LE ROLE DES MOINES
L'on s'entend partout à donner une grosse importance au monachisme dans les débuts du christianisme dans l’'Armorique bretonne’. Certes, les prêtres qui nous venaient de l’île étaient des moines. L'Eglise celtique ignorait le clergé séculier*, mais ces moines étaient souvent peu attachés à leur monastère”, ils voyageaient beaucoup, partaient dans la solitude ; quand ils devenaient des missionnaires, ils n'étaient plus des moines, puisqu'ils ne vivaient plus en communauté et qu’ils n'étaient plus soumis à l'autorité de leur abbé ; ils ont agi isolément, c’est là un des caractères nettement accusés que démontre péremptoirement l’histoire de nos saints bretons. Ils sont tous des isolés, ils n'appartiennent à aucun groupement”. La création des paroisses, qui est leur œuvre, n’est donc pas d’origine monastique * ; les moines, missionnaires isolés, ont créé des paroisses, ils
eurent à assurer le nrinisière pastoral parmi les émigrants. Le culte. la prédication, l'administration des sacrements constituèrent leur principale occupation. Tout était à créer, à organiser dans la région qui s'étend du Couesnon à l'embouchure de l'Elorn, à laquelle les émigrants donnèrent le nom de Domnonée, vocable importé d'outre-mer. Des neuf cités énumérées dans la Notice des Gaules (début du v° siècle), celle des Redones (Rennes) et celle des Veneti (Vannes) étaient pourvus d'évêchés avant l'arrivée des Bretons ; mais, si les autres cités armoricaines eurent aussi des évêques avant le vi* siècle, on n’en voit plus trace à cette époque. C'était done un terrain vierge de toute organisation ecclésiastique, ou à peu près, que trouvèrent en Domnonée, les moines missionnaires de l’émigration bretonne. »
7. IMBART DE LA Tour, Les paroisses rurales du IV° ou IX° siècle. p. 23, « à l'époque carolingienne, dans l’'Armorique bretonne, la paroisse se substitue au monastère primitif ». Cf. Dune, Le schisme breton, p. 432, n.
8. Le clergé séculier était quasi inexistant ; cf. DoM GouGauD, Les chrétientés celliques, pp. 66-67 et 124.