LE SACRE-COEUR DE JÉSUS
Le Premier Vendredi après Voctave du Saint-Sacrement
Dans les dernières années du XVI !• siècle, au couvent de la Visitation de Paray-le-Monial , Notre- Seigneur se révéla à la sœur Marguerite-Marie, et la choisit pour être l'apôtre de la dévotion à son Sacré- Cœur. Cette dévotion avait toujours été la marque caractéristique des saints ; mais à partir de ce moment elle se répandit parmi les fidèles d'une façon merveilleuse, propagée par les Visitandines et par les Pères de la Compagnie de Jésus, à qui Notre-Seigneur luimême avait confié ce soin.'
Marseille, qui avait plusieurs maisons de Jésuites et deux monastères de la Visitation, ne tarda pas à être initié à ce mystère d'amour divin. La fête du Sacré- Cœur y fut solennisée quelques années à peine après la mort de Marguerite-Marie. M"' de Belsunce dit en parlant du 2* monastère de la Visitation : « Il a la gloire d'avoir célébré seul la première solennité qui a été faite à l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, en vertu d'une bulle du pape Innocent XII. » [Les Evêques de Marseille^ t. 3, p. 43 1). En effet en 1695, sous l'épiscopat de M»' de Vintimille, M. de Foresta, prévôt du chapitre, avait inauguré le culte du Sacré-Cœur dans ce monastère, en y célébrant la messe le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement.
Cependant ce n'est pas ce deuxième monastère, mais bien le premier, qui devait être à Marseille le foyer de la dévotion envers le Sacré-Cœur. Ce foyer allait y être allumé par une enfant de notre ville, humble religieuse de i5 ans, favorisée des mêmes apparitions que sa sœur de Paray-le-Monial, et héfhière de sa mission.
Anne-Magdeleine de Remusat naquit à Marseille le 3o novembre 1696, de Hyacinthe de Remusat et d'Anne Constant. Sa famille était noble et riche ; elle avait été honorée de charges municipales, et occupait une grande situation dans le commerce de notre ville. Encore toute petite enfant, Anne-Magdeleine montra une piété tendre et sensible bien au-dessus de son âge ; cette piété fut encore accrue par l'éducation qu'elle reçut dans le 2' monastère de la Visitation. Dès cette époque elle fut favorisée des grâces les plus extraordinaires.
Peu de temps après sa première communion, comme elle était prosternée devant le tabernacle, Notre-Seigneur lui apparut et lui dit : « Ma fille, je cherche une victime ; » et comme l'enfant, n'osant s'offrir elle-même, nommait celles qui lui paraissaient les plus dignes, Notre-Seigneur ajouta : « C'est toi, ma fille, que je choisis pour ma victime. » (Vie de la sœur Remusat, chap. 2).
A partir de ce moment s'ouvrit pour elle une vie toute surnaturelle et comblée des faveurs les plus insignes.
Rentrée dans la maison paternelle, à l'âge de i3 ans, elle ne put vivre dans le monde et se soumettre à ses exigences. Sur le conseil .du célèbre Père Milley, et grâce à l'intervention de M" de Belsunce, elle entra comme postulante au i*' Monastère de la Visitation Sainte-Marie, le 2 octobre 171 1. L'évêque voulut lui donner lui-même le voile le 19 janvier 171 2, et c'est
entre ses mains aussi qu'elle fit sa profession, un an après, le 23 janvier 171 3. Il avait deviné de bonne heure toutes les vertus cachées dans cette sainte enfant. L'estime et l'attachement qu'il conçut dès lors pour elle s'accrurent avec le temps, et servirent aux grands desseins que Dieu avait sur lui et sur sa servante.
Les supérieures d'Anne-Magdeleine ne pouvaient assez admirer son amour de la prière, son ardeur pour la mortification, sa tendre dévotion pour le Sacré-Cœur de Jésus. Ses ravissements étaient continuels. Notre- Seigneur lui apparaissait, s'entretenait avec elle dans la plus douce intimité, mais en même temps l'abreuvait de toutes les épreuves spirituelles et corporelles ; et enfin, pour mettre le sceau aux grâces qu'il lui accordait et aux souffrances qu'il lui imposait, il lui imprima lui-même les divins stigmates de sa passion.
Le 17 octobre 1713, 23* anniversaire delà mort de Marguerite-Marie Alacoque, (c'est la sœur Remusat ellemême qui l'a écrit), Notre-Seigneur lui fit connaître « d'une manière particulière et extraordinaire ses desseins sur elle, touchant la gloire de son cœur adorable. » Elle connut dès lors combien Dieu était irrité contre la ville de Marseille, à cause de la corruption de ses mœurs, et aussi parce que sa foi s'obscurcissait dans les ténèbres du Jansénisme. Elle sut, (M" de Belsunce l'a attesté), quelle terrible vengeance Dieu tirerait bientôt des outrages qui lui étaient faits, et quelles grâces de pardon étaient réservées aux coupables repentants.
La mission d'Anne-Magdeleine était de préparer les voies à la miséricorde divine en développant la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, dévotion qui devait sauver la ville au jour de sa terrible épreuve.
Son zèle s'appliqua d'abord à renouveler la piété dans
pensionnat du monastère, dont la direction lui fut confiée. Par les enfants son action s'étendit sur les familles, et en peu de temps elle exerça sur la ville un apostolat fécond. Non contente de prêcher à tous l'amour de Jésus crucifié, et d'embraser les cœurs par ses paroles brûlantes, elle voulut réunir les forces des fidèles et les associer dans une sainte corporation, qui, assidue au pied des autels, consolât le Divin Cœur du délaissement et de l'abandon de la foule. Elle posa donc les premières bases d'une confrérie du Sacré-Cœur. « La principale vue que j'ai eue en demandant l'établissement de cette association, écrivait-elle à une religieuse, a été de procurer au Cœur Sacré de notre bon Maître un nombre d'âmes qui puissent le dédommager surtout de l'ingratitude qu'il trouve dans la plupart des cœurs qui lui sont consacrés, aux injures desquels Il est plus sensible. »
M" de Belsunce approuva son projet, et fit lui-même le règlement de la nouvelle confrérie, à laquelle Clément XI accorda de riches indulgences par une bulle dû 3o août 171 7. L'année suivante, Anne-Magdeleine fit imprimer un petit livre contenant le règlement des associés, une notice sur la dévotion au Sacré-Cœur, et les motifs qui doivent porter les fidèles à se consacrer à lui. Ce livre était un de ses moyens de propagande; elle le répandait avec profusion.
L'empressement à s'enrôler dans cette sainte milice fut extrême. La ville entière y accourut. Les villes et les villages voisins se firent agréger. Les relations commerciales de Marseille portèrent la confrérie audelà des mers ; elle fut établie au Caire d'Egypte et même à Constantinople. En peu d'années il y eut
3b,ooo associés, et à It mort d'Anae^Magdeieihe on en comptait 60,606. Un jour vint où le Levant tout entier adopta cette admirable dévotion. Les associés faisaient profession du pliis ardent amour envers le Saint-Sacre^ ment de l'autel, et chaque vendredi, de 5 heures du matin à 6 heures du soir, ils sç succédaient dans la chapelle des Grandes-Mariés pour faire une adoration perpétuelle devant le tabernacle.
Mais la grande ambition de la sœur Remusat était de voir établir une fête en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus. « L'unique désir qui me reste, écrivait*eUe à une amie, est de voir honorer ce divin coeur selon toute l'étendue des vues qu'il me donne ; ces vues ne demanderaient rien moins qu'une fête, dans toute l'Eglise, aussi solennelle à l'honneur du Sacré-Cœur que celle qu'on célèbre pour honorer le corps sacré de Jésus- Christ. »
Cependant le moment était arrivé où la vengeance de Dieu allait s'appesantir sur Marseille, comme il avait été révélé à l'humble Visitandine. En 1720 U peste parut dans la ville« Le mal fut constaté à la fin du mois de juillet, et fit en quelques jours de rapides progrès. En août et en septembre, ses ravages étaient effrayants ; il périssait mille personnes par jour ; la moitié de la population fut emportée par la contagion ; les chiffres officiels, assurément inférieurs à la réalité, accusèrent 39,1 52 victimes sur 80,600 habitants.
La sœur Remusat savait que le seul remède à tant de maux était dans la prière et k pénitence. Par ordre de sa supérieure, elle demanda à Notre-Seigneur quel était le moyen d'apaiser sa justice, et voici quelle réponse elle obtint: « Il m'a montré, dit-elle, qu'il voulait purger l'Eglise de Marseille des erreurs dont
elle ^tait infectée, en lui ouvrant son. cœur adorable comme source de toute vérité; qu'il demandait une fête solennelle au jour qu'il s'est choisi Lui-même, c'est-à-dire le lendemain de l'octave du Très-Saint Sacrement , pour honorer son Sacré-Cœur , et qu'en attendant de lui rendre l'honneur qu'il demandait, il fallait que chaque fidèle se dévouât par une prière, au choix de Monseigneur l'Evêque, à honorer selon le dessein de Dieu le Cœur adorable de son Fils, et qu'enfin tous ceux qui s'adonneraient à cette dévotion ne manqueraient de secours que lorsque ce divin Cœur manquerait de puissance. » (Comptes de conscience).
Anne-Magdeleine fit porter à M*' de Belsunce les ordres de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le saint pontife se hâta d'y obtempérer. Le 22 octobre 1720, il •publia un magnifique mandement, dans lequel, après avoir décrit en traits saisissants les ravages de la peste, et condamné énergiquemènt les désordres moraux qui étaient la cause du mal, il cherchait le salut de son peuple dans la miséricorde d'un Dieu irrité, mais infiniment bon. « A ces causes, disait-il, en vue d'apaic( ser la colère de Dieu, et de faire cesser le redoutable « fléau qui désole un troupeau qui Nous fut toujours si « cher..., enfin en réparation de tous les crimes qui c( ont attiré sur nous la vengeance du Ciel, Nous avons c( établi et établissons dans tout notre diocèse la fête « du Sacré-Cœur de Jésus, qui sera désormais célébrée (( tous. lés ans, le vendredi qui suit immédiatement l'oc- « tave du Très-Saint-Sacrement, jour auquel elle est « déjà fixée dans plusieurs diocèses de ce royaume, « et Nous en faisons une fête d'obligation que Nous « voulons être fêtée dans tout notre diocèse. »
Belsunce établissait en même temps, avec les mêmes
solennités, la fête du Saint-Nom de Jésus, et il ajoutait: . a .... Honorer le Cœur et le Nom de Jésus, c'est hono- « rer la personne même de l'adorable Sauveur de nos <£ âmes, auquel Nous consacrons en ce jour notre (c diocèse d'une manière particulière^ exhortant chaque « âdèle en particulier de consacrer incessamment son a cœur et de le dévouer entièrement à celui de Jésus. » (Pièces histor. sur la Peste, t. i, p. 1 71-172).
Ce mandement, on le voit, répondait exactement à ce que Magdeleine de Remusat avait demandé au nom de Notre-Seigneur : il instituait la fête du Sacré-Cœur, et ordonnait que chaque fidèle s'y consacrât en particulier, sans attendre le jour de cette fête encore fort éloigné.
Joignant l'exemple aux exhortations, le 1*' novembre 1720, jour de la Toussaint, M" de Belsunce sortit en procession avec" son clergé de la maison de l'Intendant, près de l'église de Saint-Ferréol, où il s'était établi depuis le 14 septembre, et pieds nus, la corde au cou, une croix entre les bras, il se rendit à l'extrémité du Cours, du côté de la porte d'Aix, où un autel avait été élevé. Là, adressant la parole au peuple de mourants qui l'entourait, il l'exhorta au repentir et à la confiance, puis il fit lire son mandement du 22 octobre, et au milieu des larmes et des cris de cette foule immense qui demandait grâce et pardon, il consacra la ville au Sacré-Cœur de Jésus. Il célébra ensuite le saint sacrifice de la Messe (Journal de Pichatty de Croissainte],
A partir de ce moment, le mal diminua sensible • ment. Pichatty constate que le 19 l'amélioration était très considérable ; le 24 et le 25 il n'y avait presque plus de décès; en décembre c'était fini. Dans le courant de 1721 on ne constata que quelques cas isolés. Cepcn-
dant, par mesure de prudence et pourévîter les grandes agglomérations, les églises restèrent fermées jusqu'à la fin d'août 1721.
Quand arriva le 20 juin, première fête du Sacré- Cœur, M*' de Belsunce convoqua les fidèles en plein air sur la place de Lenche. La procession partit de ce lieu a 5 heures du soir, descendit la rue Radeau, suivit le port et la Cannebière, et arriva au Cours pour se masser à l'endroit même, où le i*' novembre précédent , Marseille s'était consacrée au Sacré -« Cœur. L'amende honorable et l'acte de consécration furent renouvelés, puis la procession reprit son défilé par la place Saint-Martin, le Grand-Puits et la Grand'Rue (Mandement du 16 juin 172 1).
Le danger passé est vite oublié. Les désordres que M*' de Belsunce avait si énergiquement flétris se reproduisirent vite. L'évîque le constata avec douleur, et pour rappeler à son troupeau les devoirs de la reconnaissance, il ordonna par un mandement du 1 5 octobre 1721 que le i"' novembre suivant, anniversaire de la consécration de la ville, on chanterait dans toutes les églises, le Laudate Dominuniy omnes g^ttes, en actions de grâces, que l'officiant, à genoux au pied de l'autel et un flambeau à la main, prononcerait l'amende honorable et l'acte de consécration qu'il avait prononcés lui-même sur le Cours, puis donnerait la bénédiction.
Cependant l'ingratitude des Marseillais reçut bientôt sa punition. Dans les premiers mois de 1722, le fléau reparut et frappa des coups assez multipliés pour répandre partout l'épouvante. Dans cette extrémité, M*' de Belsunce voulut qu'un acte officiel, émané de l'autorité municipale et revêtant un caractère social, confirmât
la consécration de la ville au Sacré-Cœur de Jésus. Il en écrivit aux échevins, leur proposant de s'engager par un vœu, dont il laissait la nature à leur initiative.
Les échevins étaient alors Pierre Moustier, Balthazar Dieudé, Pierre Remusat, oncle de la sœur Anne- Magdeleine', et Jean-Baptiste S*-Mîchel. Réunis à l'Hôtel-de-VîUe le 28 mai 1722, en présence du marquis de Pilles, gouverneur-viguier, ils prirent connaissance de la lettre de l'évêque, et sur la proposition de Moustier, ils décidèrent d'y obtempérer. « Sur quoi, « dît le procès-verbal de la délibération, il a été a unanimement décidé que nous, échevins, ferons un a vœu ferme, stable et irrévocable entre les mains de « M*' l'Evêque, par lequel, en la dite qualité, nous (i engagerons nous et nos successeurs, à perpétuité, à c< aller toutes les années, au jour où il a fixé la fête du « Sacré-Cœur de Jésus, entendre la messe dans l'église a du premier monastère de la Visitation, dite des « Grandes-Mariés^ y communier, et offrir, en répara- « tion des crimes commis en cette ville, un cierge ou <£ flambeau de cire blanche du poids de 4 livres, orné « de l'écusson de la ville, pour brûler ce jour-là devant « le Saint-Sacrement, et assister sur le soir du même « jour à une procession générale d'actions de grâce.
a A Marseille, 28 mai 1722.
« Moustier, Dieudé, Remusat, S*-Michel, échevins. »
En suite de cette délibération, le 4 juin 1722, jour de la Fête-Dieu, les quatre échevins, en robe rouge, se rendirent à la cathédrale et vinrent s'agenouiller sur le marchepied ■ du maître-autel, devant l'évêque qui tenait le Saint-Sacrement çn ro«ins. L^, MpusUçr,
i" échevin, au nom de ses collègues prononça le vœu de la ville. Le 12 juin suivant, ils le renouvelèrent dans la chapelle de la Visitation, et Paccomplirent pour la première fois.
Ce vœu est le premier acte de consécration qu'un corps constitué ait formulé au Sacré-Cœur ; la France en attend un second qui sera son salut, comme celui-là fut le salut de Marseille.
Anne-Magdeleine de Remusat était arrivée aux termes de ses désirs. Par ses soins, la dévotion au Cœur de Jésus s'était répandue au loin ; une fête solennelle avait été instituée ; et un vœu perpétuel liait Marseille au service de celui qu'elle aimait si tendrement. Elle vécut quelques années encore, et mourut saintement, le i5 février ijSo.
Marseille resta fidèle à son vœu jusqu'à la Révolution française. A cette époque les hommes placés à la tête de l'Administration municipale se refusèrent à en remplir les obligations. Cependant le 7 juin 1793, le clergé constitutionnel célébra la fête du Sacré-Cœur dans l'église cathédrale. Notre-Seîgneur ne pouvait avoir pour agréables ces hommages rendus par un évêque hérétique ; mais ses regards s'arrêtèrent avec complaisance sur l'humble cérémonie qu'accomplissaient à ce même jour deux prêtres proscrits, entourés de quelques marseillais fidèles et de plusieurs visitandines expulsées de leur couvent. L'abbé Reymonet et le chartreux D. Joseph officiaient secrètement dans la maison de M. Reymonet père, rue Bernard-du-Bois, là où a été depuis la maîtrise de la cathédrale provisoire. La procession se fit dans la maison; l'amende honorable fut prononcée par M. Allemand, le futur fondateur dç l'oeuvre de la Jeunesse, alors simple miporét
Il en fut de même en 1794, pendant les plus mauvais jours.
En 1795,1a liberté religieuse avait été rendue; la fête du Sacré-Cœur put être célébrée à la Major. (Laforêt, Histoire de la Peste^ p. 5y).
Mais le vœu ne fut pleinement accompli qu'en 1807. Cette année, par une délibération du i3 mai, la muni-, cipalité, présidée par le baron d'Anthoine, décida de reprendre la tradition interrompue; et le vendredi, 5 juin, le maire se rendit aux Grandes-Mariés ^ entendit la messe, et offrit le cierge aux armes de la ville. Le soir: il assista à la procession générale.
L'année 1821 amenait le centième anniversaire de la délivrance de Marseille, et de sa consécration. L'admi-. nistration, présidée par le marquis de Montgrand, comprit la convenance de célébrer dignement ce centenaire, et voulut profiter de la circonstance pour élever un monument qui témoignât de la reconnaissance de Marseille envers le Sacré-Cœur, et aussi envers les: hommes généreux qui s'étaient dévoués pendant la peste au salut de leurs concitoyens. Le i5 janvier > 1821, elle décida que la paroisse de Saint-Ferréol, détruite par la Révolution, serait reconstruite sur son: ancien emplacement, c'est-à-dire sur la place de ce. nom, que cette nouvelle église serait dédiée au Sacré-. Cœur de Jésus, qu'un monument serait élevé à Tin-: térieuren l'honneur de Belsunce, tandis qu'une pierrecommémorative rappellerait les noms, des magistrats, des fonctionnaires et des citoyens qui avaient lutté si. énergiquemem contre le fléau, et enfin que la jjremiére pierre du monument et celle dé l'église seraient posées solennellement en la fête du Sacré-Cœur.
L^ fête tombait le ^9 juin. Ce jour^^là, ^ 8 heures ç)a<
iBi^mvM'' de Bausset^ «rchevëque d'Aix, dit la messe sur ie Coars, à rendrolt même où Belsunce l'avait celéfafée tn tyto ; à midi^ îl posa la première pierre sur la place Saint^Ferréol i et fe soir il préskia une magnifique procession, dont les détails. ont été consignés dans un livré intéressant Les grandes prùcessions de Marseilie^ par Joseph Mathieu.
A la fin de la procession, Mgr de Bausset prononça l'amende honorable.
En I&32, i833 et 1834, l'autorité interdit les processions sur la voie publique. Celle du Sacré^ceur dut se renfermer dans la Cathédrale,
Depuis cette époque, la fête du Sacré-Coeur se célébrait solennellement, avec le concours de la municipalité. La Révolution de 1 870 est venue l'entraver. Le Maire se refusant à remplir le vœu de la ville, le cierge fut offert en 1871 par M. Deluil-Martiny, petit-neveu par sa femme de la sœur Anne-Magdeleine de Remusat, en 1872 et 1873 par le président de la Chambre de Commerce, qui est le premier corps élu de ia ville après le Conseil Municipal. En 1874, 1875, 1876, la municipalité redevenue chrétienne reprit sa place au monastère de la Visitation et à la procession commemorative. Mais depuis la Chambre de Commerce occupe ce poste d'honneur déserté par nos magistrats, et la processioia a lieu dans la cathédrale provisoire de Saint-Martin.
Si l'élan de la piété populaire est comprimé par l'oppression gouvernementale, l'amour du Cœur Sacré de Jésus-Christ n'en est que plus ardent dans les âmes. L'association fondée, en 171 8, par la sœur Anne- Magdeleine a été reconstituée par mandement du 1 2 mars 18^ de Mgr Robert, éyêque d« Marseille, et
le 3i tout suivant k pape Léon XIII lui a conféré le titre d^Archiconfrérie. Depuis ce moment^ les fidèles de Marseille se sont fait inscrire dans cette sainte milice, avec un empressement qui rappelle les beaux jours de sa fondation. La dévotion au Sacré-Cœur est la dévotion caractéristique du diocèse de Marseille (V. VEcko du 4 Juin 1882).
Maintenant nous sera-t-il permis de terminer cette étude sommaire par un vœu? L'église du i" monastère de la Visitation, celle où Anne-Magdeleine vit si souvent la personne adorable de Notre-Seigneur, où elle reçut ses divines communications ; la chapelle où fut fondée la confrérie de l'adoration du Sacré-Cœur, où nos échevins de la peste accomplirent leur vœu, et où vinrent leurs successieurs jusqu'aux jours néfastes de la Révolution ; cette chapelle existe encore, mais en quel état, et souillée de quelles profanations ! Le i" monas- * tère de la Visitation a été changé en entrepôt de commerce ; il occupe l'île de maisons formée par les rues des Phocéens, Malaucène, Trigance, des Grandes- Mariés et Sainte-Pauline. L'église est sur la rue Trigance ; elle a été jointe par un pont à l'hospice de la Charité ; elle a été divisée en étages, et elle sert d'asile aux malheureux de passage en notre ville, qui n'on pas un abri pour la nuit.
Un jour ne viendra-t-il pas où cette ^église purifiée et réconciliée sera rendue au culte, et reverra les pieuses cérémonies d'autrefois? Malgré l'état humiliant dans lequel nous la vqyons, il nous semble qu'elle a autant de droit à la vénération de tous que celle de Paray-le-Monial, si riche et si brillante, envahie par la foule des pèlerins.
C'est avec une émotion de poignante tristesse que
nous la saluons aujourd'hui. Dieu nous accorde la grâce de nous y agenouiller un jour, car c'Qst bien à elle qu'appartient le privilège d'être à Marseille l'église du Sacré-Cœur !