‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 134 sur 188 · CHAPITRE IX. — GÉOGRAPHIE ECGLÉSIASTIQUE ANCIENNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — GÉOGRAPHIE ECGLÉSIASTIQUE ANCIENNE

en Bretagne, que le saint éponyme de la paroisse ait son culte en dehors de l’église paroissiale “ ; ce détail, ajouté au fait qu’il n’y a pas de limite naturelle entre Plounérin et Plounévez, établit que Plounévez est une paroisse neuve constituée par prélèvement sur Plounérin ; Plounérin, avec ses démembrements, Plounévez, Plouégat-Moysan et Guerlesquin, avait un territoire immense, constituait ure véritable unité ; c'est un plateau ininterrompu, enfermé à l’est et au sud par les profondes vallées du Léguer et ‘de son affluent le Guic, à l’ouest par le Douron ; au nord des petites rivières marécageuses le séparaient des autres paroisses.

Fait curieux, ce démembrement de Plounérin s’est produit plus tôt que celui d’une autre paroisse, celle de Plougras, qui est située exactement en arrière de Plounérin, plus avant dans la montagne. Il était naturel qu’il en soit ainsi ; le peuplement du pays s’est fait en partant du rivage. De nos jours encore, la densité de la population diminue à mesure qu'on s'éloigne de la mer “. Le peu de prêtres dispomibles obligeait à conserver des paroisses immenses, dont d’ailleurs -les fidèles devaient être bien rares. Le pays, en outre, était pauvre, il n’aurait pu entretenir un clergé nombreux. La population de Plounérin moins éloigné de la mer, s’est accrue avant celle de Plougras ; Plounérin a été démembré à une époque où l’on constituait encore des paroisses portant des noms en Plou- ; il a donné naissance à Plouégat-Moysan, à une Plou-névez et à Guerlesquin, trots paroisses indépendantes. Plougras, lui, bien en arrière, dans les montagnes, n’a été démembré qu'à la Révolution ; on l’avait divisé en trêves parce que, quand l’accroissement de la population nécessita l’organisation de cultes dans les écarts, on ne constituait plus de paroisses indépendantes; Ia

14. C’est là un phénomène très curieux, plusieurs exemples en ont déjà été donnés ; je reviendrai sur ce phénomène au chapitre suivant et fournirai en appendice une liste de ces établissements.

15. Voyez à ce sujet le travail d'E. RoBerT, La densité de la population en Bretagne, calculée par zones d’égal éloignement de la mer, in Annales de géographie, XII, 1904, pp. 296-309, et Travaur du laboratoire de géographie de l'Université de Rennes, n° 4, Rennes, 1905 (extrait du Bull. de la Soc. scientif. et médicale de l'Ouest, XIV, 1905).

Révolution seule l’a démembré, elle a érigé ses trêves, Lohuec et Loguivy, en communes, et c’est seulement au Concordat

que ces communes sont devenues des paroisses ”.

Plou- désigne une paroisse ; il n'y à pas de Plou- qui ne soit actuellement encore une paroisse", et toutes les Plouapparaissent comme des paroisses très anciennes, remontant au début de l’organisation religieuse du pays. Le sens de ce mot est formel, précis et constant.

Le mot Tré- désigne simplement un hameau. Il n'indique” en aucune façon une division ecclésiastique quelconque. Danx celte partie de la Bretagne, où les Tré- sont beaucoup moins nombreux que dans le Vannetais, l’'éponyme est parfois un saint ; Tré- peut donc avoir des attaches : religieuses. Certains de ces hameaux ont pu prendre, par la suite, de l’importance ; la chapelle qu'ils possédaient, ou celle qu’on y a bâtie, a pu être érigée en église succursale, le hameau et le territoire voisin ont alors constitué une « trêve » au sens ecclésiastique du mot ; cela a été l'exception, les Tré- sont demeurés, pour la plupart, ce qu’ils étaient tous primitivement, de simples hameaux, dont ensemble constitue la Plou-, la paroisse groupée autour du Guic, bourg chef-lieu. Il n’y a eu primitivement, et il n’y a encore de nos jours, aucun organe intermédiaire entre la famille qui habite une maison d’un hameau, et la paroisse, tant que le hameau ne devient pas une trêve. Tré-, à l’origine, n’a pas le sens qu'a actuellement le mot « trêve », il désigne un simple hameau.

Autrement dit, à l'époque primitive, la paroisse seule existe, immense, seul organe au-dessus de la famille,

16. Des fails de ce genre se retrouvent dans toute la Bretagne ; partout l'on peut remarquer que les Plou- sont beaucoup plus fréquents sur Je littoral que dans l'intérieur ; même en faisant entrer en ligne de compte les paroisses qui n'ont pas un nom en Plou-, on peui

constater qu'à l'intérieur les paroisses anciennes ont un territoire immense. J'ai cité plus haut l'exemple de Bothoa, actuellement Saint- Nicolas-du-Pélem, qui à donné 5 communes et recouvrait près de

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