‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 148 sur 188 · CHAPITRE XI. — LA CONSTITUTION DES PAROISSES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — LA CONSTITUTION DES PAROISSES

pourra fonder les paroisses, en créant des églises dans la campagne el en y envoyant un desservant, ce sont les prêtres bretons, qui, libres, indépendants, ne connaissant aucune autorité épiscopale au siège de la civitas parce qu’il n'y en avait pas, ou l'ignorant, si il y en avait une‘, ont de leur propre initiative, au mieux des intérêts de la religion, groupé leurs compatriotes en petites communautés religieuses indépendantes.

Les cités gallo-romaines avaient disparu ; ce qui en pouvait subsister fut définitivement englouti par les Brelons,. On sait qu'il existait un évêque gallu-romain pour la civilas des Venètes, à Vannes ; cet évêque, et les grands propriétaires fonciers, avaient, comme les Gallo-Romaïns, élabli probablement quelques églises rurales ; les paroisses, dont les noms en -é, ou en -ac, indiquent des fundi galloromains, auraient été créées de cette façon ; mais le plus grand nombre-des paroisses de cet évêché a été constitué par les Bretons, ce sont des Plou- ; les prêtres bretons ont agi sur le territoire de ce diocèse, qui avait gardé son évêque, comme 1ls ont agi dans le reste de l’Armorique, sans se soucier de cet évêque.

Nous savons qu'ils se montraient indépendants, et que leur façon de faire déplaisait profondément aux évêques gallo-romains ; l’évêque métropolitain de Tours, Licinius, et deux de ses comprovinciaux, Melanius de Rennes (saint Melaine) et Eustochius d'Angers, envoyèrent vers 515-520, une lettre comminatoire à deux prêtres bretons, Louocat et Catihern, qui circulaient chez leurs compatriotes, allant de cabanes en cabanes, munis d’autels portatifs sur lesquels

4. Cf. DUINE, La métropole de Bretagne, Paris, 1906, in-8°, p. 183

« Dans une péninsule peuplée d'émigrés qui n'ont aucun goût pour une organisation ecclésiastique étrangère, ou même hostile. », — Il se peut qu'il ait existé un évêché gallo-romain pour la civitas Osismiorum à Vorganium (Carhaix), et un autre pour les Curiosolitæ à Alet (F. Lor, Mél. d’'hist. bret: pp. 200-206 ; Le roi Hoël de Kérahès, in Romania, XXIX, 1900, pp. 387-399). M. Lot a expliqué que Carhaix a perdu son importance très tôt, dès que le réseau de routes a cessé d’être entretenu ; par ailleurs, ces deux évêchés, moins riches que celui de Vannes, et complètement envahis par les Bretons, ont dû certainement disparaître dès l’arrivée des insulaires, si tant est qu'ils aient existé.

ils célébraient les saints mystères® ; on les considérait comme de véritables vagabonds ; ils n’avaient pas besoin qu'une église fût consacrée, que l’évêque leur déléguât des pouvoirs, puisqu'ils avaient avec eux un autel portatif. Le métropolitain de Tours ne put rien contre eux ; la Gaule ne commandait plus en Bretagne. Les missionnaires bretons étaient passés sur le continent pour venir au secours de leurs compatriotes ; il y avait là tout un monde étranger qui restait intimement lié à la mère-patrie, avec laquelle les relations étaient continuelles, et qui ne voulait en aucune facon connaîre les autorités gallo-romaines.

Les prêtres qui venaient de l'île de Bretagne trouvaient en Armorique un terrain vierge, une population absolument flottante, qui n’était qu’à peine installée et n’avait encore aucune organisation. Aucune autorité locale antérieure ne s’est imposée à eux ; ils ont agi en toute indépendance, fondant des paroisses là où cela leur semblait nécessaire, sans attendre que l’évêque y établisse une église rurale et ne les délègue pour l'exercice du culte en ce lieu. La situation est donc toute différente de celle de la Gaule, où les églises rurales sont des succursales de l’église baptismale primitive établie au chef-lieu de la civitas. En Armorique, il n’y a pas d'églises rurales filiales de l’église urbaine, les églises sont toutes des églises rurales, indépendantes, contemporaines *.

5. Cette lettre a une importance considérable ; elle a été découverte par Mgr Duchesne, qui l’a publiée d'abord dans la Revue de Bret. et Vendée, janvier 1885, p. 5, puis dans les Fastes épiscopaur, Il, Paris, 1900, pp. 252-253. L'on trouvera aussi le texte et des commentaires dans LA BORDERIE, Hist. de Bret., I, p. 370, II, p. 527. Je prends la date donnée par DUINE, Memento, p. 57, n° 13. — Ni Louocat ni Catihern ve sont attestés comme noms de saints, ce qui est bien regrettable : je signale toutefois un lieu-dit Lavocat, écart commune d'Allaire (M.), dans l'évêché de Vannes (Ros. ; la C.E.-M. indique un moulin à vent et un moulin à eau L’Avocat) ; si l’on était sûr des formes anciennes, ce nom de lieu pourrait rappeler notre Louocat, d'autant plus qu'Allaire est sur les bords de la Vilaine, dans des régions où les Gallo-Romains étaient demeurés organisés ; les évêques gallo-romains pouvaient donc être au courant des agissements de ce REPARER. et pouvaient avoir à se plaindre de lui.

6. Cf. Dom Goucaun : La question des abbayes-évêchés breronnes, in Revue Mablllon, XT, 1922, pp. 90-104, p. 99 : « Il ne faut pas se représenter ces moines bretons comme de purs contemplatifs : ils eurent à organiser ecclésiastiquement cette nouvelle chrétienté : 5; Üs

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