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Cas fréquent pour le nom des paroisses françaises

43. Il faut répéter qu'à l'époque ancienne la population était absolument clairsemée ; le bourg n'existait pour ainsi dire pas. Jusqu'à la Révolution, il n'y avait au bourg que l’église et quelques boutiques, le presbytère parfois était en dehors. La paroisse de Bothoa, actuellement Saint-Nicolas-du-Pélem, avait son presbytère au Pélem, et la toponymie a gardé de nombreux exemples d’un lieu-dit le Presbytère placé souvent à plusieurs centaines de mètres du bourg.

14. Cas fréquent aussi pour le nom des paroisses françaises. 15. Prolégomènes au Cart. de Redon, pp. LXXXIII eb seq.

16. Hist. de Bret., I, p. 281 : « la petite colonie formée par la bande bretonne émigrée… constitue le plou… qui. remplace le clan » ; p. 292 : « les diverses bandes d'émigrés bretons en Armorique forment

d'abord de petites colonies entièrement autonomes, les unes civiles,

les pilou, les autres ecclésiastiques, monastiques, les ann. »

plade d’émigrés qui s’installe sur le continent, sous le commandement d’un chef. L'exemple qui servait de base à tout ce système, est le nom de la paroisse de Ploufragan. La via Winiwaloei raconte qu’un prince breton Fracan passa en Armorique, à la tête d’une petite troupe d’'émigrants ; on reconnut dans le prince, père de saint Guennolé, l’éponyme de Ploufragan ; la plou était sa famille, son clan, tel qu'il l’installa sur le territoire armoricain.

Il eût fallu être sûr que les deux personnages, le roi Fracan et l'éponyme de Ploufragan, pouvaient être identifiés ; il aurait fallu rechercher d’autres exemples semblables ; on ne s’embarrassait pas, l’on concluait sur ce seul exemple, ou sur d’autres moins bons encore”. La légende ainsi créée fut répétée, on la répète encore. Or saint Fragan est un saint probablement tout différent du personnage de la vila Winwaloeiï “, et l'exemple unique ne vaut rien.

Un autre exemple aurait pu être utilisé en faveur de la même thèse ; il est emprunté à la vie latine de saint Téliau, du Liber Landavensis. Quand saint Téliau passe en Armo-

rique, il amène avec lui quosdam suffraganos episcopos suos.

el celerorum ordinum viros, cum utriusque sexus hominibus viris et mulieribus, et quand, plusieurs années après, il rentre dans l’île, il ramène tout ce monde : vocavit ad se familiam suam, hoc est plebem suæ patriæ *. On aurait donc

17. Ainsi, celui de Farthue, laïe qui était donné comme fondateur de Tref-Harthuc (ilss'agit ici d'une tref, mais la théorie est la même), LONGNON, Les noms de lieu de la France, cours publié en 1922, Paris, in-8°, n° 1298, p. 312. — Cet exemple est bien mal choisi ; la charte, sur laquelle il repose (Cart. de Landévennec, x) est fausse (FAWTIER, Mél. d'hist. de Corn., pp. 56-59) ; elle a été fabriquée à une époque bien postérieure à l'établissement des noms de lieu en Tré-, et la forme qu’il faut rétablir est Lan + Teffredeuc, et non Lan-tref-Arthec. Cf. supra chap. II, n. 42. -

18. Ns., pp. 42 et 132. Cf. Men Fracan en Plounéour Tréz (F.) (C.E.-M.). — IMBART DE LA TOUR, /istoire des paroisses rurales, Paris, 1900, in-8°, pp. 115-116, a reproduit la théorie de la plou civile, antérieure à la paroisse religieuse, d'après A. de Courson. — Il y a longtemps que M. J. Loth a montré que l'exemple de Ploufragan ne vaut rien (Rew. celt., XXII, 1901, p. 109).

19. J. Lorn, La vie de saint Téliau, pp. 17 et 21, extrait des Ann. de Bret., IX et X).

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là la bande d'émigrés d'une part, et le nom d’autre part ; malheureusement, cette vie de saint Téliau est de la première moitié du x1n° siècle, bien tard après les émigrations et la création de nos paroisses brelonnes : sa valeur historique est nulle ?.

Cette théorie est, en outre, contraire à ce que nous savons de lhistoire des périodes antérieures à l'organisation des paroisses. Avant que l'Eglise n’eût divisé la campagne en paroisses, la campagne faisait partie intime de la cité, il n’y avait aucune circonscription jocale, aucun groupement social d'aucune $Sorte, ni politique, ni moral, ni économique ; la cité seule existail. En Armorique, la cité gallo-romaine avait disparu avant l'arrivée des Bretons ; la campagne était demeurée chose amorphe ; il fallait attendre que, là comme en Gaule, et comme partout, la décentralisation se produisit, -et FEglise seule allait y procéder en créant les groupements locaux que sont les paroisses.

El cependant l'on s’en va répétant qu’une unité laïque, la plou, aurail précédé la paroisse et que précisément la paroisse aurait épousé la circonscription laïque préexistante. Chaque plou serait devenue une paroisse. L'on ajoute que les plou avaient été constituées laïquement par les émigrés bretons, dès leur arrivée en Armorique chaque plou étant le groupement des familles d'un méme clan transposé sur le sol nouvellement occupé.

Il est impossible d'admettre un tel système

1° Si les plou étaient des organisations laïques antérieures à la constitution des paroisses, toutes les plou n'auraient pas donné nécessairement naissance à des paroisses, et lon trouverait des noms de lieu en Plou-, qui ne seraient pas paroisses. Il y en a très peu, et quand on les examine sérieusement on s'aperçoit que ce sont des paroisses disparues à l’époque historique, ou que ce sont des noms différents

20. Duine, Memento, n° 117, pp. 434, 435. — Il n'y a pas à faire plus élal de ces légendes que du passage de la vice laline de saint Goueznou, selon Jequel Conan Mériadec aurait divisé loute la Brelagne per plebes el tribus (LA BonpeRir, L'Historia Brilonum attribuée à Nennius, Paris 1883, in-8°, p. 92).

en Poul- ou Portz-*. Les mots en Plou- désignent exclusivement des paroisses *.

2° Si les plou étaient des organisations laïques, elles ne porteraient pas le nom d’un saint, mais le nom d’un personnage laïc, ou un nom de site, comme les autres noms de lieu, en Ros-, Bot-, Ker-, Les-, etc.

3° Si la plou était la circonscription territoriale occupée par un clan breton, la topographie des plou nous les repr'ésenterait comme autant de petits domaines ; la plou serait une unité d'exploitation agricole au profit du chef de clan, ou la réunion de plusieurs domaines exploités par les diverses familles du clan. Domaine d'exploitation d’une part, mais aussi unité de défense commune. Le chef-lieu aurait dû se trouver en un point facile à défendre ; les plou se seraient constituées là où il y avait des refuges solides. Nous connaissons en Bretagne, ces deux genres d'unités terriloriales : l’unité d'exploitation agricole est représentée par certaines paroisses modernes, qui ont succédé à des prieurés ou à des monastères : Loguivy-lez-Lannion, Locquénolé, deux enclaves de Dol, sont des exploitations rurales, en pay: fertile, ayant la ferme au centre, le long de la côte, en un lieu où il est facile d’atterrir. L'unité territoriale de défense est représentée par les paroisses seigneuriales, créées très tard, comme Auray, Hennebont, La Roche-Derrien, bâties dans une vallée, autour du château féodal. Nos antiques: paroisses ont un aspect tout différent : ce ne sont ni des

21. Plouénez en Brennilis (Soc. arch. Fin., 1924, p. x), Plonivel en Plobannalec (F.) (Ns., p. 109), sont d'anciennes paroisses disparues ; Plomarc’h en Plouaré, près Douarnenez (F.), était jadis Poriz-marc'h (Rev. celt., XXXIII, 1912, p. 306 et n. 3) ; Ploumanac’h en Perros- Guirec (G.-du-N.) était autrefois Poulmanac'h (vw. supra, chap. IX, n. 2). — Je ne donnerai pas ici la liste de tous les Plou-, Plo-, Plé- qui ne sont pas paroisses. Le reievé que j'en ai fait me permet de dire que bien peu paraissent avoir élé réellement des Plou-, si tant est qu'il en existe.

22. Ajouter à celle constalalion ce qui a été dit plus haut concernant le mot Guic- dans le Léon, mol qui est intimement lié à l'institution de la ploué, ei qui désigne exclusivement le bourg des paroisses anciennes.

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unilés d'exploitation agricole, ni des unités guerrières * ; leur chef-lieu est sans défense militaire : ce sont des territoires qu'un prêtre peut visiter, administrer “ ; divisions purement pacifiques, qui ignorent les questions économiques, navigation, communications et agriculture ; ce sont des divisions pour l’administration spirituelle, des communautés de chrétiens, organisées en dehors de toute question d'intérêt purement humain.

9° Ces fameux clans bretons, qu’on dit s'être installés en Armorique et avoir créé ces unités territoriales qu’on aurait appelées des plou, que sait-on d'eux qui puisse justifier ce système ? Rien ; bien au contraire, tout indique que les historiens les ont créés pour ériger leur théorie *,

23. La présence de plusieurs Plou-gastel, Pléchâtel (avec un Tréaster en Plougastel-Daou'as F., C.E.-M.) ne me contrarie pas. La paroisse a pris son nom, dans ce cas, d'un castellum qui existail sur son territoire, de même qu'on à Plou-magoar (C.-du-N.), Plou-moguer (K.), aui sont peut-être la paroisse de la muraille (= ruines romaines ; v. Ns., p. 106) et une Plou-guer (K.), autour de Carhaix — Plou-Ker- [Ahès], P'ouguer était le territoire paroissial de la ville de Carhaïx, la ville, ses faubourgs et sa campagne immédiate. Acluellement, Plouguer forme une commune séparée de Carhaix ; c’est, je l'ai dit, un vaste anneau qui enserre Carhaix. Pour celle paroisse, aucun doute, la ville, Kaer, existait avant la paroisse Plou ; Carhaix est en effet une vieille ville gallo-romaine. Mais la ville gallo-romaine n'avait pas un territoire lui appartenant ; elle avait autour d'elle la campagne de la civilas ; Ja constilution des paroisses lui a fixé un territoire délimité qui est devenu le sien, ce territoire es sa ploué, et cette ploué a emprunté son nom à la ville, comme les Pléchâtel ont emprunté leur nom à un castellum.

24. À noter qu'aucun Castel ne porle l'éponyme de la paroisse, Je n’en ai relevé qu'un seul, Castel Gonver en Plougonver (C.-du-N.) ; deux autres exemples, Castel-Beuzec, en Beuzec-Cap-Sizun, el Castlel-Spézel en Spézet (F.) (C.£.-M.), ne reproduisent pas l'éponyme, mais le nom de la paroisse. — Les Castel sont anciens au point de vue archéologique (tandis qu'au point de vue philologique, beaucoup de Castel sont des dénominations modernes). Les Les-, Ker-, sont bien plus récents au point de vue archéologique et ils ont parfois l’éponyme de la paroisse, parce que ce sont, eux, des noms anciens.

25. Toute cette théorie des clans paraît un dernier écho des poésies d'Ossian. En réalité, il n'y a aucun indice de clans en Bretagne ; M. J. LorTa l’a fait remarquer dans L’émigration brelonne, pp. 216 et seq., et il conclut ainsi dans son travail sur les Mots latins dans les langues brittoniques, p. 38 : « On n'aperçoit nulle part dans l’organi-

Par aileurs, le clan, la famille, est chose essentiellement mobile, extensible ; les émigrés bretons ont dû, longtemps avant de se fixer, être une population remuante, flottante, et l'on voudrait qu'aussitôt leur arrivée, ils aient délimité le territoire qui constituerait le domaine propre de chaque clan ; rien de semblable ne se passe dans les pays nouvellement occupés par des émigrants. -

Il reste un argument qui prouve que plou a le sens uniquement religieux de paroisse. Plou est la transformation bretonne du mot latin plebs, plebem ; ce n’est donc pas un nom de: lieu, ni le nom d’un domaine, ce qui est la même

sation de leur sociélé [eelle des Bretons en Armorique] l'influence du lien de parenté dont le rôle est capital au x° siècle encore dans le pays de Galles : les Brelons en Armorique paraissent arrivés au régime féodal pur. La constitution du clan avait élé sans douie fort alleinte. sinon complètement brisée, par Je fait même de l'immigration, et les hasards de l'établissement en pays étranger. Enfin, eul-elle élé en vigueur, que les chartes ne nous apprendraient pas grand'chose sur ce sujet. » Quant aux machtiern qu'on veut nous représenter comme les chefs civils des clans, je réponds que les machtiern, autour desquels nos archéologues romantiques ont fait beaucoup de bruit, n’ont pas le caractère de maîlres civils d’une plou, ils ne sont pas le princeps plebis Ulius, mais machtiern in pibte ila (deux seuls ex., Cart. Redon. CxxvI en 8958, p. 95, lloïarscoit princeps plebis Auizsac, et GLXXVIIT en 832-839, p. 137. Ul ipse Juab sotvat quidquid debet princeps üUlius plebis ex supradictis virgatis habere). Souvent ils sont simplement machtiern sans que le terriloire où ils exercent leur autorité soit indiqué. Le pouvoir du machliern ne semble nullement correspondre au lerriloire d'une paroisse, et le machtiern n'a aueun droit sur la paroisse proprement dite : v. PLANIOL, in Ann. de Bret., IX, 1894, pp. 228 et seq.). Cf. Cart. Redon, ch. v, Ermor episcopus, machtiern in Poutrecoet\; Jarnhilin, machtiern, a eu deux fils, Portitoe et Guorvili, duo machtiern, pour Ruffiac, 1x, x, Pleucadeuc, xt, GGLV, et Carenloir, XVI; dans les ch. GLv, GLVI, ils sont encore indiqués à deux: toules ces charles sont datées de 830-850. Ce mol machtiern = liranus, liarn, comes, princeps, me paraît désigner un seigneur Deurhoiarn est machtiern, XXIV, GLXXV, il est comes, exG. Riuualt est machliern, GXVI, liarnus, EXXVIN, GGxIX. Iarnhitin est princeps, GELI : dans néuf autres char'es il est macAltiern, dans la ch. GCLvI il est lirannus, et dans la eh. GüLxvIr il est machtiern et tirannus. — Le pouvoir des machfiern à pu emprunler les limiles que l'Eglise avait dessinées pour diviser 11 c&mpagne, autrement dit le pouvoir temporel a pu épouser les divisions ecclésiastiques, mais il ne pouvait pas créer ces communautés d'habilants que sont les paroisses. Une seigneurie n'es pas une paroisse!

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