GÉNÉRALITÉS
Pour étudier l’origine des paroisses en Bretagne, il faut partir d’un principe absolument opposé à celui qui doit diriger l’étude de la question pour la France. En France, l’église primitive est au siège de la civilas ; l’église baptismale est là où est l’évêque, seul prêtre qui détienne la plénitude des pouvoirs sacerdotaux ; le territoire placé sous l’autorité de ce prêtre et dans la dépendance de celte église, est l’ensemble de la civitas, qui au point de vue religieux s'appelle la parochia” ; il n’y à qu’un culte par civilas, el ce culte s'exerce dans un temple, qui a été consacré pour l’ensemble de la civilas et qui se trouve au chef-lieu. La campagne demeure abandonnée, d’abord parce qu'elle n’a été convertie que très tard, et que c’est dans les grandes villes que le christianisme a commencé, ensuite et surtout parce que la campagne n’a aucune vie locale ; c’est un
1. L'emploi de ce mot est curieux ; la paroisse, c'est la cité. Grégoire de Tours réserve toujours ce mot pour désigner l'évêché ; les paroisses rurales sont désignées sous le nom de diæcesis ou plebs.
désert, avec quelques fundi, des villæ, des vici*, mais sans aucun groupement social qui puisse célébrer un culte en commun. La seule unité qui existe, c’est la civilas, et c’est la seule unité qui ait ses prêtres et un culte.
Plus tard, les évêques établirent des succursales de leur église dans la campagne et déléguèrent à des prêtres une partie de leur pouvoir. Grégoire de Tours montre des évêques de Tours créant successivemeñt quelques paroisses dans les agglomérations importantes de ce diocèse ; les prêtres de ces paroisses rurales étaient nommés et délégués par l’évêque lui-même”. Autrement dit, en France, la paroisse primitive est la civilas ; plus tard, l’évêque crée des succursales, des églises rurales, qui restent sous son pouvoir, par l’intermédiaire d’un desservant envoyé par lui.
Dans l’Armorique bretonne, la situation est absolument différente : la civitas gallo-romaine a sombré, elle n’est plus une unité politique, et s’il a existé un évêque gallo-roïnain au chef-lieu de cette civitas, il a, lui aussi, disparu avec l’organisation gallo-romaine. Ce n’est donc pas l’évêque qui
2. FUSTEL DE COULANGES, /nstitutions politiques de l’ancienne France, La Monarchie franque, Paris, 1905, in-8°, p. 184 : « Le territoire de chaque cité comprenait un nombre indéterminé de cantons ou pagi et de villages vici. Ces cantons ou ces villages, tout en ayant des chefs locaux, ne formaient pas des circonscriptions indépendantes, au regard du pouvoir central ; ils étaient partie intégrante de la cité. L'union de la ville et de la campagne en une même cité était l'un des traits essentiels du système romain. »
3. FUSTEL DE COULANGES, 0p. Cit., p. 517. IMBART DE LA TOUR, 02. cit,
pp. 4 et Seqi, p. 29 et seq. — C'est ce qui s'est passé dans la partie demeurée gallo-romaine de l'Armorique, évêchés de Rennes, Nantes, Saint-Malo et Vannes par parties — L'abbé DuInE (Catalogue,
p. 45) avait cru retrouver des (races de l'évangélisation pré-bretonne en Armorique, dans les églises dédiées à saint Martin; je crains que les Bretons n'aient honoré eux aussi ce grand saint, ou que ce saint ait remplacé un autre saint brelon; il peut y avoir eu des substitulions ; par ailleurs, le culle peut ne pas être ancien : Saint-Martin-des- Champs, près Morlaix (F.) est un ancien prieuré de Marmoutiers, Saint-Martin de Josselin (M.), aussi (Ros.), Saint-Martin de Vannes relevait, à son tour, de Josselin ; cf. à Locronan (F.), les Bénédictins avaient mis l'église sous le vocable de saint Benoît (Tomas, Saint Ronan et la Troménie, Quimper, 1887, in-8°, p. 30). Saint-Martin-des- Prés (G.-du-N.) me semble aussi l'œuvre des Bénédictins : dans cette paroisse, il y a une chapelle de aint-Benoiît (Rép. arch. C.-du-N., p. 499).