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CHAPITRE X. — LA TOPONYMIE PAROISSIALE

fait excessivement curieux que le saint éponyme n'est pas nécessairement honoré en l'église paroissiale" ; le saint éponyme est patron du territoire paroissial, de tout le groupement des habitants de la paroisse, sans être le patron de l’église paroissiale. Par ailleurs, il donne souvent son nom, toujours dans le même territoire paroissial, à des lieux en Ker-, Lez-, Crec’h, etc. ; ceci confirme ce qui vient d'être dit, à savoir que son culte est commun à toute la paroisse, et n’est pas un culte installé dans l’église paroissiale. Comme fréquemment, tant dans le nom de la chapelle, que dans les noms composés de lieux-dits, le saint éponyme est donné sous une forme un peu différente, soit avec ladjonction du préfixe To- c’est alors la forme complète du nom, ou avec la suppression d’un suffixe -an ou -in, c'est la forme hypocoristique*, on peut assurer que l’on est en présence de noms de lieu très anciens. Même, lorsque le nom de la paroisse comporte un nom commun au lieu d’un nom de saint, il est fréquent aussi de retrouver ce nom commun entré en Composition dans d’autres noms de lieu à l’intérieur de la paroisse. La toponymie paroissiale en Bretagne est donc aussi, en ce qui concerne l'éponyme de la paroisse, d’une précision remarquable. Elle affirme que la paroisse est une unité solidement constituée autour de son saint patron.

De ces constatations l’on peut tirer des conclusions ; une première, qui a déjà été formulée, en ce qui concerne le nom de la paroisse : ce nom n’est pas le nom du bourg étendu à l’ensemble du territoire dont il est le chef-lieu, c’est le nom du territoire paroissial. La circonscription territoriale détient un nom qu’elle n'emprunte pas au bourg ; la paroisse, la ploué, n’est pas le nom d’un lieu, comme les Tré-, Lan-, Guic-, Lok-, Ker-, etc., c'est le nom d’un territoire, d’une circonscription ecclésiastique.

7. Laquelle église paroissiale est en ce cas dédiée à un autre saint, saint Pierre, saint Paul, Notre-Dame ou autre.

8. Ces constatations ont une importance considérable ; il ne m'était pas possible de donner ici la liste des exemples que j'ai relevés, on la trouvera en appendice.

9. Je ne cite ici que quelques exemples formels : chapelle Saint-

Thégonnec en Plogonnec (F.), Kergresk en Plougrescant (C.-du-N.), Keronvel en Le Conquet, démembrement ancien de Plougonvélin (F.).

2° En ce qui concerne la paroisse, l’on peut conclure que, le nom du saint patron étant reproduit dans d’autres noms de lieu à l’intérieur de la paroisse, et le territoire tout entier ayant ce saint pour éponyme, tout le groupe social qui habite la paroisse a un seul et unique patron ; comme le nom est parfois reproduit, sous des variantes anciennes à travers la même paroisse, on voit que la constitution de ce groupe social autour du même patron est ancienne. Il s’ensuit que la paroisse territoriale a été constituée de bonne heure avec ses limites, et qu’elle s’est trouvée être dès le début une unité sociale solide puisqu'elle avait le même patron pour elle tout entière. Cette unité sociale se serre autour d'un patron et non autour d’une église, puisque ce patron n’a pas nécessairement son culte à l’église. La paroisse apparaît donc dès l’origine sous la forme d’une communauté de chrétiens habitant la même circonscription, r?tte communauté n'est pas celle qui se groupe autour d’une église nouvellement bâtie, cette communauté semblerait au contraire antérieure à cette église “ ; elle paraît ne pas avoir de centre bien défini, parce qu’en Bretagne à cette époque, il n’y avait pas de bourg et que la population vivait très clairsemée, répartie à travers toute la campagne.

3° En ce qui concerne le saint éponyme de la paroisse. — L’ou sait que les noms en Plou- sont demeurés assez longtemps des expressions composées, avant que de devenir des noms propres ; chaque terme, et le terme plou en particulier, gardait toute sa valeur ”. L'on aurait pu être tenté de croire que le saint éponyme de la paroisse avait été primitivement le saint d’une petite chapelle, comme il en existe tant, et que le village qui s’était constitué autour de cette chapelle plus fréquentée, était devenu le chef-lieu de la circonscription paroissiale ; la circonscription aurait emprunté le nom de

10. Si la paroisse avait emprunté son nom au chef-lieu, on aurait peut-être eu des noms de paroisse en -Wis = église. Il n'y en à pas : Lannilis et Brennilis (F.) ont remplacé des noms en Plou-, ie premier Plouédiner, encore attesté dans les acles, Plebs Denarii de la vita Goeznovei, Ns., p. 33, le second Plouménez, v. mon article sur cette paroisse in Soc. arch. Fin., 1924, p. x et seq.

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