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SAINT BONET

Pré/et de Marseille

C'est pour la première fois que l'Eglise de Marseille célèbre, cette année, la fête de saint Bonet ; elle a été introduite dans le Propre du diocèse en vertu d'une concession du 23 juin 1881.

Ce saint, né loin de la Provence, a droit de cité parmi nous, pour avoir été préfet de la province marseillaise, à une époque bien lointaine, et avoir en cette qualité habité quinze ans notre ville. Sa Vie a été écrite par un contemporain, qui l'a connu, a vécu près de lui, et plus tard a assisté à la translation de ses reliques. (ActaSS. Ord. Ben. Sœc. IIL p. 78]. Il témoigne luimême ne raconter que ce qu'il a vu, ou ce qu'il a entendu des compagnons du bienheureux. Cette Vie mérite donc toute confiance ; nous la suivrons en l'abrégeant, mais aussi en y ajoutant quelques éclaircissements historiques.

Bonet, en latin Bonitus, naquit dans la ville des Arvernes, aujourd'hui Clermont, d'une famille noble et illustre. Son père s'appelait Théodat, sa mère Syagria ; elle descendait, dit l'auteur anonyme, d'une race de sénateurs, ce qui nous autorise à la rattacher aux Syagrius qui donnèrent à l'Empire un préfet du prétoire.

un consul, un maître de la milice, et aux Francs un roi, pendant l'exil de Childéric, fils de Mérovée.

Bonet était jeune encore, quand il perdit son père ; il fut envoyé à la Cour, et prit du service auprès de S. Sigebert, fils de Dagobert i", qui avait été couronné roi d'Austrasie, du vivant de son père, au commencement de 633. L'Auvergne, comme la Provence, dépendait du royaume d'Austrasie. Sigebert s'attacha promptement à ce jeune homme, et le fit tout d'abord chef des échansons, ce qui était une fonction importante à la cour de nos rois francs. Peu après, il lui confia son anneau et le nomma son référendaire, c'est-à-dire le ministre chargé d'instruire les affaires d'Etat et de sceller du sceau royal les actes du souverain. Eomet s'acquitta si bien de sa charge, que bientôt tous les services du palais lui furent subordonnés, et il gagna entièrement la faveur du Prince et l'amitié des Grands»

Sigebert mourut en 656. Une révolution, dirigée par le maire du palais Grimoald, emporta son fils ; et ce ùxt -son frère, Clovis II, roi de Neustrie, qui lui succéda, annexant l'Austrasie à son royaume ; mais Clovis Xi mourut cette même année et laissa trois fils : Clotaiiie, Childéric et Thierry, qui ont tous trois porté la couronne. L'aîné de ces princes, Clotaire, gouverna d''abord tous les états francs, sous la tutelle de sa mère, sainte Bathilde ; mais en 66o les seigneurs austrasiens réclamèrent impérieusement un roi qui régnât sur eux seuls; et Bathilde leur donna son second fils Childéric.

Cependant saint Bonet était restéà la cour d'Austrasie; il fut nommé préfet de la province marseillaise, succédant immédiatement, semble-t*il, k Hector, homme corrompu qui s'était rendu odieux par ses vices, et que Childéric fit mettre à mort en avril 673. Mais est-ce

bien Childéric, qui envoya Bonet en Provence, ou est-ce son frère Thierry, qui lui succéda en cette même année 6j3} c'est ce que nous ignorons, car l'auteur de sa Vie nous apprend seulement qu'il fut choisi par le neveu de S. Sigebert.

Bonet vint donc dans notre ville ; il y apporta les vertus qui l'avaient rendu cher aux rois d'Austrasie ; sa charge était pour lui moins une magistrature qu'un sacerdoce ; il ne pouvait souffrir la ven e des esclaves ; jamais il ne condamna ni à l'exil, ni à la servitude ; il rachetait plutôt les serfs et les rendait à la liberté. Unissant aux vertus publiques les pratiques de la plus fervente piété, il jeûnait et il priait sans cesse. Doux dans ses paroles, patient au milieu d'hommes violents et querelleurs, il savait rétablir partout la concorde et la paix ; et déjà chacun le regardait comme digne de l'épiscopat.

Pendant que Bonet administrait la Provence avec tant de sagesse, son frère Avitus était évêque de Clermont, et s'illustrait par sa grande connaissance des choses divines et humaines. Elu en 674 pour remplacer saint Prix assassiné par quelques seigneurs, il siégeait depuis quinze ans, lorsque la maladie l'ayant conduit presque aux portes du tombeau, il comprit que sa fin était prochaine, et il se chercha un successeur* Il n'en trouva pas de plus digne que son frère Bonef, et avec le consentement de son clergé, il le désigna pour prendre sa place. Thierry, qui avait succédé à Childéric, et régnait sous la tutelle de Pépin d'Héristal, confirma cette élection. C'était en l'année 688.

La piété de Bonet brilla plus encore dans cette nouvelle position. Son oraison était continuelle, il versait devant Dieu des larmes abondantes ; il donnait aux

pauvres sans compter, et sa charité était sans limite. Le don des miracles, qu'il reçut de Dieu, témoignait de sa sainteté.

Après quelques années d'une administration glorieuse, Bonet se prit à regretter d'avoir accepté une charge qu'il remplissait si bien. Il se reprocha d'avoir reçu l'épiscopat de la main d'Avitus, parce que les canons de l'Eglise défendent qu'un frère succède à son frère. Il alla consulter un saint religieux d'un monastère voisin, et encouragé dans son esprit de renoncement il se décida à abdiquer. Il choisit pour le remplacer Nodobert, homme illustre par sa noblesse mais plus encore par sa vertu, obtint l'autorisation du roi Childebert, que Pépin d'Héristal avait mis sur le trône après la mort de Thierry et de Clovis III, et l'installa sur le siège d'Auvergne.

Fuyant alors sa ville épiscopale, il vint prendre l'habit religieux dans l'abbaye de Manlieu, de l'ordre de Saint Benoît, abbaye située sur les bords de la Dore, dans un site enchanteur, au milieu de collines, de prairies et de forêts. Mais il n'y resta pas longtemps ; distribuant son bien aux églises et aux monastères, il abandonna sa patrie, sa famille et ses amis, et se mit en route pour aller à Rome visiter le tombeau des Apôtres.

L'itinéraire de son voyage le conduisit à Lyon, et il séjourna au monastère de l'Ile Barbe. Un jour qu'il était en bateau sur la Saône avec les moines, les voyant préoccupés, il les questionna sur la cause de leur tristesse, et il apprit que l'abbaye manquait du nécessaire, au point que l'économe n'avait pas de quoi fournir le repas de la journée. Bonet ému, mais sachant bien que Dieu n'abandonne pas ses serviteurs, leur recommanda

de se confier en Celui pour lequel ils avaient tout quitt et voilà qu'un poisson, sautant hors de l'eau, vin tomber dans la barque même, aux pieds des religieux. Un autre jour, la lampe du sanctuaire s'éteignît ; on alla chercher du feu, et on n'en trouva pas ; mais le saint s'approcha, souffla doucement sur la lampe, et la flamme se raviva.

De l'Isle Barbe, Bonet se rendit au monastère d'Agaune, pour vénérer les reliques de saint Maurice et de ses compagnons ; puis il entra en Italie, et il fut reçu à Pavie, avec honneur, par Aripert, un des rois qui régissaient les Lombards. Comme il était dans le palais de ce prince, tout-à-coup la nouvelle fut apportée que les ennemis assiégeaient la ville. En effet la Lombardie, partagée alors en plusieurs petites souverainetés, était déchirée par les compétitions sanglantes des ducs cherchant à étendre leur puissance et à s'élever au-dessus les uns des autres. Sans perdre un moment, Aripert réunit ses troupes ; mais avant d'en venir aux mains, il demanda instamment au serviteur de Dieu de prier pour lui pendant qu'il combattrait. Sa foi fut récompensée par une éclatante victoire et par la capture de son rival Luitpert.

Baronius met ces événements à la date de 704 ; mais le P. Pagi a prouvé qu'il faut les reculer de deux ans, et fixe ainsi à l'année 702 et le pèlerinage de saint Bonet et la victoire que son hôte remporta par son intercession.

Le saint, quittant la Lombardie, continua son voyage par mer. Une affreuse tempête s'étant élevée, plusieurs navires furent jetés à la côte, et celui que montait Bonet allait avoir le même sort. Pour l'alléger, les matelots précipitaient déjà par dessus le bord les marchandises dont il était chargé; mais lui les en empêcha, en leur

disant : « Arrêtez, et conservez ces richesses pour vous et pour Ic^ pauvres. » En même ternp^, levant les bras au ciel, et versant un torrent de larmes, il priait Dieu pour le salut de tous. A l'instant les vagues éloignèrent \s navire du rivage où il allait se briser.

C'est ainsi qu'il arriva à Rome. Il visita le tombeau des Apôtres, vénéra les reliques des martyrs, racheta un grand nombre de prisonniers, et reprit le chemin de la France.

Arrivé à Lyon, il s'y arrêta et y vécut quatre ans. Là devait finir son pèlerinage. La goutte, dont il souffrait, prit un caractère aigu, et sa mort prochaîne lui fut révélée. Quand il la sentit venir, et sur le point d'expirer, il unit sa voix à celle des moines qui chantaient l'office, et il rendit le dernier soupir.

La date de sa mort est fixée par celle de son séjour en Lombardie. En comptant l'année de son pèlerinage à Rome, et les quatre ans qu'il vécut encore à Lyon, on arrive à l'an 707, d'après le calcul du P. Pagi.

Saint Bonet fut enseveli à Lyon. Six ans après, son successeur Nodobert voulut avoir son corps, et envoya demander à Godinus, évêque de Lyon, la permission de le transférer dans la ville des Arvernes. Mais Godinus refusa ; il savait quel était le trésor qu'il possédait. Plus tard, ces démarches furent renouvelées par l'évêque Proculus auprès de Fulcoald, et cette fois elles obtinrent un plein succès. La translation se fit au milieu d'un concours immense ; de nombreuses guéri sons s'opérèrent sur le passage des saintes reliques ; et elles furent solennellement déposées dans l'église de Saint-Maurice.

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