‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 12 sur 188 · CHAPITRE II. — LA CHRONOLOGIE DES NOMS DE LIEU · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — LA CHRONOLOGIE DES NOMS DE LIEU

Seconde remarque. — Les chartes et vies de saints anciennes Citent de nombreux noms de lieu en Plou-, Lan, Tré-, parfois transcrits sous la forme latine plebs, tribus, mais ne citent jamais de Lok-. Les Lok- n'apparaissent qu’au xr° siècle, et comme il a été dit plus haut, qu’en Basse- Bretagne ; les deux exemples les plus anciens relevés par M. J. Loth, dans sa Chrestomathie sont du xr° siècle : Locmeneck, actuellement Locminé (M.) : Locus monachorum au chapitre 33 de la vie latine de saint Gildas, vie qui est du x1° siècle® ; et Loc lunguorett de la pièce xix du cartulaire de Landévennec, acte qui a été fabriqué vers le milieu du XP Siècle.

6. Cet exemple est très spécial puisque c’est le seul cas où Lok- ne soit pas suivi d'un nom de saint. — Le chap. 33 n’est pas dans le texte de Johannes a Bosco, il a été extrait pour la copie de Mabillon, du légendaire de Saint-Gildas-des-Bois. Cf. F. Lot, Mélanges d’histoire bretonne, Paris, 1907, in-8°, pp. 211, 224 et sq. : «le chapitre 33 actuel se dénonce comme un remaniement » ; cette vie a dû être rédigée vers 1060. Zbid., pp. 233, 238. Ces deux remarques font douter et de la date de ce nom et de la valeur de l'exemple, car locus ne paraît pas y avoir le sens habituel.

7. C’est un acte où intervient le roi Grallon. Cf. LATOUCHE, Mélanges d'histoire de Cornouaille, Paris 1911, in-8°, p. 56. — Il y a un certain nombre de chartes où l’on trouve le mot latin locus dans le sens breton ; mais le texte n'indique pas que le nom populaire soit en Lok- ; la ch. 373 du Cart. de Redon, en 1037, désigne le monastère de Redon sous le nom de Locum Sancti Salvatoris, mais désigne Locoal Mendon par æcclesia sancti Gutuali ; de même, la ch. 82, vers 865, mentionne la donation de terrains ubi nunc locum Sancti Salvatoris et monachorum rotonensium, et la ch. 241, en 869, dit construere jussimus quemque eliam locum monasterium Salomonis vocare voluimus. (A noter que le roi Salomon ne réussit pas, lui laïc, à devenir l’éponyme de ce monastère qui, en 876, ch. 237, est appelé Monasterium Sancti Maxentü, à cause des reliques de saint Maxent : c'est aujourd'hui la commune de Maxent, I.-et-V.). Le Cart. de Landévennec, xIx, cite Locum Sancti Uuingüaloæi in Buduc, qui demeura le prieuré da Saint-Guennolé en Concarneau (F.), la pièce xxxvu cite locus sancti Uuingualoei qui est Landévennec, alors que Loquénolé sur le Queffleut, dont cette pièce reproduit la donation, porte un autre nom ; cette pièce dit Latouche, op, cit., pp. 60-61, est du xr siècle, Dans le cart. de Quimperlé, des pièces, depuis 1069 jusqu'à 1161, désignent notre Logaman actuel en la Foret-Fouesnant (F.), sous les formes Sancli Amandi locum, ecclesia sancti Amandi, et enfin claustrum sancti Amandi (pp. 191-195) ; mais la pièce Li (p. 188) donne un Loc Deugui — Lotivy en Quiberon (M.), pour ce dernier il n'y a aucun doute, c’est le nom breton ; or, cetle charte est de 1069. — Le nom de Locmariaquer (M.), n'apparaît qu’en 1082. (Ros.)

Troisième remarque. — Les éponymes des noms de lieu en Lok- ne sont pas des saints dont le culte est ancien. Parmi ces éponymes, quatre frappent immédiatement l'attention Maria, Mikel, Christ, Jean.

Locmaria. — Les Locmaria sont nombreux en Basse- Bretagne. Rosengweig en cite vingt-cinq pour le département du Morbihan, un relevé pour l’ensemble de la Basse-Bretagne en fournirait cent cinquante environ. L’on sait que le culte de la Vierge n'apparaît pas dans la plus ancienne hagiographie bretonne, que le nom de la Vierge n'intervient dans aucun nom de lieu en Plou-, Lan-, Tré- ; au surplus, la forme Maria est une forme récente”.

Locmikel. — Les Locmikel sont nombreux aussi en Bretagne bien qu'il n’en existe pas autant que des Locmaria. Rosenzweig cite six Locmiquel et un Locmiquelic dans le Morbihan. Le culte de saint Michel en Bretagne ne paraît pas antérieur au x1° siècle ; c’est en 1037 que fut fondé le prieuré de Saint-Michel dans l’îlot de Tanguethen, devenu l’île Saint-Michel, en rade de Lorient (M.)°. Saint-Michel-en- Grève, en breton Lomikel, dans les Côtes-du-Nord, est très certainement postérieur à la donation de terres en Plestin faite en 1086, par Hugues, évêque de Tréguier, à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, en Normandie *.

La fondation du prieuré de Lomilcel en Elliant (F:), lequel

8. DuiNE, Bréviaires et missels des églises et abbayes bretonnes, Rennes, 1905, in-8°, appendice 1, p. 208; Saint-Armel, in Ann. de Bret. XX, p. 46 du tirage à part; Lorn, N$., p. 5. — Je signale toutefois deux Trémaria, l'un en Landerneau, l'autre en Ponteroix (F.) (C.E.-M.) ; ce dernier était la seigneurie de Nicolas Saluden de Trémaria, auxiliaire du Père Maunoir. Ces deux Trémaria sont très certainement des noms fabriqués à une très basse époque. Il existe un Tréanna, seigneurie au xvie siècle (Soc, Arch. Fin. 1903, p. 178), et chapelle en Elliant (F.) (C.E.-M.) et un parc Tréanna près Locronan (B.C.D., 1923, p. 247) ; cf. Tréanna, nom de famille (Cart. de Quimper, index, p. 586), mais il ne ve pas ‘de sainte Anne, mère de la Vierge, dont le culte s'est répandu vers la fin du moyen àge, et qui n'a pas de Lok-, il s'agit très certainement d'un personnage celtique ; ef. Ns., DA Ur

9. Dom MoORiCE, Preunes, I, 373. — Cart. de Quimperlé, p. 149.

10. Dom Monicr, Pr., I, 160. Voyez mon article le Prieuré de Roc'h Hirglas en Pleslin, in Mémoires de la Société d'émulation des C.-du-N.. LV, 1923, pp. 25-34.

Page 1