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La Galilée supérieure où régnait le tétrarque Philippe

de Nazareth et alla demeurer à Capharnaûm. Capharnaûm est une cité maritime, située sur les confins de Zabulon et de Nephtali.

Ainsi fut accomplie la prédiction qu'avait formulée en ces termes le Prophète Isaïe : « Terre de « Zabulon et terre de Nephtali ! Voie de la mer « au delà du Jourdain ! Galilée des Gentils ! Le « Peuple qui était assis dans les ténèbres verra « €rande Lumière.... Et c'est au milieu de ceux « qui habitent ces ombres de la mort que la Lu- « mière se lèvera. »

A partir de cette époque, Jésus commença à parler en public et à dire : « Convertissez-vous ! le Royaume des Cieux est proche. »

Se promenant un jour sur les bords du lac de Galilée, Jésus aperçut deux frères : Simon (celui qu'aujourd'hui Ton nomme Pierre), et André sont frère. Tous deux, pêcheurs de profession, étaient en train de jeter le filet.

— Venez à ma suite, leur dit-il : et je vous fera, pêcheurs d'hommes.

A ces mots, ils abandonnent en hâte leurs filets et le suivent.

En continuant son chemin, il voit, dans une barque, deux autres frères, — Jacques de Zébédée

et Jean, — occupés Tun et Tautre, en compagnie de Zébédée leur père, à racconunoder les filets. Il les appelle.

Tout aussitôt Jacques et Jean, laissant là leurs iiletset leur père, se mettent également à le suivre.

Jésus parcourut tout le pays des Galiléens , enseignant dans leurs synagogues S prêchant la Bonne Nouvelle du Royaume, et guérissant, parmi le peuple, toute maladie et toute infirmité. De sorte que sa renommée s'étendit dans la Syrie entière.

1. Comme nous aurons souvent à parler des Synagogues, il est opportun de dire ici ce qu'étaient ces édifices publics^ dans lesquels les Juifs se réunissaient pour prier et pour lire les Écritures. Les exercices gui s'y faisaient n'étaient pas exclusivement confiés aux prêtres et aux lévites. Tous les Israélites, sans distinction, étaient admis à lire, et même à expliquer les Écritures, pourvu qu'ils parussent y avoir de l'aptitude. C'est ainsi que Notre-Seigneur Jésus- Christ, quoiqu'il ne fût pas de la tribu de Lévi, enseigna très souvent dans les Synagogues. La Synagogue était comme une maison de prière, un oratoire, où les Juifs s'assemblaient surtout le jour du Sabbat: les uns, à titre d'auditeurs, pour s'instruire de la religion de leurs pères j les autres, maîtres, docteurs, orateurs spontanés, pour enseigner publiquement la philosophie dans leur pays.

« Le septième jour, dit Philon dans le livre de Septenario, on voit s'ouvrir dans toute la ville des écoles innombrables de prudence, de tempérancç, de courage, de justice et des autres vertus. Ceux qui viennent dans ces écoles, assis modestement, tranquillement et pacifiquement, écoutent avec une ardente attention, comme s'ils étaient brûlants de la soif des plus suaves discours. Bientôt un des plus habiles se lève (l'auteur ne dit pas un prêtre ni un lévite), et raconte les choses les plus merveilleuses, les plus utiles pour la direction du cours de toute la vie. » (Le Père Lamy.)

On apportait devant lui tous ceux qui étaient atteints d'un mal quelconque : et ceux qui dépérissaient de langueur, et ceux qui souffraient de douleurs aiguës, et les possédés, et les épileptiques, et les paralysés. A tous il rendait la santé.

Accourant de la Galilée et de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, dé Tautre rive du Jourdain, des multitudes s'attachèrent alors à ses pas.

Ayant arrêté son regard sur la foule, il gravit la pente de la Montagne. Et puis, s'étant assis, avec ses Disciples auprès de Lui, il ouvrit la bouche pour instruire ces peuples et leur parla ainsi :

« Bienheureux ceux qui ont Tesprit de pauvreté* : car c'est à eux qu'appartient le Royaume des CieuxM

1. Être pauvre en esprit, c'est considérer tout ici-bas comme appartenant à Dieu seul et ne se regarder que comme l'usufruitier de ces choses, dont Pusage doit être uniquement réglé par la volonté du divin Maître. On peut citer comme un modèle de la pauvreté en esprit, le roi saint Louis dans une giande richesse. (Marcellin Arnauld.)

1. Le Royaume des Cieux est le nom que les contemporains de Jésus donnaient à Tëre du Messie. Dans le langage rabbinique, le

Bienheureux les doux! — car ce sont ceux-là qui auront la Terre en héritage.

Bienheureux ceux qui pleurent ! — car ce sont ceux-là qui seront consolés.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice! — car ce sont ceux-là qui seront rassasiés.

Bienheureux les miséricordieux! — car ce sont ceux-là qui obtiendront miséricorde.

Bienheureux ceux qui ont le cœur pur ! — car ce sont ceux-là qui verront Dieu.

Bienheureux les pacifiques! — car ce sont ceuxlà qui seront les Enfants mêmes de Dieu*.

Bienheureux ceux qui, pour la justice, supportent persécution ! — car c'est à ceux-là qu'appartient le Royaume des Cieux ....

Bienheureux vous serez, lorsque les hommes vous auront maudits et persécutés, lorsqu'ils auront mensongèrement dit contre vous toute sorte de mal, à cause de Moi. Réjouissez-vous alors et tressaillez d'allégresse! parce que, dans les Cieux, votre récompense sera grande.... C'est ainsi, d'ailleurs,

mot c ciel » remplace fréquemment celui de < Dieu ». Aussi, tandis que saint Matthieu, écrivant pour les Juifs, emploie cette expression qui leur est familière : « le Royaume des Cieux 9, saint Luc, lui, donne de préférence une forme plus claire pour les Gentils : c le Royaume de Dieu. » (L'abbé Fouard.)

1. « Soyons vraiment pacifiques I dit Bossuet : ayons toujours des paroles de réconciliation et de paix pour adoucir Tamertume que nos frères témoigneront contre nous ou contre les autres, cherchant à adoucir les mauvais rapports, à prévenir les inimitiés, les froideurs, les indifférences, enfin à réconcilier ceux qui seront divisés. C'est faire l'œuvre de Dieu et se montrer ses enfants, en imitant sa bonté. »

qu'ils ont persécuté les Prophètes qui vous ont précédés *. »

« Vous êtes le sel de la terre.... Si le sel s'affadit, avec quoi lui rendra-t-on sa saveur? Il n'est plus bon à rien, sinon à être jeté dehors, et foulé aux pieds des passants.

Vous êtes la lumière du monde. La ville que Ton édifie sur le sommet d'un mont ne peut être cachée ; et Ton n'allume point la lampe pour la mettre sous un boisseau, mais bien pour la placer sur le candélabre, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison.... Que votre lumière éclaire donc ainsi ! et qu'elle brille de telle sorte devant les hommes, qu'à la vue de vos œuvres, ils glorifient votre Père, Celui qui est dans les Cieux! »

« Gardez-vous bien de penser que je sois venu détruire la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu détruire, mais accomplir et compléter. Plutôt

1. Le Royaume des Cieux est également promis aux huit béatitudeS; mais à chacune sous un nom différent en rapport avec elle: — pour les pauvres, c'est un royaume; pour les doux, souvent dépossédés ici-bas, c'est une terre d'un prix InÛni ; pour ceux qui pleurent, c'est une ineffable consolation; pour les affamés de justice, c'est un éternel rassasiement; pour les cœurs purs, c'est la vision de Dieu; pour les paciflques, c'est le titre d'enfant de Dieu; enÛn pour les persécutés, c'est un royaume encore. (Saint Augustin.)

même, je vous Taffirme, plutôt même passeront ciel et terre que ne disparaîtront de la Loi un seul iota ou un seul point, sans avoir reçu leur pleine réalisation.

Et si, s'affranchissant lui-même de l'un de ces commandements comme de trop petite valeur à ses yeux, quelqu'un enseigne aux hommes à s'en affranchir à son exemple, sachez qu'il sera considéré, à son tour, « comme de trop petite valeur » pour le céleste Royaume.

Celui-là, au contraire, sera grand dans le Royaume des Cieux, qui s'appliquera à enseigner ces commandements, et par l'exemple, et par la leçon.

Aussi, je vous le déclare en vérité : si voire justice ne va pas plus loin que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume du Ciel.

Vous avez appris ce qui a été dit aux hommes d'autrefois : « Tu ne tueras point. Et celui qui « tuera sera passible de jugement.... » — Eh bien, je vous dis, moi : « Sera passible de jugement qui- « conque se met en colère contre son frère. Sera « passible du Grand-Conseil quiconque l'aura appelé « Raca^ Sera passible de la Géhenne de feu qui- « conque l'aura traité d'insensé. »

1. Raca est une expression de mépris qui, par une singulière coïncidence, s'est conservée jusque dans noire langue ; c'est de ce mot que vient le terme populaire « Racaille », par lequel nous Teassions volontiers traduit, sans la crainte de choquer quelques délicatesses, peut-être excessives.

Si donc, au moment de présenter ton offrande à l'Autel, il te revient en mémoire que ton frère a quelque chose à te reprocher, laisse là ton offrande, devant TAutel, et cours, toute affaire cessante, te réconcilier avec ton frère. Après quoi tu reviendras présenter ton offrande....

Hâte-toi de te mettre d'accord avec ton adversaire tandis que tu chemines avec lui *, de peur que cet adversaire ne te livre à celui qui est le Juge, que le Juge à son tour ne te livre à TExéculeur et que tu ne sois précipité en prison. De cette prison, je te l'affirme, tu ne sortiras pas que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole.

Vous avez appris ce qui a été dit aux hommes d'autrefois : « Tu ne commettras point d'adultère.,. ». — Eh bien, je vous dis, moi : « Quiconque arrête sur a une femme le regard de la convoitise, a déjà, dans « son cœur, perpétré l'adultère avec elle ».

Que si ton œil droit est pour toi une cause de chute, arrache-le et jette-le au loin. 11 vaut mieux pour toi voir périr un de tes membres que de voir précipiter dans la Géhenne ton corps tout entier. Que si c'est ta main droite qui te fait chuter, coupe-la et jette-la bien loin. Car il est préférable pour toi, je

1. « Tandis que tu chemines avec lui, » Cette image est tirée de la manière dont on était cité en justice chez les anciens. Le demandeur sommait l'autre partie de le suivre devant le Magistrat et avait droit, 8*11 s'y refusait, de Ty contraindre par la force. Voyez Loi des XII Tables, Table I; — Cicéron, De LegihuSj II, 4; — Aulu* Celle, Nuits attiques, XX, I. (Marcellin Ârnauld.)

le répète, qu'un de tes membres périsse, que si ton corps tout entier était précipité dans la Géhenne.

Il a été dit aussi : « Quiconque renverra sa <c femme lui remettra en main un acte de répudia- « tion.... » -— Eh bien, je vous dis, moi, que tout homme qui, hors le cas de prostitution, répudie sa femme, est cause qu'elle devient adultère. Il commet un adultère, celui qui épouse la femme répudiée.

Vous avez appris encore cette prescription, faite aux hommes du temps passé : « Tu ne te parjureras paSy mais tu accompliras les serments que tu auras faits par le Seigneur* ». — Eh bien, je vous ordonne,moi, de ne pas même prononcer de serment. Ainsi ne dites point : « J'en jure par le Ciel! », parce que le Ciel est le trône de Dieu. Ne dites point : a J'en prends la Terre à témoin ! », parce que la Terre est Tescabeau de ses pieds. Ne dites point : « Par Jérusalem, j'en fais le serment! », parce que Jérusalem est une ville du Roi Suprême. Et ne dites pas davantage : « Je le jure sur ma tête l », car vous n'avez pas même la puissance de rendre

1. La loi interdisait le parjure. Mais les docteurs juifs éludaient cette défense, en enseignant qu'on ne s'oblige à rien si Von ne jure expressément par Dieu lui-même. D'après leur casuistique, prendre à témoin le ciel , la terre, la sainte cilé^ n'était point un serment, et leurs sectateurs abusaient largement de cette distinction pour tromper les païens. Jésus rend ses droits à la vérité; et déclare.que, dans toutes ces promesses^ il y a quelque chose de divin qui ne peut être violé. (L'abbé Fouard.)

to SAINT MATTHIEU, V, 36-45.

blanc ou noir un seul de vos cheveux.... « Oui, oui; non, non » : tel doit être votre langage. Tous ces serments que Ton ajoute procèdent du Mauvais.

Vous avez ouï cette règle : « Œil pour œily et ce dent pour dent ». — Eh bien, je vous dis, moi, de ne pas même résister au méchant.... Qui plus est, si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui encore la joue gauche. Un autre veut-il entamer un procès devant le tribunal et t'enlever ta tunique? concède-lui niôme le manteau. Et si un troisième prétend t'imposer une corvée de mille pas, va avec lui et fais-en deux mille....

A qui te demande, donne. De qui veut Remprunter ne te détourne point.

Vous avez ouï également cette sentence : « Tu a aimeras ton amfii,»,. Et tu auras en haine ton en- « nemi^ ». — Et moi, je vous dis : « Aimez vos a ennemis; faites du bien à ceux qui vous haïs- « sent ; priez pour vos persécuteurs et pour ceux « qui vous calomnient : afin d'être les enfants de « votre Père céleste, lequel fait lever son Soleil ce sur les bons et sur les méchants, et qui répand ce sa rosée sur les justes et sur les injustes». »

1. € Tu aimeras ton ami... et tu auras en haine ton ennemi. » La première partie est un commandement de Dieu même, écrit au cil. XIX, V. 18 du Lévitique. La seconde est un commentaire des Docteurs de la Lettre et une conséquence tirée par la casuistique des Pharisiens.

2. Le Soleil, quand il se lève, nous avertit de l'immense bonté de son Créateur, puisqu'il ne se lève pas plus tard, ni avec des couleurs moins vives, pour les ennemis de Dieu que pour ses amis.

SAiNï MATTHIEU, V, 46-48; vr, 1-2.

Quand vous aimez ceux qui vous aiment, à quelle récompense pouvez-vous prétendre? Les publicains eux-mêmes n'agissent-iis pas ainsi? Et si, pour votre frère seul, vous avez un accueil cordial, en quoi dépassez-vous l'ordinaire? Les païens eux-mêmes n'en font- ils pas autant?

De môme qu'est parfait votre Père, — Celui qui est dans les Cieux, — soyez donc parfaits, vous aussi*. »

« Portez toute votre attention à ne pas accomplir votre justice devant les hommes, avec le désir d'attirer leurs regards. Autrement, vous n'aurez point de récompense auprès du Père que vous avez dans les Cieux.

Donc, lorsque tu donnes au pauvre, garde-toi bien de faire sonner, comme les histrions, la trompette en avant de toi, dans les synagogues et dans les rues.

Adorez donc, quand il se lèvc^ la bonté du Dieu qui pardonne; et ne témoignez pas à votre frère un visage chagrin, pendant que le ciel, et Dieu même, si l'on peut parler de la sorte, lui en montre un si serein et si doux. (Bossuet.)

1. Comme vous ne pouvez jamais égaler votre Père céleste, croissez toujours pour vous approcher de cette perfection. L'entreprise est grande.; mais le secours est égal au travail : Dieu, qui vous appelle si haut, vous tend la main ; son Fils, qui lui est égal, descend à vous pour vous porter. Imitez saint Paul : « Non, mes frères, disait-il, je ne crois pas déjà avoir atteint la justice où je tends, ni que je sois parfait : je poursuis ma course, et, oubliant ce qui est derrière moi (le progrès qu'il a fait), je m'étends à ce qui est devant. » {Id.)

afin de capter la vénération du public... En vérité, je vous le déclare, ceux qui agissent ainsi ont reçu leur récompense! Pour toi, quand tu fais une aumône, que ta main gauche ignore ce qu'accomplit ta main droite, en sorte que ta bonne œuvre s'effectue dans le secret : et ton Père, Celui qui voit dans le secret, t'en tiendra compte *.

Lorsque vous prierez, ne soyez pas non plus de ces hypocrites qui se complaisent à stationner debout, faisant oraison dans les synagogues et au coin des rues, afin d'être aperçus de tout le monde*.... En vérité je vous le déclare, ils ont reçu leur récompense ! — Pour toi, lorsque tu voudras prier, entre dans ta chambre; et, toutes portes closes, implore ton Père dans le secret. Et ton Père, — qui voit dans le secret, — te le rendra dans la lumière.

Évitez aussi, en priant, cette multiplicité de paroles qui sont en usage chez les païens, lesquels s'imaginent en effet que c'est à force de prononcer des mots qu'ils seront exaucés. Craignez de leur ressembler : avant même que vous l'invoquiez, votre Père sait ce qu'il vous faut. — Vous prierez donc ainsi :

« Notre Père, qui êtes dans les Cieux !

1. Quel contraste 1 Alors que l'homme d'ostentation cherche pour sa bonne œuvre les regards d'autrui, le vrai chrétien doit éviter en quelque sorte son propre regard I

2. Les Juifs priaient ordinairement debout; mais cet usage n'était point général. Tantôt ils se tenaient à genoux et tantôt ils se prosternaient le visage contre terre. (Glaire.)

« Que votre Nom soit adoré comme saint ! que « votre Règne arrive! — que votre Volonté s*ac- « complisse sur la Terre comme elle s'accomplit « au Ciel.

« Donnez -nous aujourd'hui le pain qui nous « doit sustenter.

« Faites-nous remise de nos dettes, comme nottS" « mêmes nous faisons remise à ceux qui notes « doivent,... Toutefois, ne nous mettez point à Té- « preuve : mais au contraire, délivrez-nous du mal. a Ainsi soit-il I »

Si en eflet vous faites remise aux autres de leurs offenses, votre Père céleste, à son tour, vous fera remise de vos fautes. Mais si vous êtes sans pardon pour les offenses d'autrui, votre Père, non plus, ne vous pardonnera pas les vôtres. »

« Quand vous jeûnez, ne prenez pas ces mines accablées qu'affectent les hypocrites, lesquels s'appliquent à se faire des faces exténuées, afin que leurs jeûnes attirent les regards.... En vérité je vous le déclare, ils ont reçu leur récompense ! — Pour toi, lorsque tu jeûnes, parfume ta tête et rafraîchis ton visage à grande eau, afin que ton jeûne ne soit pas aperçu des hommes, mais seulement de ton Père, qui est présent dans le secret, et que ton Père, Celui qui voit dans le secret, te le rende un jour dans la lumière. »

« Gardez-vous bien de vouloir vous amasser des trésors sur la terre, — sur cette terre, où la rouille dévore, où les vers détruisent, où les voleurs découvrent les cachettes et dérobent*. Mais thésaurisez-vous des richesses au Ciel, — au Ciel, où la rouille ne peut dévorer, où les vers ne peuvent détruire, où les voleurs sont impuissants à déterrer et à enlever quoi que ce soit. Prends soin d'agir ainsi, car le lieu où est ton trésor est le lieu où est aussi ton cœur....

La lampe qui éclaire ton corps, c'est ton œil. Quand ton œil n'a rien qui le trouble, tout ton corps est pour toi dans la lumière ; mais si au contraire ton œil est en mauvais état, ton corps tout entier se trouve pour toi dans l'obscurité. — Dans quelles profondes ténèbres seras-tu donc si la lumière même qui est en toi devient ténèbres*?

1. Le mot Msor désigne chez les Orientaux trois choses qu'ils amassent et conservent avec soin : Tor et les pierres précieuses; — le blé; — les riches vêlements. (L'abbé Crampon.)

2. L'œil est pris ici dans un sens figuré, pour l'œil de l'àme, c'est-à-dire pour l'intelligence qui est la lumière de la volonté, et qui est elle-même éclairée par la foi et la raison. Ce que Notre-Seigneur appelle Vœil de Vhomme, c'est, dans chacun de nous^ la façon même de voir les choses et de diriger sa propre vie. Si l'intelligence, qui est la lumière de la volonté, est dans les ténèbres, — faute de foi et faute de raison, — que seront alors les ténèbres de la volonté ellemême, devenue aveugle et livrée à tous les entraînements de ses passions et de ses désirs?.... Saint Chrysoslome remarque que c'est précisément la fureur de thésauriser sur la terre qui ôte à l'&me la

Nul ne peut être, à la fois, au service de deux Maîtres. Ou bien, en effet, il haïra l'un et aimera l'autre ; — ou bien il prendra le parti du premier et fera fi du second. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon, démon des richesses *.

C'est pourquoi je vous dis : « Ne vous mettez pas ce en inquiétude, pour votre vie, de ce que vous « aurez afin de l'entretenir ; pour votre corps, de quoi « vous le vêtirez. » — Est-ce que la vie n'est pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement'?...

Regardez les oiseaux du Ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent; ils ne recueillent point en des greniers. El pourtant votre Père céleste les nourrit. — N'êtes -vous pas beaucoup plus qu'eux?.,.

Qui de vous, d'ailleurs, en se tourmentant ainsi

lumière de son œil. — « Ne point amasser de trésors, ne point se troubler du lendemain » sont des préceptes diamétralement opposés à la sagesse du Monde et à sa façon de comprendre la vie ; et voilà pourquoi le divin Maître place cette pensée au centre même de tout ce qu'il dit sur Tamour des richesses et le souci de Tavenir.

1 . Mammon (et mieux Mammona) signifie en langue chaldéenne et syriaque la RichessCy qui est ici personnifiée comme une fausse Divinité.

2. Nôtre-Seigneur abonde en mystérieuses paroles dont il veut que ses auditeurs creusent eux-mêmes le sens, et il commence des raisonnements qu'il laisse à l'âme droite le soin de terminer. Ce texte en est un exemple : Est-ce que la vie n'est pas plus que la nourriturey et le corps plus que le vêtement? Voilà le commencement. — Et voici la conclusion évidente, qu'il veut que nous tirions nous-mêmes : Donc, Celui qui a été assez puissant et assez bon pour vous donner la vie et le corps, aura également assez de bonté et de puissance pour vous donner la nourriture et le vêtement.

l'esprit, pourrait seulement, ne fût-ce que d'une coudée, allonger le fil de sa vie?

Et quant au vêtement, pourquoi vous en troubler? Voyez comme croissent les lis champêtres. Us ne travaillent ni ne filent. Et cependant, je voua Tatteste, Salomon lui-même, en toute sa gloire, ne fut pas vêtu comme Tun d'eux. — Eh bien, si Dieu habille de la sorte cette herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, combien, à plus forte raison, vous vêtiral-il aussi, hommes de peu de foi!

Donc, bannissez toute alarme, et n'allez pas disant: « Que mangerons -nous?.... Que boironst nous?.... Comment nous vêtirons-nous? » ce dont s'inquiètent les païens.... Votre Père, Celui qui c^st dans les Cieux, sait que vous en avez besoin....

Donc, cherchez avant tout le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous arriveront par surcroît*.

Donc, ne vous chagrinez point par le souci du lendemain : le lendemain aura souci de lui-môme. A chaque jour suffit sa peine. »

« Ne jugez point et vous ne serez pas jugé.

L Une parole attribuée à Jésus par la tradition est un commentaire de cette pensée : « Demandez les choses grandes, et vous obtiendrez en surcroît les petites; demandez les choses célestes, et ^tms aurez en plus les terrestres. » (Fabricius, Codex apocryphas, I, 3.)

SAINT MATTHIEQ, VII, 2-10. 33

Sachez en effet que la règle d'après laquelle vous aurez jugé le prochain, sera la règle précise d'après laquelle aura lieu votre propre jugement. Sachez que la mesure dont on se servira pour vous mesurer, c'est justement la mesure dont vous vous serez servi vous-même pour mesurer autrui.

Pourquoi, je te le demande, remarques-tu la paille dans Tœil de ton frère et ne prètes-tu aucune attention à la poutre qui est dans le tien? Et comment viens-tu dire à ton frère: «Permettez donc que j'ôte « de votre œil ce fétu de paille », alors que, dans ton œil à toi-même, tu as une poutre?... Hypocrite! retire d'abord la poutre de ton œil, et tu verras ensuite à enlever le fétu de l'œil de ton frère ! »

« Prenez garde aussi de donner aux chiens ce qui est saint, et de jeter vos perles devant les 'pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent. »

« Demandez, et il vous sera donné. Cherchez, et vous trouverez. Frappez, et il vous sera ouvert. Car quiconque demande, reçoit ; quiconque cherche, trouve ; et, à qui frappe, la porte s'ouvre.

En est-il un seul parmi vous, lorsque son fils implore du pain, qui lui présente un caillou, ou, lorsque l'enfant réclame du poisson, qui lui mette

dans la main un serpent? — Si donc, tout mauvais que vous êtes, vous ne laissez point que de donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père, qui est dans les cieux, en accordera-t-il aussi à ceux qui l'invoquent? »

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, failesAe vous-mêmes pour eux : et sachez que ceci, c'est la Loi et les Prophètes.

« Entrez par Fétroit passage : car le portail est large, car la route est spacieuse, qui mènent à la perdition, et beaucoup passent par ce chemin. Qu'elle est étroite au contraire, la porte qui conduit à la Yie! Qu'il est resserré, le sentier qui y monte! et combien peu nombreux sont ceux qui le découvrent! »

« Garez-vous de ces faux Prophètes qui viennent à vous, déguisés en brebis, mais qui, au dedans, sont des loups ravisseurs * !

1. Les Hébreux, dit l'abbé Glaire, comprenaient par Prophètes j non seulement ceux qui prédisaient l'avenir, mais en général aussi quiconque se donnait pour inspiré, ou qui prétendait interpréter l'Écriture et enseigner. Et, sous le nom de faux Prophètes, les Pères ont compris ici tous les faux Docteurs, Juifs ou Chrétiens*

SAINT MATTHIEU, Vil, 16-25. 35

Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Est-ce sur. des épines que Ton cueille le raisin? et la figue se récolte-t-elle sur des ronces?...

Ainsi, tout bon arbre donne de bons fruits, tout mauvais arbre de mauvais fruits. Ne peut produire des fruits mauvais un arbre bon; ne peut produire de bons fruits un arbre mauvais. Tout arbre qui est stérile en bons fruits sera coupé et jeté au feu. — Encore une fois, c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.... »

a Non! Il ne suffit pas de me dire : « Seigneur! « Seigneur! » pour entrer dans le Royaume des Cieux. Celui-là seul y entrera qui fait la volonté de mon Père, de mon Père qui est au Ciel.

— <c Seigneur, Seigneur, m'allégueront en ce « jour-là un grand nombre, n'avons-nous donc pas « annoncé l'avenir, sondé les cœurs, prêché en « votre Nom?... En votre Nom, n'avons-nous pas ce expulsé les Démons? En votre Nom, n'avons-nous « pas exercé maints et maints pouvoirs ? »

Mais je leur répondrai : « — Je ne vous ai jamais a connus. Retirez- vous donc de Moi, ouvriers « d'iniquité! »

Je compare celui qui écoute mes paroles, et les met en pratique, à un homme sage, qui a construit sa maison sur le roc. La pluie qui tombe, les fleuves qui débordent, les tempêtes qui soufflent font irruption sur ce logis. Mais, comme il est

36 SAINT MATTHIEU, VII, 25-29 ; viii, 1-2.

fondé sur le rocher, l'édifice reste inébranlable. Quant à l'homme, au contraire, qui, tout en prêtant Toreille à mes paroles, ne les met pas en pratique, il est pareil à l'insensé qui sur du sable a bâti sa demeure*! La pluie qui tombe, les fleuves qui débordent, les ouragans qui soufflent font irruption sur cette maison ; et alors tout s'effondre : ce n'est qu'une immense ruine. »

IK

Jésus avait fini de parler. Les multitudes étaient émerveillées de ses enseignements, enseignements qu'il leur donnait, non à la façon des Docteurs et des Pharisiens, mais comme ayant personnellement puissance et autorité. Aussi, dès qu'il descendit de la Montagne, fut-il suivi par des foules immenses.

Survient alors un lépreux, qui se prosterne en a^doration devant Lui *.

1. Celui dont parie Jésus, n'est point Thomme qui n'écoute en aucune sorte la parole de yèrité ; c'est le chrétien qui se borne à mettre cette vérité dans son entendement; car, s'il n'écoutait pas il ne bfttirait pas. Il bâtit donc, mais sur le sable. Il s'instruit, au lieu de pratiquer. C'est le théologien qui cherche la science et non la sainteté ; ~ c'est moi-même, hélas f qui me réjouis à la parole de Dieu , qui suis charmé par sa beauté, et qui ne pratique point les vertus que mon intelligence comprend !

2. La lèpre était une hideuse maladie de peau, contagieuse et

— Seigneur, dit-il, si vous le voulez, vous pouvez me guérir.

Jésus étend les mains, touche le malade, et prononce cette parole :

— Je le veux : sois guéri.

Et la lèpre de cet homme disparaît aussitôt.

— Garde-toi d'en parlera personne, ajoute Jésus. Va seulement te montrer au prêtre et acquitte Toffrande prescrite par Moïse ^ Que ce leur soit un témoignage * !

à peu près incurable. La Loi, dans un but de sécurité publique, contraignait les lépreux à vivre séparés du reste des hommes et interdisait de les toucher. Le jugement constatant officiellement la maladie de la lèpre, ainsi que celui qui constatait la guérison, était rendu par les prêtres. (L'abbé Fouard.)

1. Jésus, disent les abbés Fillion et Bayle, redoute les agitations politiques de la foule. De là, le soin qu'il prend pour les empêcher^ Il veut agir sur les esprits, plutôt par le dedans que par le dehors, les convertir et non les éblouir. C'est pourquoi il recommande si souvent le silence à ceux qu'il a guéris.

D'autres pensent, ajoutent-ils, que cette recommandation du Sauveur était faite en outre dans l'intérêt personnel du miraculé, afin de l'engager à ne pas faire parade de sa guérison surnaturelle, mais d'en remercier Dieu par une vie plus fervente.

2. D'après le Lévitique (XLV, 10-21), le lépreux devait, pour être déclaré guéri et pouvoir rentrer dans la société, remettre au prêtre chargé de constater sa guérison deux agneaux sans défauts , une brebis d'un an, trois mesures de farine et une mesure d'huile. S'il était pauvre, son offrande consistait en un agneau, une mesure de farine, une mesure d'huile et deux colombes.

Que ce leur soit un témoignage! dit Jésus. « Un témoignage, de quoi? — Un témoignage officiel de ma puissance miraculeuse, afin que ces prêtres de Jérusalem soient inexcusables désormais s'ils refusent de croire en Celui qui prouve sa mission divine par des prodiges divins. » Telle est Tinterprctation de Maldonat.

Gomme il entrait dans Capharnaum, un Centurion se présenta à lui tout suppliant* :

— Seigneur, dit-il, un jeune serviteur que j'ai dans ma maison est en ce moment étendu sur son lit, paralysé de ses membres, et en proie à de violentes douleurs.

— J'irai, répond Jésus, et je le guérirai.

— Seigneur, reprend alors le Centurion , je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit. Prononcez seulement un mot, et mon serviteur sera ^uéri. Car moi-même (bien que je ne sois pourtant qu'un subordonné), quand je commande à Tun des soldats qui sont sous mes ordres de s'en aller, il s'en va; quand je dis à un autre: « Viens », il arrive aussitôt; et quand je dis à mon esclave : ce Fais cela », il l'exécute....

Jésus admire un tel langage. Il s'adresse à ceux qui l'entourent :

— Quelle foi ! Je n'en ai point, en vérité, rencontré de pareille dans tout IsraëP!...

Aussi, je vous le déclare, des multitudes vien-

1. Dans les troupes stationnant alors en Palestine, le Centurion romain commandait une compagnie de cent soldats.

2. Cette louange, qui exaltait un païen au-dessus des fils <rAbraham, excita probablement quelques murmures, remarque labbé Foua^rd : il se peut même que le Seigneur ait apergu^ dans

foule, des espions du Sanhédrin, car tout à coup sa parole devint menaçante : Aussi, je vous le déclare, etc.

dront de TOrient et de rOccident et prendront place dans le Royaume des Cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les enfants du royaume — [de ce royaume d'Israël] —seront jetés dans les ténèbres extérieures. C'est là que seront les pleurs et les grincements de dents*.

11 se tourne ensuite vers le Centurion :

— Va! lui dit-il; et que ce que tu as cru s'accomplisse pour toi.

Et, à cette heure même, le jeune homme fut guéri.

Arrivé à la maison de Pierre, Jésus trouva la belle-

1. Le Royaume des Cieux est souvent assimilé à un festin cordial où sont réunis, au sein de la lumière^ tous les fils de la race humaine qui furent bons et purs, tous ceux qui, ayant failli, retrouvèrent, dans le repentir et la réparation, la blancheur première de leur robe d'innocence, lis sont assis à la table du Père universel.

Les ténèbres sont au dehors. C'est là que se pressent les méchants, les endurcis, les pervers, tous ceux qui ont été ici-bas les serviteurs du mal. Tous contemplent d'un regard avide et désolé cet éclatant et prestigieux spectacle de la félicité des Justes. Nulle force matérielle n'empêche d'entrer. Mais chacun de ces misérables s'est rendu horrible et hideux 3 il est tout couvert de crimes et d'immondices qui font désormais partie de lui-môme; de sorte que, tout en désirant d'un désir désespéré pénétrer dans la salle illuminée où tout est joie, il comprend, hélas 1 que la clarté sans ombre qui fait la gloire de ceux dont la beauté est sans imperfection et les vêtements sans nulle souillure, ajouterait à son ignominie l'insupportable honte de tous les regards ; il comprend avec épouvante qu'un cercle d'horreur et de dégoût se ferait à son entrée et que le Ciel, dont les portes sont toutes grandes ouvertes, serait pour lui le pire des enfers. Et, de lui-même, il demeurer éternellement dans ces ténèbres extérieures qui servent de refuge à sa confusion.

mère de celui-ci en proie à un accès de fièvre et alitée. Il lui touche la main, et soudain la fièvre disparaît, de sorte que cette femme se lève et se met à les servir.

A la tombée de la nuit, on lui apporta beaucoup de démoniaques; et, d'un mot, il chassait d'eux les mauvais Esprits. Il guérit également tous les malades. Ainsi fut accomplie la prédiction du prophète Isaïe : « Il se chargera de nos infirmités, et « soulèvera le poids de nos souffrances ».

Se voyant débordé par la multitude, Jésus avait donné l'ordre de passer sur l'autre rive.

— Maître, lui dit alors un Scribe en s'avançant vers Lui, je vous suivrai partout où vous irez.

— Les renards ont leurs tanières, lui repartit Jésus, et les oiseaux du ciel ont leurs nids. Mais, quant au Fils de l'Homme *, il n'a pas où reposer sa tête.

Un autre, qui était de ses Disciples, fit entendre cette parole :

1. Cette expression^ dans le langage contemporain^ désignait le Messie auquel elle était appliquée en raison du passage de Daniel : Cum nubibus cœli quasi Filius Hominis veniebatf et usque ad Antiguum dierum pervenity VU, 13.

— Seigneur, permettez auparavant que je m'en aille ensevelir mon père *.

— Suis-moi!... Et laisse les morts ensevelir leurs morts.

Il dit et monte à bord de la petite nef, accompagné de ses Disciples.

Tout à coup éclate sur le Lac une violente tempête, à tel point que la barque était comme submergée par les vaigues.

Pendant ce temps, Jésus dormait.

Ses Disciples s'approchent de Lui, et le réveillent.

— Sauvez^nous, Seigneur! s'écrient-ils. Nous périssons.

—Pourquoi tremblez-vous, hommes de peu de foi?

Et Jésus se lève, Jésus commande à l'orage et aux vagues.... Immédiatement il se fait un grand calme.

Tous étaient dans la stupeur et se demandaient l'un à l'autre :

— Qui donc est-il, pour que lui obéissent et les vents, et les flots?

Lorsqu'il fut parvenu de l'autre côté du Lac, en la région des Géraséniens, voici que deux démoniaques s'échappant du milieu des sépulcres».

1. Gela veut dire; croyons-nous : ce Attendez que mon père soit n^ort; que je lui aie fermé les yeux et que je sois libre. »

2. C'étaient des grottes^ naturelles ou artiûcielles; creusées dans le flanc des rochers qui entourent la mer de Galilée; elles étaient employées au besoin comme lieux de sépulture.

accoururent à Lui. Ils étaient tellement dangereux que personne ne pouvait passer par ce chemin.

— Que demandez-vous de nous, Jésus, Fils de Dieu? se mirent-ils à crier.... Êtes-vous venu ici, avant le temps, pour nous torturer?

Or, non loin de là, paissait un très nombreux troupeau de porcs.

Les Démons étaient suppliants :

— Si vous nous chassez d'ici, disaient-ils, envoyez-nous dans cette troupe de pourceaux.

— Allez I dit Jésus.

Les Démons, aussitôt, sortant du corps des possédés, entrèrent dans celui des pourceaux. Et le troupeau tout entier, se précipitant alors vers le Lac par une course impétueuse, trouva la mort dans les flots.

A un tel spectacle, les gardeurs de ces animaux prirent la fuite. Us coururent à la ville annoncer cet événement, et raconter ce qui était advenu aux deux jK>ssédés.

Là-dessus, tous its habUants vinrent -au-devant de Jésus, et, dès qu'ils l'eurent rencontré, ils le conjurèrent de s'éloigner de leur pays*.

Remontant dans la barque, Jésus traversa le Lac

1. Ils étaient plus sensibles au désastre de leur troupeau noyé et * P. 560, a.

SAINT MAÏTJIIEU, IX, 1-7. 43.

et alla débarquer dans la cité où il avait pris domicile [à Capharnaûm].

On lui présenta un paralytique étendu sur un lit. Devant la foi de ceux qui s'adressaient à Lui, il dit à cet infirme :

— Conflance ! mon fils, tes péchés te sont pardonnés.

Il y avait là quelques Scribes :

— Cet homme blasphème, songèrent-ils en eux-mêmes.

Mais Jésus vit leur pensée et y répondit :

— Pourquoi, dans le fond de vos cœurs, porter ce mauvais jugement? Est-il donc plus malaisé de rendre cet arrêt : « Tes péchés te sont remis», que de prononcer celui-ci : « Lève-toi et marche » ?. . .

— Eh bien! reprit-il, apprenez que le Fils de THomme a, sur terre, pouvoir d'accorder le pardon des péchés.

Il se tourna vers le paralytique :

— Lève-toi ! lui ditr-il, emporte ton lit et retourne dans ta demeure.

L'honmie aussitôt se dresse sur ses pieds et s'en va en sa maison.

à la crainte de nouvelles pertes qu'à la délivrance et à la guérisonde ces deux malheureux. L'intérêt particulier est féroce. Que demain un homme découvre un procédé, une vaccine qui préserve à jamais de toute maladie sans exception, est-il bien sûr qu'aucun des médecins, ruinés individuellement par ce bienfait général, ne sera tenté de dire à l'admirable inventeur, comme les Géraséniens à Jésus : « Éloignez-vous de notre pays ?» Un fossoyeur sans ouvrage s'écriait un jour : « L'année est mauvaise, on ne meurt pas. » * P. 540, b, c.

Les multitudes présentes furent saisies d'une religieuse terreur. Et elles rendirent gloire à Dieu de ce qu41 avait octroyé aux hommes une telle puissance.

Gomme Jésus s'éloignait, il aperçut un homme, assis au bureau des Contributions. C'est celui qui a reçu le nom de Matthieu. "^

— Suis-moi, lui dit-il.

Matthieu se lève et le suit^

Jésus étant à dîner dans la maison de Matthieu, il y avait parmi les convives, en compagnie du Sauveur et de ses Disciples, beaucoup de Publicaîns [employés du fisc], beaucoup de gens irréguliers dans leur vie.

Ce que voyant, les Pharisiens interpellèrent les Disciples :

— Pourquoi donc votre Maître, dirént-ils, s'attable-t-il de la sorte avec des Publicains et des gens sans conduite?

Ces mots furent entendus par Jésus :

1. C'est ce Lévi^ surnommé Matthieu, qui a écrit le présent Évangile : a Évangile selon saint Matthieu i>.

— Ce ne sont point, répondit-il, ceux qui se portent bien qui ont besoin du Médecin, ce sont les malades.

Allez donc apprendre [dans le Prophète Osée] le sens de cette parole: « Ce que je veux, ce n'est point le Sacrifice, c'est la Miséricorde*». Et sachez que jene suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs*.

Des Disciples de Jean s'approchèrent alors de Lui :

1 . Osée, VI, .6. Par « Sacrifice » Notre-Seigneur entend ici tous les actes du culte extérieur que les Pharisiens pratiquaient avec tant de scrupule. (Crampon.)

2. Saint Jérôme et saint Hilaire voient dans ces paroles quelque ironie. <k Les justes », c'est-à-dire ceux qui se regardaient comme justes, tels que les Pharisiens.

Quant à Bossuet, il s'exprime ainsi : ce Jésus-Christ, comme Fils de Dieu,- quoiqu'il se plaise de voir à ses pieds un pécheur qui se retourne à la bonne voie, il aime toutefois d'un amour plus fort l'innocence qui ne s'est jamais démentie, et l'honore d'une familiarité plus étroite; quelque gr&ce qu'aient à ses yeux les larmes d'un pénitent, elles ne peuvent jamais égaler les chastes agréments d'une sainteté toujours fidèle... Tels sont les sentiments de Jésus selon sa nature divine. Mais il en a pris d'autres pour Vamour de noiiSf quand il s^est fait notre Sauveur. « Comme Sauveur, dita il, je dois chercher ceux qui sont perdus; comme Médecin, ceux « qui sont malades; comme Rédempteur, ceux qui sont captifs... » De la même manière qu'un médecin, comme homme/ se plaira davantage à converser avec les bien portants ; et néanmoins, comme médecin, il aimera mieux soulager les malades. Ainsi ce médecin charitable : certainement, comme Fils de Dieu, il préfère les innocents ; mais, en qualité de Sauveur, il recherchera plutôt les criminels. »

— Pour quelle raison, lui demandèrent-ils, tandis que nous et les Pharisiens, nous jeûnons fréquemment, vos Disciples, à vous, ne jeûnent-ils jamais?

-r- Eh quoi! répondit Jésus, les paranymphes, amis de l'Époux, ont-ils à se mettre en deuil durant le temps que TÉpoux est avec eux? Des jours viendront cependant où TÉpoux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront

Personne, quand il a en main une pièce de drap brut, ne s'en va l'ajuster à un vieux vêtement : car le morceau de drap brut, arrachant tout autour l'étoffe usée, ne ferait que produire une plus grande échancrure. Ce n'est point non plus dans, de vieilles outres que l'on verse le nouveau vin : sans quoi les outres se rompent, et alors le vin se répand et les outres sont perdues. Lorsque l'on veut conserver Tun et l'autre, c'est dans des outres neuves que l'on verse le vin nouveau*.

Il parlait encore aux Disciples de Jean, lorsque

1. Cette parole signifie, croyons-nous, que les Pharisiens elles Scribes formalistes, perdus dans les observances et les rites du culte judaïque, u'eussent jamais accepté la doctrine du Sauveur, doctrine rude comme le drap brut, doctrine qui fermentait dans T&me comme du vin nouveau. Jésus prend donc pour ses Apôtres des hommes, non point en dehors du Temple et de la Synagogue quant à la foi, mais totalement en dehors des fonctions ecclésiastiques, — des laïques, comme Ton dirait aujourd'hui. De là le scandale du sacerdoce juif.

arriva vers Lui un Chef de synagogue qui se jeta à ses pieds* :

— Seigneur, dit-il, ma fille a expiré tout à l'heure... Mais venez, étendez sur elle votre main, et elle vivrai

Jésus, se mettant aussitôt en route avec ses Disciples, partit avec lui.

Durant le trajet, une femme, qu'une perte de sang affligeait depuis douze années, s'approcha de lui par derrière et effleura de la main la frange de son vêtement. — « Si seulement, avait-elle pensé en elle-même, si seulement je parviens à toucher la robe dont il est vêtu, je suis sauvée! »

Jésus, se retournant, arrête son regard sur elle :

— Aie confiance, ma fille ! ta foi t'a rendu la santé. Et en effet, à dater de ce moment, la femme fut

guérie.

Parvenu à la maison du Chef de synagogue, il vit là des musiciens funèbres et une foule agitée*.

— Retirez-vous, leur dit-il : cette enfant n'est pas morte ; mais elle dort.

On se riait de lui.... Mais, dès que tout ce monde eut quitté la salle, Jésus entra : il prit la main de la jeune fille, et elle ressuscita aussitôt.

1. C'était celui qui, dans les réunions de la Synagogue, avait la présidence de rassemblée.

2. Chez les Juifs, dès que quelqu'un était mort, un certain nombre de joueurs de flûte et de pleureuses faisaient entendre des chants funèbres autour de son corps.

Le bruit de cet événement se répandit dans toute la contrée.

Jésus était* reparti. Sur son chemin, deux aveugles s'attachèrent à ses pas, en poussant des clameurs lamentables :

— Fils de David, criaient-ils, ayez pitié de nous ! Il entra dans une maison. Ils vinrent Ty trouver.

— Croyez-vous donc, leur demanda Jésus, que j'aie la puissance d'opérer ce que vous désirez?

— Oui, Seigneur.

— Eh bien! qu'il vous soit fait suivant votre foi I dit-il alors en leur touchant les yeux.

Et leurs yeux furent ouverts.

— Veillez à ce que nul ne le sache! ajouta-t-il avec sévérité.

Mais eux, en s'en allant, publièrent sa renommée par tout ce pays.

Après leur départ, on lui présenta un muet, possédé du Démon. Et, le Démon ayant été chassé, le muet parla.

— Jamais pareille chose ne s'est vue en Israël ! s'écriaient les multitudes ravies.

Quant aux Pharisiens, ils tenaient un autre langage et disaient :

— C'est par le Prince des Démons qu'il chasse les Démons.

Jésus cependant parcourait cités et villages, faisant entendre son enseignement dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, guérissant toutes sortes de maux et d'infirmités.

Et au spectacle des foules, il fut ému de pitié jusqu'au fond des entrailles, car ces peuples étaient épuisés, gisant à terre et épars, comme des brebis sans pasteur.

— Certes, la moisson est grande, dit-il alors à ses Disciples : mais peu nombreux sont les ouvriers.... Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des travailleurs dans le champ à moissonner!...

Ayant réuni ses Douze Disciples, il leur donna pouvoir : — sur les esprits impurs, pour les chasser; — et sur toute maladie ou infirmité, pour la guérir.

Voici le nom des Douze Apôtres :

Le premier de tous, Simon, appelé Pierre, et André, son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean ;

Philippe et Barthélémy ; Thomas et Matthieu le Publicain ;

Jacques, fils d'Alphée, et Lebbée, sumominé Thaddée; Simon le Cananéen, et Judas Tlscariote, celui-là même qui devait. le trahir*.

Tels sont les Douze que Jésus envoya en mission, en leur adressant les instructions suivantes :

« N'allez pas vers les nations étrangères et n'entrez point dans les villes des Samaritains. Auparavant, vous avez à tourner vos pas vers les brebis perdues de la maison d'Israël, annonçant en vos prédications que le Royaume des Cieux s'est approché.

Rendez la santé aux malades, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les Démons.

1. Les Évangiles gardent, en nommant les Apôtres^ un ordre si constant et si particulier, qu'il y a lieu de croire que tout dans leur vocation fut symbolique, aussi bien le rang que le nombre.

Nous possédons en effet quatre listes des Apôtres. Or, toutes ont ceci de commun qu'elles les distribuent en trois séries, dont les noms sont toujours les mêmes, bien que dans un ordre différent, et que trois des Apôtres occupent invariablement la première place dans leur série. Le premier groupe a pour chef Simon Pierre ; le second; Philippe; le troisième, Jacques, fils d'Alphée. Au dernier rang, dans toutes les listes, se trouve Judas Tlscariote.

C'est ce que l'on peut vérifier en compai'ant les trois Évangiles : Malth., X, 2-4; Marc, 111, 16-19; Luc VI, 14-16; et les Actes, I, 13.

Nous ne chercherons point le sens mystérieux de ces divisions, puisque les écrivains sacrés ne le donnent pas, mais nous devions les rappeler ici comme une des particularités intéressantes de lÉvangile. (L'abbé Fouard.)

. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

Ne vous munissez ni d'or, ni d'argent, ni de monnaie quelconque dans vos ceintures*, ni de valise pour la route, ni de second vêtement, ni de brodequins de voyage, ni d'un bâton de défense, car l'homme qui travaille mérite sa subsistance. Dans toute ville, dans toute bourgade où se porteront vos pas, vous devrez vous enquérir du plus digne, et demeurer chez lui jusqu'à votre départ.

En franchissant le seuil de la maison, saluez-la par ces mots : « — Paix à cette demeure* ». Et si vraiment c'est une digne maison, votre paix descendra sur elle. Dans le cas contraire, votre paix reviendra à vous.

Si l'on refuse de vous recevoir et d'entendre votre parole, sortez de cette maison ou de cette ville, quelle qu'elle soit, en secouant la poussière de vos pieds.... En vérité, je vous le dis, il y aura au jour du jugement moins de rigueur pour le

1. Les anciens^ dit Sepp, avaient coutume de mettre leur argent dans leur ceinture qui était creuse et large comme le sont encore la plupart de celles des Orientaux. Dans nos pays^ beaucoup de marchands et de voyageurs portent souvent leur argent dans des ceintures semblables.

2. Ce souhait de paix est le salut habituel de l'Orient : '^ /Dî vttT ;

en arabe « Shalam aleik t>. L'hôte est toujours accueilli dans ces régions avec courtoisie et respect. Admis à la table et au foyer domestique, il trouve dans ce commerce intime, s'il est Apôtre, toutes les facilités pour convertir ceux qui l'entourent. (L'abbé Fouard.)

pays des Sodomites et des Gomorrhéens que pour cette cité.

Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.... Soyez donc prudents comme des serpents, et simples comme les colombes*.»

« Méfiez-vous des hommes, car ils vous livreront à leurs tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Et, à cause de Moi, vous comparaîtrez devant les Gouverneurs et les Rois, afin de rendre devant eux et devant les nations le témoignage du martyre.... Toutefois, quand on vous livrera de la sorte, ne vous préoccupez point de chercher en vousmêmes ni la forme ni le fond de ce que vous aurez à répondre. Ce que vous devrez dire vous sera inspiré au moment nécessaire, et ce ne sera plus vous qui parlerez : ce sera TEsprit même de votre Père qui parlera en vous

De frère à frère, de père à fils, on s'enverra réciproquement à la mort : les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront périr. Et vous

1. Soyez prudents, non pas pour vous, qui n'avez absolument rien à craindre, mais pour les hommes qui sont en face de vous. Prenez garde ! car s'ils foulent aux pieds les choses saintes que vous annoncez et que vous apportez, s'ils vous forcent de secouer, en sortant, la poussière de vos pieds, ils seront plus sévèrement jugés que Sodome et Gomorrhe. Traitez-les comme l'homme traite Tenfant, ou le médecin le malade. » (Le Père Gratry.)

serez en butte, à cause de mon Nom, à la haine universelle*... Mais celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.

Si dans une ville on vous persécute, fuyez dans une autre : et, je vous le dis en vérité, vous n'aurez point encore achevé [de convertir] la totalité des cités d'Israël, que le Fils de l'Homme arrivera....

Le Disciple ne peut avoir un meilleur sort que le Docteur dont il reçoit la leçon; ni le Serviteur plus de prérogatives que son Maître. Être assimilé au Docteur qui Ta enseigné doit suffire au Disciple; être assimilé à son Maître doit satisfaire le Serviteur. Donc, si l'on a traité de Béelzébub [prince des démons] le Chef de la famille, sachez bien qu'à plus forte raison, on fera injure à tous les siens ....

Devant ces ennemis cependant ne soyez pas pris d'épouvante : car il faut que ce qui est présentement sous le voile soit manifesté au grand jour. De ce qui est maintenant caché, il n'est rien qui ne soit destiné à être rendu public. Ce que je vous dis dans l'ombre, vous avez à le proclamer dans la lumière, et ce que vous entendez à l'oreille, vous avez à le prêcher sur les toits *.

1. A cause de mon nom; c'est-à-dire parce que vous êtes Chré tiens. C'est ce que dit l'histoire par la bouche de Tacite : Christianos odio generis humani coiivicti! Condamnés par la haine du genre humain! Qu'on se rappelle les persécutions d'autrefois.... et d'aujourd'hui. (Le Père Gratry.)

2. A ce moment, selon une tradition du premier siècle, rapportée par l'abbé'Fouard, Pierre interrompit son maître : « Mais si les loups, dit-il, dévorent les brebis? — Quand l'agneau est mort, répondit le Seigneur, il ne craint plus le loup. » Puis il continua comme le raconte l'Évangile.

Par conséquenf, gardez-vous donc de trembler devant ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer Vâ/me, Craignez seulement, craignez pardessus tout Celui qui peut prononcer pour jamais la perte de Tâme et du corps dans le lieu des supplices.

Qu'est-ce, je vous le demande, que la valeur d'un passereau? On en donne deux pour une obole. Eh bien I pas un seul d'entre eux ne tombe sur la terre, sans la permission de votre Père. Les cheveux même de votre tête sont tous comptés.... Ainsi, encore une fois, n'ayez poiiit peur, vous êtes de plus haut prix que toute une troupe de passereaux.

Quiconque me glorifiera à la face des hommes, je le glorifierai. Moi aussi, devant mon Père, Celui qui est dans les Cieux. Et je renierai également devant mon Père céleste quiconque m'aura renié devant les hommes....

Ne vous faites pas l'illusion de penser que je 'sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis point venu apporter la paix, mais le glaive. Je suis venu en effet séparer, et mettre en opposition l'un contre l'autre, le fils et son propre père, la fille et la mère, la bru et la belle-mère: l'homme aura pour ennemis ceux-là même de sa propre maison.

N'est pas digne de Moi, quiconque aime son père ou sa mère plus que Moi.

N'est pas digne de Moi, quiconque me préfèrt son fils ou sa fille.

SAINT MATTUIEU, X, 37-42 ; XI, 1-3. 55

N'est pas digne de Moi, quiconque ne prend pas sa croix et ne marche pas à ma suite....

Sauver sa vie, c'est la perdre I... Et la perdre, àcause de Moi, c'est la sauver!... »

« Qui vous reçoit me reçoit ; et qui me reçoit reçoit Celui-là même qui m'a envoyé. — Qui accueille un Prophète, en tant que Prophète, sera récompensé comme le Prophète ; qui accueille un Juste, en tant que Juste, sera récompensé comme le Juste. Qui donnera à boire, ne fût-ce qu'un verre d'eau fraîche, à Tun des moindres qui sont là, en tant que Disciple, ne perdra point sa récompense, je vous letléclare, en vérité 1 »

Après avoir achevé de donner ces instructions aux douze Disciples, Jésus alla enseigner et prêcher dans les cités voisines.

Lorsque du fond de sa prison, Jean eut appris les œuvres du Christ, il envoya vers lui deux de ses Disciples pour lui adresser cette question :

« ^— Êtes-vous Celui qui doit venir, ou devons- « nous en attendre un autre? »

Pour toute réponse, Jésus leur dit :

— Retournez annoncer à Jean ce que vous avez ouï de vos oreilles et constaté de vos yeux : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les « lépreux sont guéris, les sourds entendent, les « morts ressuscitent, — les pauvres sont évangéli- « ses* ».... Bienheureux cependant qui ne se scandalisera pas de Moi!

Après leur départ, le Sauveur commença à parler de Jean aux multitudes.

— Au Désert, leur dit-il, qu'ôtes-vous allés voir? Est-ce un roseau agité par le vent?... Qu'ôtes-vous allés voir?

Serait-ce un homme aux vêtements efféminés? — Mais ceux qui se revêtent de la sorte se trouvent dans le palais des Rois.... Qu'êtes-vous donc allés voir ?

Un Prophète?... — Oui certes, vous dis-je, et plus qu'un Prophète. Car c'est lui qui est désigné par ce texte de TÉcriture: « Voici que j'enverrai mon ange, en avant de toi, pour te préparer le chemin ». En vérité, je vous le déclare, parmi les enfants des

1. Il y a une sorte de gradation ascendante dans cette énumération qui passe, comme on le voit, des malades guéris aux morts ressuscites. Or, TégoYsme humain^ TégoYsme social était tel que Jésus donne comme un signe plus divin encore que la Résurrection des morts^ ce simple fait : a Les pauvres. sont évangélisés ». Oh! que TAnçien Testament avait bien dit quand, peignant le délaissement de Tindigent, il s'écriait : Ûornine, Domine^ tibi derelictus est Pauperl « Seigneur! Seigneur! c^est à vous qu'est abandonné le Pauvre! »

femmes, il n'en est jamais surgi de plus grand que le Baptiseur Jean.... Et toutefois, dans le Royaume des Gieux, le moindre est encore plus grand que lui-

Depuis les jours de Jean-Baptiste cependant jusqu'au moment actuel, le Royaume des Gieux est violenté et les violents Tempêchent de vive force.

C'est à Jean que se terminent les prédictions de tous les Prophètes et les préfigurations de la Loi. Et, si vous voulez bien comprendre cette parole, lui-même est Élie qui doit venir. Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre I

A quoi pourtant assimilerai-je cette race-là [la race des Scribes et des Pharisiens]? Elle est semblable aux enfants assis sur la place publique, lesquels crient à leurs camarades :

(( Des airs joyeux nous vous avons chantés :

(( Tous n'avez point dansé.

(( Des airs plaintifs nous avons entonnés :

« Vous n'avez point pleuré. »

Jean en effet est venu, pratiquant l'abstinence du manger et du boire, et ils ont dit : « Un Démon le possède».

Le Fils de l'Homme, d'un autre côté, est venu, mangeant et buvant [comme tout le monde], et voilà qu'ils disent : « C'est un amateur de bonne chère, un buveur de vin, un ami des publicains et des gens sans conduite ».

Telle a été la justice rendue à la Sagesse par les enfants de cette race.

Reprochant alors leur irripénitence à ces villes, au sein desquelles avaient éclaté tant de fois les signes de sa puissance, il s'écria :

— A toi, Gorozaïm, malheur! A toi, Bethsaïde, malheur! Parce que si les miracles qui ont été faits au milieu de vous eussent été accomplis dans Tyr et dans Sidon, depuis longtemps ces deux cités eussent fait pénitence dans le cilice et la cendre*. Je vous le déclare donc : au jour du Jugement, il y aura, pour Tyr et pour Sidon, plus de rémission que pour vous !

Et toi, Capharnaûm, qui as été élevée au niveau du ciel, tu seras rabaissée jusqu'à Tenfer. Parce que, si dans Sodome eussent été opérés les miracles qui se sont produits chez toi , Sodome serait encore debout à Theure présente. Aussi, je vous le déclare, au jour du Jugement il y aura, pour le pays de Sodome, plus de rémission que pour toi !

Vers cette époque, Jésus dit encore ces paroles :

a 0 Père, ô Seigneur du ciel et de la terre, je vous

glorifie! car ces mêmes choses que vous avez tenues

1. Le cilice et la cendre étaient chez les Juifs la livrée de l'affliction; on révélait danis le deuil une sorte de sarrau d'étofTe rude à la peau, assez semblable à un sac, et Ton se saupoudrait la tète de cendre.

SAINT MATTHIEU, XI, 26-30; xu, 1. 59

cachées pour les sages et les prudents, vous en avez écarté le voile pour les petits ! D'avoir bien voulu qu'il en soit ainsi, ô mon Père, je vous rends grâces ^ »

a C'est à Moi que mon Père a tout remis : Et personne ne connaît le Fils, excepté le Père. Personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, — et celui à qui le Fils aura voulu le révéler.

Venez à Moi, vous tous qui travaillez et qui ployez sous le fardeau, et je vous ranimerai.

Prenez mon joug sur vous et apprenez de moi, que je suis doux et humble de cœur. Et vous trouverez de la sorte le repos de vos âmes : car mon joug est suave et mon fardeau léger. »

En ce temps-là, — un jour de Sabbat, — Jésus allait cheminant le long d'un champ de blé mûr.

1. Il est juste que, pour ceux-là qui sont les sages et les prudents, la Vérité soit en quelque sorte dérobée à leur premier regard, parce qu'ils ont le pouvoir et le loisir de la chercher. Il est bon qu'elle soit pour eux un fruit caché, afin qu'ils aient le mérite de faire effort pour la découvrir. Mais quant aux petits et aux pauvres, qui n'ont ni ce pouvoir ni ce loisir, il est juste et bon qu'elle s'offre d'elle-même à eux.

Pressés par la faim, ses Disciples se mirent à égrener des épis et à les manger.

Témoins de cela, les Pharisiens rinterpellèrent :

— Voyez donc ! dirent-ils; vos Disciples se permettent un acte qui est absolument défendu durant la solennité du Sabbats

— N'avez-vous pas lu, leur répliqua-t il, ce que fit David, lorsqu'il eut faim, et ce que firent également ceux qui étaient avec lui ? Et comment il entra dans la Maison de Dieu et mangea les pains de proposition, qu'il n'était permis de consommer,ni'à lui, ni à ses compagnons, mais bien aux Prêtres seuls *?

N'avez-vous pas lu aussi, au livre de la Loi, que les prêtres, dans l'enceinte du Temple, peuvent enfreindre aux jours de Sabbat le repos sabbatique, sans cependant se rendre en cela coupables d'aucune faute? Eh bien, je vous le déclare, tout lieu où je suis est plus grand que le Temple.

Si vous compreniez ce que signifie cette parole, a Je veux la Miséricorde et non le Sacrifice'^ », jamais vous n'eussiez fait entendre ce blâme contre des gens qui sont innocents : le Fils de l'Homme est le maître, même du Sabbat.

1. Le reproche des Pharisiens ne porte point sur le fait luimôme de toucher à la propriété d'autrui; car la loi de Moïse (Deut., XXlll, 25) autorisait parfaitement Thomme qui avait faim à prendre et à broyer quelques épis dans sa main^ en passant près du champ qui bordait la route. Ces rigoristes se scandalisaient de ce qu'on se permît cela le jour du Sabbat, et qu'on violât ainsi le repos prescrit.

2. Les pains de proposition sont ceux qu'on exposait tous les samedis sur la Table d'or devant le Seigneur. (L'abbé Glaire.)

3. Cette parole divine est écrite dans le prophète Osée, vi-6,

A la Synagogue, où il se rendit, se trouvait un homme qui avait la main paralysée.

Cherchant toujours quelque prétexte pour le mettre en accusation, les Pharisiens Tinterrogèrent encore :

— Est-ce chose licite, lui demandèrent- ils, de guérir aux jours de Sabbat?

— Quand vous avez une brebis, leur répondit-il, et que, le jour du Sabbat, cette brebis vient à tomber dans une fosse, en est-il parmi vous un seul qui ne s'empresse de la saisir et de Ten retirer?... De quel prix cependant n'est pas un être humain, en comparaison d'une brebis? — Donc, aux jours de Sabbat, il est permis d'être bienfaisant.

Puis, s'adressant à l'homme, il Jui dit :

— Étends ta main.

Jl rétendit : elle redevint aussi saine que l'autre. Quant aux Pharisiens, ils allèrent se concerter entre eux pour découvrir les moyens de le perdre.

Jésus le sut et quitta ce pays. Beaucoup le suivirent. Il guérissait tous les malades, mais en leur intimant l'ordre de ne pas faire d'éclat autour de sa personne.

Ainsi s'accomplissait la prédiction du Prophète

Isaïe : « Voici mon enfant, avait-il dit, voici Celui

« que j'ai choisi, Celui qui est mon bien-aimé,

« Celui en qui mon âme s'est complu. Sur Lui je

6i SAINT MATTHIEU, XII, 18-26.

« mettrai mon Esprit ; et aux Nations il annoncera « la justice. Ce ne sera point un homme de que- « relies et de cris, et Ton n'entendra point sa voix « retentir au forum. Il n'achèvera .pas de rompre le « roseau à demi brisé ; et il n'éteindra point la « mèche encore fumante. Et jusqu'à ce qu'il ait « fait entrer la justice en sa pleine victoire, les Na- « tions espéreront en son Nom^ »

Un possédé, aveugle et muet, lui fut présenté. Il le délivra immédiatement.

L'homme guéri parlait et voyait. Et les foules étaient dans la stupeur :

— Celui-là, s'écriaient-elles en désignant Jésus, celui-là n'est-il point « le Fils de David? »

Les Pharisiens entendaient ces propos :

— Celui-là, répliquèrent-ils, ne chasse les Démons que par le prince des Démons, Béelzébub.

Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur adressa ces mots :

— Tout Royaume divisé contre lui-même tombera en ruines. Nulle cité également, nulle maison divisée contre elle-même ne se maintiendra.

Or, si Satan chassait Satan, ce serait évidemment qu'il est divisé contre lui-même. Comment donc alors son Royaume pourra-t-il subsister?....

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