette ville , adonnés aux bonnes œuvres , et c'est à Hyères que Douceline , restée orpheline, conçut le dessein d'instituer le Bégui-
nage. Son frère, qui était son conseil, l'encouragea dans cette voie, et l'aida de toute son influence.
Vers l'an 1240, Hugues fit un voyage à Paris. (Ibid., Prolégom.) A son retour, il commença à prêcher à Hyères, et son éloquence fervente prit un grand ascendant sur les foules, a Sa prédication fut brillante et échauffante comme le soleil , est-il dit dans la Vie de sainte Douceline , car elle amenait merveilleusement les hommes à servir Dieu, et à quitter le monde.» (Ibid., ch. I.) Sa parole eut une telle action, qu'elle détermina la réussite de l'Ordre nouveau qu'établissait sa sœur. A la suite d'un de ces sermons, Douceline fit le vœu de virginité, et cent trente-et-une personnes imitèrent son exemple. Il continua ce puissant ministère , toujours avec le même succès. « A l'époque où le saint était dans la ferveur de sa prédication, beaucoup de pieuses dames, ardemment excitées par ses paroles, vinrent dévotement se réunir à Douceline , et suivre son état de vie et sa bonne doctrine.» (Ibid., p. 23.) Il mit la dernière main à cette œuvre , en donnant lui-même une règle à la communauté naissante.
Hugues fonda aussi , près de Marseille , mais plus tard , vers i25o , l'Ordre des Frères de la pénitence de Jésus-Christ. (Shsiraleai, Bu llarium Francise,^ t.i, p. 83.)
En 1242, ou à peu près, il alla à Rome, et au retour il passa par Sienne , et aussi par Lucques où il prêcha le premier jour du Carême. Toujours en courses évangéliques , il se rendit à Lyon , sur la fin de 1 244 , et il prêcha devantinnocent IV et les cardinaux, car la Cour pontificale était alors dans cette ville pour la tenue du Concile qui excommunia l'empereur Frédéric II, (Vie de sainte Douceline^ Prolégom., p. xlv.)
L'éloquence de Frère Hugues avait sa source dans
son profond savoir théologique et dans sa grande sainteté. Ses contemporains ne parlent de lui qu'avec admiration : a Ce fut, dit Salimbene , un des clercs les plus illustres du monde. Sa vie était très sainte, et plus qu'on ne peut croire. Je l'ai vu de mes yeux. Il a fait beaucoup de bonnes œuvres. Dieu a glorifié son tombeau par des miracles.» (Vie de sainte Douceline^ p. 258.)
Aussi fut-il l'ami et le confident des Frères Mineurs les plus fameux , et entre autres de Jean de Parme , général de l'Ordre.
Wadingue, qui a écrit au XY II* siècle Iqs Annales des Franciscains et l'histoire de leurs principaux écrivains , dit que c'était un homme d'une immense érudition, et que sa sainteté était si grande qu'il fut question à Rome de prononcer sa canonisation. (Wadingue, Scriptores O. M., p. 178.)
Le même auteur attribue à Hugues de Digne une prophétie, que le saint aurait faite en 1274 : « Le Pape mourra bientôt; (Grégoire X, mort en 1276)... Les chrétiens perdront la Terre-Sainte; (Saint-Jean-d'Acre fut pris en 1291). Le Frère Bonaventure ne montera pas à un rang plus élevé ; (ne sera pas élu Pape). Il paraîtra un Ordre, dit des Enchaînés, qui surpassera en austérités les Frères Mineurs, etc. ..» (Wadingue, Annales, t. IV, p. 401). Mais en 1274, comme nous allons le voir, Hugues était mort depuis longtemps , et cette prédiction ne peut être de lui.
Cependant qu'il ait eu l'esprit prophétique, tous les auteurs sont d'accord sur ce point.
Bouche et d'autres historiens racontent qu'un jour comme il était à Marseille , les Chevaliers du Temple lui firent visiter un magnifique réfectoire qu'ils venaient de construire, et lui demandèrent ce qu'il en pensait.
Le saint se prit à l'arpenter, comme s'il voulait en prendre les dimensions, puis il leur répondit : « Cela fera de belles écuries. 9 Les Templiers se formalisèrent de cette réponse; mais au commencement du siècle suivant leur Ordre fut aboli, et le roi Robert, étant venu à Marseille, logea ses chevaux dans leur réfectoire.
Le 17 juillet 1254, saint Louis, roi de France, ilébarqua à Hyères , revenant de Palestine. Il ne resta que quelques jours dans cette petite ville ; mais pendant ce court séjour, il entendit parler de Frère Hugues, de son zèle et de son éloquence, et il désira le voir. Hugues vint donc vers le roi , et il arriva suivi, comme toujours, d'une grande foule d'hommes et de femmes. Louis IX voulut qu'il prêchât ; et lui , gardant même devant cet j auditoire imposant sa sainte audace à attaquer les abus, ! s'éleva avec force contre les moines qui vivaient à la Cour, disant que le religieux ne peut pas plus vivre hors de son couvent que le poisson hors de l'eau , et qu'il est impossible en noble compagnie de mener la vie ausière du cloître. Puis s'adressant au roi lui-même, il lui rappela ses devoirs vis à vis de son peuple, et l'obligation de rendre une stricte justice à chacun , lui recommandant d'apprendre à ses sujets , par sa propre conduite, à vivre dans l'amour de Dieu, s'il voulait que son royaume lui fut conservé.
Joinville demanda au roi de garder ce moine auprès de lui. Mais saint Louis lui répondit qu'il Tavait déjà sollicité vainement de rester à la Cour. < Lors me prist le Roy par la main, et médit : a Alons li encore prier.» Nous venîmes à li, et je li dis : « Sire, faites ce que mon « seigneur vous proie, de demourer avec li tant comme a li yert en Provence.» Et il merépondi moult iréement: « Certes, Sire^ non ferai, ains irai en tel lieu là où Dieu
« m'amera miex que il ne feroit en la compaignie le « Roy. » Un jour il demoura avec nous, et lendemain s'en ala» » (Joinville, Histoire de saint Louis^ n* 356.) On voit quelles étaient la liberté de parole et l'austérité de notre saint.
Nous avons dit que Hugues de Digne résidait ordinairement à Hyères, et c'est dans cette ville que Pavait vuSalimbeneen 1248. [Vie de sainte Doucelineyp,xLïx.) Cependant il paraît être mort à Marseille, puisqu'il y fut enseveli.
Les auteurs franciscains le font vivre jusque vers 1280 ; mais un titre produit par le savant éditeur de la Vie de sainte Douceline^ le testament de Léona de Saint- Félix, prouve qu'il était déjà mort en 1260. De plus, le texte même de cette Vie nous apprend qu'au moment où la sainte pleurait la perte de son frère, Jean de Parme, alors Général des Franciscains , vint la consoler. Or, Jean de Parme s'est démis de sa charge , à Rome , le 2 février 1357; il n'a donc pu passer à Marseille qu'en 1256; et la mort d'Hugues de Digne est de cette année ou de 1255. (Ibid., Prolégom., p. lu.)
Il fut enseveli dans l'église des Frères Mineurs , qui était située en face de la Porte du Marché , c'est-à-dire au commencement de la rue Tapis- Vert d'aujourd'hui. Son corps ne resta pas toujours au même lieu ; il fut sans doute exhumé pour être exposé à la vénération des fidèles; et, lorsqu'en 1274 sa sœur Douceline mourut, elle fut déposée là où il avait d'abord été.
Les Mineurs ayant bâti une nouvelle église, les reliques d'Hugues et celles de Douceline y furent transférées solennellement, le 17 octobre 1278. Placées dans un riche drap d'or, elles furent portées par les personnages les plus considérables de l'Ordre. Une longue
procession fit le tour des remparts de la ville, au milieu d'un peuple immense accouru pour assister à ce spectacle. Le frère et la sœur furent déposés à côté l'un de l'autre, dans deux tombes de marbre, dans le chœur de Notre-Dame. De grandes quantités de cierges furent allumées en leur honneur.
Dieu illustra par des miracles le tombeau du bienheureux Hugues. (Wadingue, Scriptores O. M., p. 178.)
Ruffi dit que son corps fut plus tard transporté à La Major, et croit que ce fut quand on démolit le couvent à l'occasion du siège de Marseille. (Ruffi, t. 11, p. loS.j
Sa fête est au 21 février dans le Martyrologe franciscain.
Hugues de Digne a laissé plusieurs ouvrages, qui justifient la vaste érudition que lui attribue Wadingue :
I* Une Exposition de la Règle de saint François ;
2" Le Livre de la Triple Vie ;
3' Un Traité de la Pauvreté ;
4" Les Constitutions du Tiers-Ordre,
Ces ouvrages ont été imprimés dans les Monumenta Ordinis Minorum, Salamanque, 1 5 1 1. (Achardy Dictionnaire des Hommes illustres»)