PREFACE. XV
et à rencontre des exigences littéraires qui en découlaient, il était malheureusement advenu que les traductions de l'Évangile s'étaient immobilisées dans une forme d'aspect bizarre et singulier qui leur enlevait, pour la généralité des lecteurs, tout mouvement, toute couleur, toute vie.
Par un respect extrême de la lettre des textes saints, respect légitime et sacré dans son principe, mais que nous croyons mal entendu dans son application, les divers traducteurs qui se sont succédé semblent avoir en effet considéré comme un devoir de ne tenir aucun compte de l'idiome dans lequel on devait les lire. Ils se sont invariablement appliqués à décalquer avec la plus scrupuleuse minutie la tournure des phrases, la disposition des mots, c'est-à-dire la matérialité extérieure des écrits qu'ils avaient à traduire. C'était, avec des consonances françaises, parler grec, latin ou hébreu dans notre pays.
Quelle que fût la vaste science ou le talent des auteurs, il devait forcément résulter de cette méthode (qui provenait, elle aussi, de l'école de la crainte) des traductions en style barbare. Qui ne le connaît, hélas! et qui ne l'a déploré, ce style laborieux, contourné, sur-