‹ Les saints de l'église de MarseilleChapitre 5 sur 40 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

UEglise de Marseille, si riche en traditions glorieuses^ ne possède cependant pas tous les titres de sa noblesse. Elle a perdu les Actes de plusieurs saints qui l'ont illustrée ; elle ne sait pas le nombre de ses martyrs ; et de beaucoup de ces généreux témoins de Jésus-Christ, qui ont donné leur sang pour la foi, elle a conservé à peine un vague souvenir.

C'est ainsi qu'elle honore saint Adrien, saint Hermès et leurs 28 compagnons, sans bien les connaître. A peine a-t-elle retenu le nom de quatre soldats de cette nombreuse phalange : Gittheus, Félix, Enuculus et Januarius ; les autres nous sont complètement inconnus. Et encore, avouons-le, les meilleurs hagiographes émettent des doutes sur plusieurs de ceux que nous venons de nommer.

Même incertitude sur l'époque de leur .passion. La tradition et les auteurs ecclésiastiques la placent sous le règne de Dioclétien et de Maximien. Aussi le Propre de l'office dit-il : « Tandis que la cruelle persécution de Dioclétien et de Maximien sévissait, Marseille tut

empourprée et inondée du sang de ses enfants. Outre saint Victor, dont le culte est répandu dans tout l'univers, nous nous rappelons le martyre de beaucoup d'autres, parmi lesquels sont saint Adrien et saint Hermès. Inhumainement torturés parce qu'ils étaient chrétiens, ils ne voulurent pas abandonner l'Evangile pour adorer les démons, et ils donnèrent leur vie pour le Christ, remportant dans la mort la palme de l'immortalité. Avec eux souffrirent plusieurs fidèles, dont nous ne savons bien ni le nombre ni le nom. »

Mais dans ce règne malheureusement trop long de Dioclétien, quelle est l'année du martyre de nos saints ? Quelques auteurs les ont crus victimes de la grande persécution décrétée par Dioclétien en 3o3, persécution qui a rendu ce prince si tristement fameux. Mais à cette époque, le gouvernement des Gaules était entre les mains de Constance Chlore, homme modéré, presque favorable aux chrétiens, qui sut maintenir la paix dans les provinces de sa dépendance jusqu'à l'abdication des deux empereurs. Il est donc à présumer que saint Adrien et ses compagnons ont été mis à mort avant cette date.

Dès son arrivée dans les Gaules en 286, Maximien ordonna de rechercher rigoureusement les chrétiens, et ses officiers firent partout un grand nombre de victimes. Aussi préoccupé de cette guerre impie que de la lutte qu'il soutenait contre les Bagaudes, il se plaisait à répandre le sang des fidèles de Jésus-Christ. Nous savons que ce farouche empereur vint dans notre ville. Il la traversa en 290, quand il se rendait à Milan pour conférer avec son collègue des affaires de la République ; c'était quelques années à peine après le massacre de la légion Thébéenne. Peut-être le monstre , qui avait ordonné l'effroyable hécatombe d'Agaune, voulut-il

marquer par un nouveau crime son passage au milieu de nous. Hâtons-nous d'ajouter que ce n'est là qu'une hypothèse plausible.

Lesrestes des bienheureux furent sans doute ensevelis dans la catacombe marseillaise ; car une chapelle fut plus tard érigée en leur honneur dans le souterrain de l'abbaye de Saint-Victor. Elle existe encore aujourd'hui, à côté même de la crypte de Sainte Magdeleine. C'est dans cette chapelle qu'au XVIP siècle, comme nous l'apprend Guesnay, les corps d'Adrien et d'Hermès reposaient, dans une tombe de marbre engagée dans l'épaisseur du mur, sous une arcade, qui est maintenant murée, mais dont on aperçoit la trace [Cassianus IlL p. 474). L'autel qui leur était dédié est toujours debout; mais on n'y célèbre pas actuellement le saint sacrifice ; il a été surchargé d'une énorme tombe, d'une époque relativement récente.

Quant aux ossements de leurs compagnons, ils étaient dans une autre tombe de marbre, près des Quatre dormants et des martyrs de la légion Thébéenne dont nous avions les reliques [Cass. Illustr. p, 476]. En outre, un bras de saim Adrien était vénéré dans l'église cathédrale de la Major, qui le conservait dans une châsse d'argent.

Toutes ces reliques ont été détruites au moment de la Révolution; un seul fragment des os de saint Adrien fut sauvé à cette époque par M. l'abbé Baron, prêtre du Sacré-Cœur. Il garda en sa possession cette précieuse épave, et la légua à sa famille, qui l'a remise depuis entre les mains des Pères Dominicains de notre ville.

Adrien, Hermès, et la glorieuse phalange de leurs 28 compagnons ont reçu de tous temps à Marseille un culte public ; dès le XV* siècle leur fête se célébrait le i" mars, comme encore aujourd'hui ; nous en avons la

preuve dans le bréviaire propre de Saint-Victor. Ce culte a obtenu de nos jours une consécration nouvelle, une paroisse ayant été érigée en l'honneur de nos saints martyrs, sous l'épiscopat de M*' de Mazenod. Cette paroisse possède aujourd'hui la relique de saint Adrien sauvée delà profanation par l'abbé Baron ; elle lui a été donnée par les Pères Dominicains.

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