CHAPITRE II, — LA CHRONOLOGIE DES NOMS DE LIEU
à une (ref, lui serait postérieure ; les deux exemples sont bien connus, ce sont Landrévarzec et Landrémel en Lothey (F.), que le cartulaire de Landévennec écrit sous les formes Lan-tref-Harzuc et Lan-tref-Maël. Le premier exemple est faux ; la graphie du cartulaire est fantaisiste, léponyme est saint Teffredeuc ; le second exemple n’est pas certain, on connaît en effet un saint Trémel* ; quoiqu'il en soit, d’ailleurs, de ces deux exemples, ils révèleraient, tout au plus, que des Lan- auraient emprunté leur nom à des Tré-, et des Tré- à des Lan-, la période pendant laquelle les noms en Plou-, Lan-, Tré- ont été constitués, est assez longue pour avoir permis ces emprunts de part et d’autre.
D'autre part on trouve de nombreux Plou-Lan : Poullan (F.), dans le Cap-Sizun, jadis Ploëlan, Guiclan (F.), bourg cheflieu d’une paroisse dont le nom breton et ancien est Ploulan ; Plélan-le-Petit (CG.-du-N.) et Plélan-le-Grand (1.-et-V.), enfin Plou-Lantréguer, ancien nom du territoire paroissial dont le chef-lieu était Tréguier, appelé en breton Lantréguer *. Ces Plou-lan sont « la paroisse du monastère », il ne peut y avoir aucun doute à cet égard, le terme qui suit plou est son déterminatif. Ces plou, nom et chose, auraient donc été constitués postérieurement aux lan ; il ne faut pas conclure trop hâtivement ; les conclusions que l'on est en droit de
42. Sur Teffrédeuc; v. OHEIx, in Soc. arch. Fin., 1912, pp. 22-238 ; DUINÉ, Brév. et missels, p. 10 ; Ns., p. 72 et 116. Le nom est attesté par celui de Yves de Kerzefredeuc en 1371 (B.C.D., 1912; p. 252). — Saint Trémel est attesté par un lieu-dit Saint-Trémel (C.E.-M.) en Lantic (C.-du-N.). — Les NS; p. 72, citent un Landrévrézec en Lennon Plounézevel pour lequel il serait intéressant d’avoir les formes anciennes ; éf: B.C:D, 1924, p. 266, n. 2 ; Ja CiE.-M. donne Landrévoazec;, près d'une chapelle dédiée à saint Idunet, en Plounévézel (F.). — Les Tref-Län sont rares : Trélan en Pléchâtel et en la Noé- Blanché (I.-et-V.) (C.E.-M.), en Beignon, Missiriac et Saint-Martin (M. (Roë&:) ; Quilgars en cite cinq dans la Loire-Inférieure ; par conséquent,
tous ceux que j'ai relevés sont en zone française. — Quant à Lan- Trévengär (Ros.), en Bubrv (M.), c'est très certainement la lande de Trévengar. ;
43. Plou-Lantréguer esh le seul cas, où la Lan- a gardé son nom complet après Plou- ; pour les autres Plou-lan nous ignorons quel était l’éponyme de la lan (si Lan Tréguier a gardé son nom c'est parce que le chef-lieu de la plou avait une importance considérable). Piou-guer (F:), territoire paroissial de Quer-Ahès —= Carhaix, ne reproduit pas l'éponyme de la ville. De même, l'éponyme des Plou-meur, Lan:-meur, est tombé. !
tirer de ces constatations, intéressent plus la philologie que l'histoire, et, au surplus, cinq éxemples .ne suffisent pas pour décider ; ces noms ‘peuvent très bien ne pas être le nom primitif, l’on sait en effet qu’il est arrivé parfois à nos paroisses de changer de nom “ et, par conséquent, l’on n’est pas autorisé à décider que les Plou- soient postérieurs aux Lañ-.
Ce qu'il faut dire, c’est que si ces trois termes Plou-, Lan, Tré- sont contemporains, les noms de lieu dans lesquels ils sont entrés ne sont pas devenus tous à la même époque des noms de lieu définitivement fixés en noms propres. Les noms composés en Tré- se sont fixés les premiers ; le terme tré a, de bonne heure, perdu son sens et dans la langue parlée et dans ces noms géographiques. De fait, il n'existe presque pas de Tré-névez, la treb neuve, en zone bretonnante ; on en rencontre quelques-uns dans le Vannetais et en zone française, deux régions où les noms de lieu en Tré- sont très fréquents ® ; il n’existe pas non plus de Tré-goz, la vieille treb*. Ces faits indiquent que l’on a cessé très tôt de constituer des noms en Tré-, et que ceux qui existaient ont perdu aussi très tôt leur signification : l’on ne connaissait plus les éléments qui constituaient ces noms ; ce n’était plus que des noms propres acceptés comme tels *.
44. Plouediner, vaste paroisse du Finistère, a perdu son nom dans des circonstances inconnues : c’est actuellement Lannilis ; mais on trouve Lanna en 1335, 1344, et encore Plebe Dyner en 1374 (B.C.D. 1912, pp. 62, 90 et 307). -
45. Trénéhué en Treffléan, Trénévé en Plaudren, Trénéué en Arzal (M.) (Ros.) ; Trénévez, 1480, devenu Trénévé en Guérande ; Trénévez, 1572, devenu Trénévé en Piriac (L.-I.) (QUILGARS). — Cf. le Trebnouid du Cart. de Redon, en 863, en Ruffiac (M). canton de Mèestroit, à 25 kilomètres en dehors de la’ limite actuelle du breton.
46. Je n'ai relevé qu'un Trégos en Mesquer (L.-L), dans l'ilot bretonnañt de Guérande (QuILGARS). 2
47. 11] me sermblerait que dans le Vannetais, on ait continué à constituer des noms de lieu en Tré-, plus tard que dans le reste de la Bretagne. — Il ne faut pas confondre les noms de lieu en Tré-, qui sont anciens et dont je m'occupe ici, et les noms de fréries en Treff, divisions de paroisses, créées beaucoup plus tard (v. supra, même chap. n. 23, Tref-Christ, près Lochrist en Inguiniel (M.) ; ces noms de fréries ne sont pas encore flxés comme noms géographiques ; les actes ont, longtemps encore, divisé lé nom en ses deux éléments, et Treff dans le sens de frérie est demeuré d'un emploi courant dans la langue. — L'ancien nom de Saint-Marc (F.), Trénévez, signifie la Trêve-Neuve, trêve érigée assez tard, à l'intérieur de la paroisse de Lambézellec.