CHAPITRE XI. — LA CONSTITUTION DES PAROISSES ell
de paroisse soient toujours assez en arrière de la côte. Il semble que dans tous ces exemples, la paroisse, au lieu d'emprunter son nom au saint patron, l'ait emprunté à la présence d’une chose remarquable située sur le territoire :; nous avons des Plou-Castel, des Plou-Magoar, un Plou-guer, ce n’est ni le château, ni la muraille, ni la ville, qui ont constitué la paroisse, non plus que dans Plo-bannalec, la gênetaie n’est l’origine de la paroisse. Les Plou-Lan ne permettent pas de dire que ce soit le monastère qui ait fondé les paroisses primitives, c'est la paroisse qui à emprunté son nom à la présence d’un monastère important sur son territoire “. Plus tard, des établissements monastiques en Lan-, Lok-, sont devenus des paroisses, mais ces paroisses, dont l'étendue et la configuration sont bien différentes, se reconnaissent facilement, il n’en est pas question ici.
L'abbé Duine, à cause de sa conception de l'origine des enclaves doloises et de l’abbaye-évêché de Dol, a donné à nos paroisses bretonnes une origine monastique d’un genre tout spécial :
« Dans une péninsule peuplée d'émigrés qui n’ont aucun goût pour une organisation ecclésiastique élrangère, ou même hostile, le couvent épiscopal [l’évêché-abbaye de Dol] envoie des moines missionnaires parmi les groupes bretons, dont il peut assurer le service religieux. Ainsi n’y eut-il pas d'abord un évêché de Dol, c'est-à-dire une division territoriale se moulant dans la forme de quelque civitas, mais il y eut une maison épiscopale qui fut un centre d'activité religieuse et qui répandit l'autorité de son fondateur à travers la Bretagne. » (La Métropole de Bretagne, pp. 183-184.)
Autrement dit, l’organisation de la vie religieuse et des paroisses en Bretagne serait, en partie, due aux monastères qui auraient député, là où besoin était, des missionnaires ; ces missionnaires auraient créé des paroisses, parmi lesquelles les enclaves doloises seraient celles fondées par les moines envoyés de Dol. Ce système ne correspond pas à la réalité : d’abord les monastères qui sont devenus des enclaves doloises n’ont pas été fondés par des moines dolois. On a vu plus haut qu'aucune enclave ne porte le nom d’un
13. A noter que l’on n’a pas de Plou-Miné ni de Plou-Manach (Ploumanac'h en Perros-Guirec n'a jamais été une paroisse, el c’est un ancien Poul-Manac’h, je l'ai déjà dit plus haut, chap. IX, n. 2).
saint de Dol, el qu'aucune n’est une paroisse ancienne “ ; ce sont des couvents rattachés après coup à Dol. Ensuite, les moines armoricains n’ont jamais été assez nombreux, surtout à l’origine, pour que les abbayes aient pu envoyer de tous côtés des missionnaires.
L'on peut donc conclure que les paroisses primitives, les Plou-, ne doivent pas leur origine à une organisation monastique “. Elles ont été, dès le principe, des paroisses libres, indépendantes, une série de petites républiques autonomes, qui, fort longtemps, ont dû ignorer toute autorité
supérieure.