CHAPITRE IX. — GÉOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE ANCIENNE
ferme ; s’il y a des fondrières, on peut les contourner en utilisant les parties plus rocheuses ; de nos jours encore, les routes sont toutes sur les hauteurs, elles ne suivent Jamais les vallées, dont le cours est trop encaissé, trop étroit et trop sinueux, et qui sont marécageuses. La paroisse s’est constituée Sur le plateau, détenant la partie du plateau que limitaient les vallées infranchissables ou les massifs forestiers. Ce territoire constituait une véritable unité géographique *.
En examinant, au point de vue de saint Egat, la question des deux paroisses de Plouégat, situées à peu de distance l’une de l’autre, il a été dit que ces deux noms ne pouvaient être tous deux primitifs, qu’il fallait nécessairement supposer que l’un était plus ancien que l’autre, l’un était du début des Plou-, l’autre devait être une trêve érigée de bonne heure en paroisse. Les éléments géographiques vont apporter une confirmation à cette hypothèse. Plouégat-Guerrand est une grande paroisse, bien limitée géographiquement, si ce n’est du côté de Lanmeur, qui a certainement empiété sur son territoire. Plouégat-Moysan, au contraire, est une petite paroisse. Certes, Gueslesquin aurait pu être sa trêve, et tout révêle que Guerlesquin, avec son nom laïc, et un
11. Rosenzweig avait, pour le Vannetais dans un travail remar- quable qui n’est pas assez connu, dégagé les mêmes règles que nous dégageons ici pour le Bas-Tréguier. Dans ce travail, intitulé Etude sur tes anciennes circonscriptions paroissiales du Morbihan (in Bull. Soc. polymath. Morb., 1873, pp. 95-97), il y a, parmi quelques passages vieillis, le paragraphe suivant : « On ne tardera pas à découvrir les règles qui ont présidé à l'établissement [des circonscriptions primi- {ives] et qui sont d’ailleurs la conséquence logique des circonstances au milieu desquelles les paroisses se sont fondées. Du petit nombre de fidèles dispersés sur toute la superficie du diocèse et de celui des prêtres envoyés au milieu d’eux à l'origine, devait résulter une étendiie considérable des paroisses. D'autre part, <lles trouvaient des limites naturelles infranchissables dans les forêts que ne traversait aucune route praticable, dans les cours d’eau, dont les rives n'étaient reliées que de loin en loin par quelque grossier pont de bois ; …. » Cf. CAMILLE VALLAUX, La Basse-Bretagne, étude de géogr. humaine, Paris, 1907, in-8°, p. 45, « les vallées, agents d'isolement social. ligne isolante d'où les hommes et les cultures s’écartent ».
territoire tout petit, est une ancienne lrêve ; mais lorsque
l'on examine les limites de Plouégat-Moysan et de Guerlesquin avec Plounérin, l’on voit que ces limites sont factices : pas de vallée, pas de rivière, la limite est si factice qu’elle n’a pas suivi une limite naturelle qui s’ofirait, à savoir la rivière de l'étang de Plounérin et l'étang lui-même. La frontière court suivant des lignes conventionnelles à l’ouest de là limite naturelle ; par ailleurs, le territoire de Plounérin forme une enhache profonde aux environs de la chapelle de.la Trinité, toujours au delà de la rivière qui aurait dû constituer la limite néturelle. Tout cela indique que Plouégat-Moysan est un ancien hameau érigé en paroisse à une époque où l’on créait encore pour les paroisses des noms en Plou-, et qu'il appartenait primitivement à Plounérin. Guerlesquin, lors de ce partage, a dû continuer à appartenir à Plounérin, pour s'en détacher plus lard et constituer à son {our une paroisse *.
La paroisse de Plounévez-Moëdec, et son nom, s'expliquent dé la même façon ; c’est une « paroisse neuve », Ploe-nevez. et cette paroisse neuve a été constituée par un démembremeni de Plounérin. Aucune limite naturelle ne la sépare de Plounérin ; la frontière suit plusieurs petits chemins, à travers la lande, sur le plateau ; par ailleurs, il existe, en Plounévez- Moëdec, à environ trois kilomètres au sud du bourg, un hameau du nom de Nérin, et ce hameau est le lieu où saint Nérin, éponyme de la grande paroisse de Plounérin, avait primitivement son culte “. Il] arrive, en effet, fréquemment,
12. Plouégat-Moysan pouvail êlre Trevégal où Saint-Egat. Les saints ont souvent un autre établissement qui porte leur nom, non loin d'une paroisse dont ils sont éponymes : saint Gonven, chapelle en Plouézoc'h, paroisse de Plougonven et Trégonven en : Loguivy-Plougras. — Guerlesquin est devenu paroisse à une époque où l'on ne créait plus dé noms en Plou-; son origine est très certainement seigneuriale, c'était le siège d'une seigneurie importante.
13. Ce hameau est cadastré G, 110-114. — Je né connaissais pas ce détail très important du eulle de saint Nérin, quand j'ai donné mes Six saints. J'ajoute que je n'ai pas pu savoir si c'était là que se trouvait la fontaine du saint que m'avait signalée l'abbé Bescond (Six saints, p. 63). — Ce lieu s'appelle en brelon an Nérin, le Nérin ; on trouve menlion du convenant an Nairin en 1641, puis avec aphérèse an airin, convenant L'IHairin, L'Hairain au xvurre siècle (Archives dép. C.-du-N., E, 2371, 2377).