‹ Les Saints et l'Organisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonneChapitre 162 sur 188 · CHAPITRE XI. — LA CONSTITUTION DES PAROISSES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — LA CONSTITUTION DES PAROISSES

Il à fallu attendre le début du xix° siècle pour modifier le système qui existait depuis le xrr° siècle ; le régime concordataire à apporté en Bretagne une législation étrangère qui ignorait les trêves ; chaque commune est devenue une : paroisse avec un curé ; quelques communes trop petites ont eu le rang de succursales. L’antique circonscription paroissiale bretonne était rompue.

La première période paraît avoir été assez courte. Toutes les paroisses primitives semblent être sensiblement de la même époque. De fait, en Armorique, où la population était clairsemée, où il n'y avait aucune agglomération, l’on comprend que la création des paroisses ait été entreprise à peu près partout vers la même époque. La population était chrétienne ; il n’y avait pas à la convertir ; l’organisation ecclésiastique ne pouvait commencer par les centres, se propager et se terminer par la campagne, puisqu'il n’y avait pas de centres. Dans l’intérieur du pays, les paroïsses étaient plus grandes parce que la population était moins dense et qu'il restait peut-être des Gallo-Romains païens, mais toute cette organisation paraît avoir été entreprise d’une façon simultanée * et devait être terminée vers le milieu du ix° siècle, au plus tard. C’est à peine si les Plou-névez peuvent dépasser cette date.

Cette première période n’est pas séparée de la suivante par une solution de continuité. Bien au contraire, la première période se poursuit dans la seconde ; la première étant marquée plutôt par le phénomène toponymique de la présence de noms en Plou-. À quelle époque se clôt la seconde période ? On a vu qu’à l’époque de saint Yves, Trédrez et

32. Eu Gaule, au contraire, la création des paroisses rurales a été une œuvre lente, opérée à la longue, à mesure que l’on convertissail les campagnes et que la population rurale se groupait en villages. La paroisse rurale française est constituée là où il y a une agglomération ; ce n’est pas un territoire occupé par des habitants dispersés, c'est un village qu’on dote d'une église. De plus, en France, on ignorait la trêve, ce qui à obligé à créer continuellement des paroisses. De par son origine et de par le fait qu'on a sans cesse morcelé la paroisse en France, il résulte qu'elle n’a jamais été une unité aussi forte qu’en Bretagne. De nos jours encore, la paroisse bretonne, grâce à certains usages, s'affirme très puissante, alors qu'en France, elle est tombér à presque rien.

Tréduder étaient déjà des paroisses, elles ont leur recteur , la création de paroisses nouvelles était certainement arrêtée. La paroisse était définitivement organisée comme juridiction religieuse, et en même temps comme titre dans la hiérarchie ecclésiastique. Elle était devenue une chose immuable, intangible ; on n'aurait pas osé y toucher ; les recteurs défendent jalousement leurs droits, imposent aux trêves l'observation très stricte des usages qui affirment leur dépendance et, plus tard, le généra] deë paroisses saura faire de même, en forçant les trêviens à participer à certaines dépenses de l’église mère auxquelles ils restaient tenus de contribuer.

Le pouvoir épiscopal n’a nullement aidé l'élaboration des règles qui ont consacré la force intangible de la paroisse. Les évêchés diocésains ont été constitués beaucoup plus tard ; l'Eglise celtique primitive n’en possédait pas * et il ne pouvait pas s’en constituer de si tôt dans l’Armorique bretonne ; toutes les paroisses avaient la même origine, aucune ne pouvait invoquer une antiquité plus grande qui eût pu justifier des ambitions ; par ailleurs la population était demeurée très clairsemée, aucune agglomération ne s'était formée, et il n'existait pas de paroisse assez importante pour prendre une suprématie quelconque, qui, jointe au caractère épiscopal dont aurait joui son prêtre, aurait pu devenir un évêché ; au surplus, le grand nombre d’évêques sans siège, qui vivaient à travers le pays, diminuait la valeur

33. L'île de Bretagne a pu, pendant la période de civilisation galloromaine, avoir des évêchés au chef-lieu de la civitas, mais on n’en voit aucune trace en Galles ni en Cornwall. En Irlande, les circonscriptions épiscopales restèrent vagues jusqu'au xrr° siècle, et les sièges épiscopaux n'élaient pas fixes (Dom GouGaup, Les chrétientés celtiques, pp. 217 et 360, La question des abbayes-évêchés, art. cité, p. 93) ; et précisément ce furent les moines irlandais qui, sur le continent, luttèrent le plus pour l'indépendance de leurs monastères, vis-à-vis du pouvoir diocésain (Chrétientés celtiques, pp. 219-220). Tous les documents armoricains ignorent longtemps les diocèses de Domnonée ; les vies de saint Samson, saint Paul, saint Guennolé, sont dans ce cas ; la vwifa Melorii ne connaît que le Broérec (le Vannetais), la Cornouaille et la Domnonée ; la 1° vita Tuduali elle-même ignore le Léon ; le Tréguier n'est pour elle qu'un tout petit pays correspondant à ce que sera plus tard l'archidiaconé de Tréguier ; Tudual traverse toute la Domnonée

depuis le Bas-Léon jusqu'en Normandie, et partout il acquiert des paroisses.

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