CHAPITRE VII. — LE CULTE DES SAINTS
XVI Siècle, sous le vocable de sainte Rose de Lima, sur la falaise écartée et déserte de Guimaëc : on chercherait en vain à expliquer comment le culte de ls sainte péruvienne a pu venir se fixer sur ce rocher perdu *.
Il serait facile de rapporter tout à la fantaisie des dévots bretons. Cependant, une règle existe pour les établissements du culte des saints anciens : plusieurs de ces saints ont un sanctuaire sur le rivage et un autre à l'intérieur, dans l’arrière-pays ; ce sanctuaire est tantôt une chapelle, une église ou un simple nom de lieu. L'établissement côtier peut être donné comme marquant l'emplacement où le saint a pris terre en venant de l’île de Bretagne ; l'établissement dans l'arrière pays marquerait l'emplacement où le saint aurait résidé, après s'être enfoncé dans les terres.
Il n’y a pas lieu de faire état ici d’un élément fourni par la vie latine de saint Efflam, à savoir que saint Gestin aurait d’abord habité le point côtier de Donguel, — l'emplacement actuel de la chapelle Saint-Efflam, non multum a litlore remotam, — avant d'aller s'établir dans la forêt voisine, un peu au sud du bourg de Plestin, à l’endroit où sont les ruines de la chapelle Saint-Gestin. La tradition rapporte, de même, que sainte Enora aurait résidé d’abord auprès de Donguel, conformément à ce que dit la vie latine, et qu’ensuite elle serait allée s'établir plus au sud, à l'emplacement de sa chapelle, non loin du bourg. Les noms de lieu fournissent des exemples qui offrent plus de sécurité. - Voici les exemples qui ont été relevés :
SAINT CONVEN, chapelle Saint-Conven sur la côte en Plouézoc'h, et dans l'arrière pays, paroisse de Plougonven, et hameau de Trégonven en Loguivy-Plougras (p. 62).
Sarnr Micrau, Ile-Miliau en Trébeurden et paroisse de Ploumiliau, en arrière (p. 53).
3. Je ne crois pas que la sainte péruvienne ft 1617, ait été substituée à une sainte celtique. Les Trévros et Lanros ne comportent pas un nom de saint, mais le nom commun ros — tertre couvert de bruyères. — Sur cette chapelle et sa très jolie légende, v. Louis LE GUENNEC, Excursion archéol. dans Guimaëc, Quimper, 1918, in-8°, pp. 26, 27 (extrait de la Soc. arch. Fin., XLV). — Cf. Notre-Dame-de-Rocamadour, qui avait une chapelle en Camaret et une autre en Argol (F.) (Soc. arch. Fin., 1910, p. 173, B.C.B., 1904, pp. 129 et 287) et les nombreuses chapelles à Notre-Dame-de-Lorette disséminées à travers le pays.
Sarnr LAvaAN, non loin de la côte en Ploulec’h, et Saint- Lavan, en arrière, en Plounévez-Moëdec (pp. 100 et seq.).
Sarnr Lo, peut-être identique au précédent, dont le culte est installé parallèlement (pp. 116 et seq.).
Sarvr CARRÉ, éponyme de Lancarré, sur la Lieue-de-Grêve en Plestin, et chapelle Saint-Carré en Lanvellec *.
Sarnr ErrLAM, chapelle sur la Lieue-de-Grêve en Plestin, et chapelle en Pédernec (C.E.-M.)*.
Il faut citer à part, pour des raisons qui seront exposées plus loin
SarNT GARAN, chapelle sur le rivage du Douron en Plestin, et, sous son autre nom Cavan, éponyme de la paroisse de Cavan *.
Sainr Krr10, fontaine sur la côte en Trédrez, et chapelle dans l'arrière pays en Plounérin”.
SAINT GUIREC, éponyme des paroisses côtières de Locquirec et Perros-Guirec ; à l’intérieur, chapelle de Guirec en Ploubezre (pp. 100 et seg.).
Cette liste d'établissements côtiers, auxquels répondent des établissements dans l'arrière pays, à peu près dans les mêmes distances et dans la même zone de collines, indique que nous ne sommes pas devant une fantaisie ; la répétition de coïncidences semblables paraît marquer autre chose qu’une série d'accidents fortuits. |
Parmi ces saints, plusieurs se présentent a avec une appa-
4. V. Six Saints, pp. 40 et seqg., et supra, la n. 3, au chap. IV. — Lancarré est pour Nant-Carré, mais comme il y avait là una chapelle très ancienne, antérieure à l'installation des moines du Mont-Saint- Michel en leur prieuré de Hirglas, chapelle qui primitivement ne leur appartenait pas, ce Nant à bien un saint pour éponyme.
5. Je n'ai pas étudié ce personnage ici, je signale que la chapelle en Pédernec est très ancienne, elle est d'ailleurs mentionnée dans les Monuments originaux de l'histoire de saint Yves, Saint-Brieuc, 1887, p. 172. — Je n'ai pas ajouté quelques exemples qui ne me paraissaient pas assez sûrs, mais que j'ai signalés as dans les articles sur Guimaëc, Lannéanou et Saint-Connay, pp. 56, 84 et 108, n. 36.
6, Six saints, p. 20 et seq.
TAN Sp'ATLFe RS.