La Reine de Saba, province d'Arabie. * P. 545 a
répondit-il. Puis il ajouta, en étendant la main vers ses Disciples :
— Voici ma mère et mes frères !... Faire la volonté de mon Père qui est aux Cieux, c'est être mon frère, c'est être ma sœur, c'est être ma mère*.
Ce même jour, Jésus étant allé s'asseoir' sur le bord du Lac, on s'assembla en si grand nombre autour de Lui, qu'il dut se réfugier dans la barque et y prendre place pour parler de là aux multitudes demeurées sur le rivage.
11 leur exposa beaucoup de choses en paraboles :
— Le Semeur, disait-il, s'en est allé semer. Il jette sa semence.
Or, il y a des grains qui tombent sur le chemin. Les oiseaux de l'air surviennent et les dévorent.
D'autres grains tombent sur un sol pierreux, où la terre est rare. Et ceux-là germent et apparaissent promptement au dehors, la couche de terre étant
1. C'est être mon frère et ma sœur, car c'est, comme moi, être le fils du Père céleste; c'est être ma Mère, car c'est, comme elle, enfanter Dieu dans l'Humanité.
sans profondeur. Mais le Soleil darde ses rayons; et la plante, n'ayant point de racines, se sèche sous ses ardeurs.
D'autres grains tombent parmi les ronces. Mais les ronces, en grandissant, les étouffent.
Il y en a enfin qui tombent dans la bonne terre. Et ceux-ci donnent du fruit : tel grain rendant cent pour un, tel autre soixante, tel autre trente.
Qu'il entende, celui qui a des oreilles pour entendre!...
Ses Disciples s'approchèrent de Lui:
— Pourquoi donc leur parlez-vous par paraboles?
— A vous, répondit-il, il est présentement accordé de pénétrer les mystères du Royaume des Cieux : mais à ceux que voilà, non point*. A qui fait usage de ce qu'il a déjà, il sera encore donné, de sorte qu'il se trouvera dans l'abondance ; mais qui ne fait pas usage de ce qu'il a, se voit arracher même ce qu'il possède*.
C'est précisément pour ce motif que je leur parle en paraboles : parce que, en voyant, ils ne voient point; parce que, en entendant, ils n'entendent ni ne comprennent ; parce que, en eux, se réalise
1. « Mais à ceux que voilà, non point! t> II est probable quo parmi la foule se trouvaient les ennemis du Sauveur, les Scribes et les Pharisiens, et que ce sont eux que le Sauveur indique.
2. Cela veut dire que celui qui reçoit la grâce et ne la fait pas valoir perdra la grâce elle-même, tandis que Dieu reportera toutes les faveurs sur celui qui fera valoir les dons de la grâce qu'il a reçus. (Saint Chrysostome, Homélie CXXVIII, in Matth.)
la parole prophétique d'Isaïe : « De votre propre t: ouïe vous entendrez, et pourtant vous n'entendrez « point; de votre propre vue vous verrez, et pource tant vous ne verrez point. Carie cœur de ce peuple a s'appesantira. Us endurciront leurs oreilles et « fermeront leurs paupières, de peur que leurs yeux « ne voient, de peur que leurs oreilles n'entendent, « de peur que leur cœur ne comprenne, de peur « qu'ils n'aient à se convertir, de peur que je ne les « guérisse I »
Bienheureux sont vos yeux, à vous, parce qu'ils voient ! Bienheureuses vos oreilles, parce qu'elles entendent! — En vérité, je vous le déclare, nombreux ont été les Prophètes et les Justes qui ont désiré voir ce que vous voyez et qui ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et qui ne l'ont pas entendu!
Pour vous donc, écoutez le sens de la parabole du Semeur :
Le chemin sur lequel tombe le grain signifie l'homme qui, après avoir ouï la Doctrine du Royaume de Dieu, ne la fait point pénétrer en lui-même. Le Mauvais survient alors et lui enlève ce qui avait été jeté dans son cœur comme une semence.
Le sol pierreux sur lequel tombe la semence, c'est l'homme qui prête l'oreille à la Doctrine, et qui tout d'abord l'accueille avec joie. Mais il ne l'enracine pas en lui ; mais il est inconstant, mais, la tribulation et la persécution venant à se lever au
sujet de la Docirine, voilà qu'il en fait aussitôt le scandaleux abandon.
Les ronces parmi lesquelles tombe le germe, c'est riiomme qui écoute la Doctrine, mais dans lequel, par suite des sollicitudes du siècle présent et par Tillusion des richesses, elle est entièrement étouffée et frappée de stérilité.
Quant à la bonne terre où tombe le grain, c'est Vhomme qui est attentif à la Doctrine du Royaume de Dieu, qui se l'assimile et qui porte du fruit, produisant tantôt cent, tantôt soixante et tantôt trente pour un.
— Voici encore, leur dit-il, une figure du Royaume des Cieux :
Dans son champ un homme avait semé du bon grain. Or, pendant que ses gens s'étaient endormis, son Ennemi s'en alla semer de l'ivraie au milieu du froment, et disparut*.
Chaque plante poussa cependant et porta son fruit : et, en même temps que le blé, on vit apparaître l'ivraie.
Les serviteurs s'adressent au Père de famille :
— Eh quoi. Maître, n'est-ce pas du bon grain que vous avez semé dans votre champ? D'où provient donc l'ivraie?
—C'est là l'œuvre de l'homme ennemi, répond-il.
1. L'ivraie est une graminée qui pousse au milieu du blé, et qui^ tant que l'épi n'est pas formé, ressemble au froment.
— Permettez donc que nous allions l'arracher?
— Non, non! reprend le Maître; de peur qu'en enlevant l'ivraie, vous n'arrachiez du môme coup le froment. Laissez-les croître, l'un et l'autre, jusques à la moisson. Je dirai alors aux moissonneurs : « Enlevez d'abord l'ivraie et liez-la en a gerbes pour la brûler; vous recueillerez ensuite ce le froment et le mettrez dans mon grenier. »
— Le .Royaume des Cieux? il trouve aussi son image dans ce grain de sénevé qu'un homme va semer dans son champ. C'est assurément un germe minime entre tous. Et pourtant, quand il a pris sa croissance, c'est la plus grande des plantes potagères. Il devient même un arbuste, tellement que les oiseaux du ciel habitent dans ses rameaux*.
— Le Royaume des Cieux? il est figuré par le levain qu'une femme prend et qu'elle met mystérieusement dans trois mesures de farine jusqu'à ce que le tout ait fermenté'....
1. Le sénevé de la parabole est la plante dont la graine produit la moutarde. Il atteint jusqu'à dix pieds de hauteur. Comparé aux autres plantes des jardins, c'est un arbre.
2. Cette parabole du levain a le même sens que celle du grain de sénevé. « Le principe est posé dans le monde^ dit le Père
SAINT MArrHiEïT, xiii, 34-36. 73
Ainsi, par maintes comparaisons, Jésus enseignait les multitudes ; et il ne leur parlait jamais sans recourir à des images. C'était Taccomplissement de cette prédiction du Prophète * : « Ma bou- « che s'ouvrira pour parler en paraboles. Et je pro- « clamerai des choses qui ont été ignorées depuis <^ le commencement du monde. »
xviir
Lorsque, après avoir congédié la foule, Jésus fui rentré dans la maison, ses Disciples le vinrent trouver :
— Expliquez-nous, lui dirent-ils, la parabole de l'ivraie dans le champ.
Gratry, le ferment est déposé dans la masse par cette femme qui a mis sur la terre le Fils de l'homme : et lui, divin ferment, saura s'étendre à tout le genre humain. Le germe vint sur notre terre, et ce germe est bien le plus humble qui se soit jamais vu : un pauvre Enfant dans une élable; trente années de silence et de travail des mains ; puis un jeune homme qui parle à quelques autres et dont on a recueilli les discours en dix pages ; et tout cela, en dehors des grandes monarchies de l'Orient, en dehors de la lumière et de la civilisation de Rome et de la Grèce; tout cela, chez un petit peuple pauvre, inconnu, méprisé. Eh bien ! nos yeux le voient : ce germe, le moindre de tous, a produit, non pas un peuple, mais un Monde, le Monde chrétien. »
l. Ps. LXXVII, 2.
— Celui qui sème le bon grain, leur répondîl-il, c' est le Fils de THomme.
Le Champ, c'est le Monde.
Quant au bon grain, ce sont lejs enfants du Royaume. L'ivraie, ce sont les enfants du Mauvais.
L'Ennemi qui a semé Tivraie, c'est le Démon.
La Moisson, c'est l'accomplissement des temps : les Moissonneurs, ce sont les Anges.
De même donc qu'on enlève l'ivraie et qu'on la brûle dans le feu, de même, à l'accomplissement des temps, le Fils de l'Homme enverra ses Anges, el ils enlèveront de son Royaume tous les scandales. Ils en arracheront tous ceux qui opèrent l'iniquité et les précipiteront dans la fournaise de flamme. Là seront les pleurs et les grincements de dents. Et c'est alors que, dans le Royaume de leur Père, les Justes resplendiront comme le soleil. — Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre!
Le Royaume des Cieux ? C'est comme un trésor enfoui dans un champ. L'homme qui le découvre en garde le secret. Et puis, tout débordant de joie, il s'empresse de vendre tout ce qu'il a, et il fait l'acquisition de ce champ.
Le Royaume des Cieux, vous en trouverez Timagc dans ce négociant en quête de belles perles et qui en ayant rencontré une du plus haut prix, fait argent de tout ce qu'il possède, et achète celte perle.
SAINT MATTIIÏEU, XIII, 47-52. 75
Le Royaume des Cieux, voyez-en aussi le symbole dans ce filet que Ton jette en mer et qui ramasse des poissons de toutes sortes. Lorsqu'il est plein, les pêcheurs le tirent à eux : puis, s'asseyant sur la grève, ils font choix des bons pour les mettre dans des réservoirs, et rejettent les mauvais. Ainsi en sera-t-il à la consommation des siècles. Les Anges viendront séparer les méchants du milieu des justes; et ils précipiteront ces méchants dans Tardenle fouinaise, où seront les pleurs et les grincements de dents....
Avez-vous compris tout cela?
Oui, répondirent-ils.
— Eh bien, reprit Jésus, sachez donc que tout Docteur qui s'est pénétré de la Doctrine du Royaume céleste est semblable à un homme, chef de maison, qui sait, de son trésor, tirer des choses nouvelles en même temps que les choses anciennes *.
1. La doctrine du Règne divin n'est ni une doctrine d'immobilité, ni une doctrine de renversement : elle est, en même temps, immuable et prop^ressive ; elle est la vie grandissante. Le fond, les principes nécessaires demeurent les mêmes, voilà les choses anciennes ; la forme, le mode d'application se modifient sans cesse, suivant les temps, les circonstances, les milieux, voilà les choses nouvelles. Quiconque n'a pas à la fois sous son regard ces deux points de vue, s'égare. Si, dans son culte pour les choses anciennes, celui-ci veut conserver absolument tout, la forme changeante comme le fond indestructible, il se met en travers de la marche normale et providentielle de la vie, compromet toute stabilité par le fait même qu'il se refuse à tout progrès. Si celui-là, dans son ardeur pour les choses nouvelles, prétend modifier le fond indestructible comme la forme
Après avoir achevé d'exposer cette série de paraboles, Jésus retourna chez ses compatriotes. Il entra dans leurs synagogues; et ils se montrèrent fort étonnés qu'il y fît entendre ses enseignements,
— D'où lui viendraient, murmuraient-ils, une telle sagesse et la puissance des Miracles? N'est-ce pas là le fils du Charpentier?... Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie?... Et Jacques, et Joseph, et Simon, et Jude, ne sont-ils pas ses cousins?.. Ses proches parentes n'habitent-elles pas toutes parmi nous?... Où donc pourrait-il avoir puisé tout cela?
Pour eux il était un scandale.
changeante, il compromet tout progrès, par cela môme qu'il se refuse à ce qui constitue toute stabilité. Le premier est l'esclave de la Routine ; le second est le soldat de la Révolution. Tous deux conduisent à la mort par un chemin différent. Faisant le discernement des principes et de Tapplication, du fond et de la forme, de ce qui est permanent et de ce qui est transitoire, ne se troublant et n'ayant nulle peur, ni de voir disparaître ce qui doit s'en aller à son heure, ni de voir apparaître ce qui doit venir en son temps, Tapôire de la Vérité totale, le chrétien pénétré de la grande doctrine du Règne divin conserve dans les choses anciennes ce qui, de soi, est impérissable, et adopte dans les choses nouvelles ce qui a droit à la vie. Ainsi fait-il à toute époque et en tout pays, qu'il s'agisse d'apostolat, de science, de prédication, d'apologétique, d'institutions sociales: semper uni^ tas, sanper varielas ; — semper profert de thesauro suo nova et vetera.
— Un Prophète, leur dit Jésus à cette occasion, un Prophète n'est sans honneur que dans sa patrie, — et dans sa maison.
Aussi fit-il en cet endroit peu de miracles, à cause de leur incrédulité.
La renommée de Jésus était parvenue cependant aux oreilles du tétrarque Hérode*.
— C'est Jean! s'écria-t-il au milieu de ses courtisans; c'est celui qui baptisait!.. Il est ressuscité d'entre les morts ! De là les prodiges qu'il opère.
Hérode, en effet, s'était saisi de Jean. Il l'avait chargé de chaînes et jeté en prison : à cause d'Hérodiade, épouse de son frère Philippe, et parce que Jean lui avait dit à lui-même : « Il ne vous est pas permis d'avoir cette femme-là ».
Le tétrarque eût bien voulu le mettre à mort; mais il avait peur du peuple, lequel tenait Jean pour prophète.
Or, au jour anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodiade, ayant dansé au milieu de la salle, avait tellement fasciné le tétrarque que celui-ci lui
1. On donnait le titre de létrarques à des princes qui gouvernaient la quatrième partie d'un royaume démembré.
78 SAINT MATTIIIKU, XIV, 7-14.
avait juré, par serment, de lui accorder tout ce qu'elle lui demanderait.
Poussée par sa mère, cette fille lui avait répondu :
— Donnez-moi, ici même, sur ce plateau, la tête de Jean-Baptiste.
A ces mots, le Prince était devenu soucieux. Toutefois, à cause de son serment, à cause aussi des convives présents, il avait alors intimé Tordre d'aller décapiter Jean, dans la prison.
Donc, sur le plateau, l'on avait apporté et remis à la jeune fille la tête de Jean. Et elle-même à son tour l'avait offerte à sa mère.
Les Disciples de Jean étaient venus prendre son corps et l'ensevelir. Puis, ils s'étaient rendus auprès de Jésus, pour l'informer de ce qui s'était passé.
Après avoir appris cet événement, Jésus quitta cette région, et partit dans une barque pour se retirer à l'écart, dans quelque endroit solitaire. Le bruit s'en répandit; et, des diverses villes du littoral, les populations accoururent à pied vers le point du rivage où il se dirigeait. De sorte que, dès qu'il sortit de la barque, il aperçut devant lui ces nombreuses multitudes, lien eut compassion, et il guérit les malades....
Comme le jour commençait à décliner, les Disciples vinrent lui dire :
— Ce lieu-ci est désert, et Theure est déjà avancée. Renvoyez les foules, afin que les uns et les autres puissent aller dans les villages acheter de quoi se nourrir.
— Il n'est nullement nécessaire qu'ils s'en aillent, repartit Jésus. Vous allez vous-mêmes leur donner cl manger.
— Mais nous n'avons que cinq pains et deux poissons.
— Apportez-les-moi ici.
11 dit : et, après avoir ordonné que le peuple s'assît sur l'herbe, il prend les cinq pains, ainsi que les deux poissons, et, levant son regard vers le ciel, il les bénit. Puis, faisant les parts, il les distribue à ses Disciples, et ses Disciples au peuple.
Tous mangèrent, tous furent rassasiés. Et, des morceaux qui restèrent, on emporta douze corbeilles pleines. Quant au nombre de ceux qui furent ainsi nourris, il était de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.
Aussitôt après, Jésus pressa ses Disciples de remonter dans la barque et de le précéder de l'autre côté du Lac, tandis qu'il renverrait lui-même les multitudes.
Quand le peuple se fut dispersé, Jésus gravit la Montagne afin de prier dans la solitude....
Le soir était arrivé et il était seul en ce lieu.
Pendant ce temps, la barque, ayant' le vent contraire, était battue des flots au milieu du Lac.
Or, à la dernière veille de la nuit [entre trois et six heures du matin], Jésus, marchant sur les eaux du Lac, alla vers ses Disciples*. Mais quand ils l'aperçurent ainsi, cheminant sur la surface des ondes, ils furent bouleversés.
— C'est un fantôme! disaient-ils en poussant des cris de terreur.
Mais soudain Jésus leur parla :
— Ayez confiance! C'est Moi. Soyez sans crainte.
— Si c'est vous. Seigneur, lui répond Pierre, commandez que je vienne moi-même à vous, sur les flots.
— Viens, dit Jésus.
Descendant aussitôt de la barque, Pierre marcha tout d'abord sur Teau pour aller à Jésus. Mais devant la violence du vent, il fut pris de peur, et commença à s'enfoncer.
— Seigneur! s'écria-t-il, sauvez-moi!...
Jésus étendit la main et le saisit.
— Homme de peu de foi! lui dit-il, pourquoi as-tu douté?
1 . Les anciens Hébreux partageaient la nuît en trois veilles de quatre heures chacune ; mais, à Tépoque évangélique, cette division s'était modifiée et l'on avait adopté l'usage romain qui était de diviser la nuit en quatre veilles^ chacune de trois heures, à partir de si\ heures du soir. La quatrième et dernière veille de la nuit commençait donc vers trois heures du matin et se terminait à six heures.
Dès qu'ils furent entrés dans la barque, le vent cessa. Et alors tous ceux qui s'y trouvaient se prosternèrent devant Lui.
— Vous êtes vraiment le Fils de Dieu! disaient-ils.
Après avoir débarqué, ils se dirigèrent vers les districts de Genesar. Les hommes de ce pays,, rayant reconnu, firent prévenir toute la contrée et lui présentèrent tous leurs malades, le suppliant de permettre seulement qu'ils touchassent le bord de son vêlement.
Et tous ceux qui le louchèrent furent guéris.
Des Scribes et des Pharisiens qui arrivaient de Jérusalem s'approchèrent de Lui :
— Pourquoi vos Disciples, lui dirent-ils, transgressent-ils la tradition des Anciens? Au moment de prendre leur repas, ils ne pratiquent point l'ablution des mains*.
1. Les Juifs avaient et ont encore aujourd'hui la coutume de se mouiller le bout des doigts avant et après le repas, et cela avec certains gestes déterminés par leurs Docteurs; ainsi, ils ne devaient jamais aller au delà du poignet, si ce n'est dans les repas des sacrifices. Sans cette formalité, tout aliment devenait impur, et souil-
— Et VOUS donc , leur répondit-il , pourquoi , par votre tradition, transgressez-vous Tordre même de Dieu ? En effet, Dieu a prononcé ce commandement* : « Tu secourras respectueusement de tes « deniers, et ton père, et ta mère. » Il a dit encore : « Qu'il soit voué à la mort celui qui fait injure à « son père ou à sa mère....'» Mais vous, voici votre enseignement : « — Quiconque fera enten- . « dre cette déclaration à son père ou à sa mère : « Qne mon offrande à Dieu vous tourne à profit! « n'aura plus envers eux de devoirs à remplir. » Et c'est ainsi, par votre tradition, que vous réduisez à néant le commandement de Dieu *.
lait celui qui l'avait pris^ bien plus^ le rendait semblable à un adultère; et celui qui ne se lavait pas les mains après le repas était aussi coupable qu'un meurtrier. Celui, au contraire, qui observait avec soin ces prescriptions, pouvait se regarder comme assuré du salut éternel. Que l'on se représente ce cérémonial absurde, imposé par les maîtres de la Religion à tout un peuple qui s'y façonnait dès l'enfance, et l'on comprendra jusqu'à quel point les Juifs contemporains de Notre-Seigneur, enchaînés dans un formalisme vide et étroit, étaient inaccessibles à toute idée morale un peu élevée. (Sepp.)
1. Exode, XX, 1 ; Deulér., V, 16; Lévit.. XX. 9; Prov., XX, 20.
2. Ce passage, clair pour les auditeurs de Jésus-Christ, familiarisés avec la casuistique pharisaïque, a besoin, pour le lecteur moderne, de quelques explications. Les Scribes et les Pharisiens, qui occupaient en général les fonctions sacerdotales, poussaient le peuple à remplacer par des offrandes apportées au Temple (c'està-dire par une dévotion dont ils profitaient) l'accomplissement du devoir prescrit par Dieu, du devoir naturel d'assister ses parents dans l'indigence.
— Le meilleur moyen de secourir vos vieux parents, disaient-ils, c'est de donner à Dieu même, par nos mains, ce que vous leur destiniez. Et Dieu fera tourner cela à leur profit, plus que si vous leur
Comédiens ! Que le prophète Isaïe a bien sondé vos âmes lorsqu'il a dit : « C'est par les lèvres que « ce peuple m'honore. Quant à son cœur, il est « loin de moi! Enseignant des doctrines et des « ordonnances humaines, ils m'adressent un culte « vain*. »
Il appela à lui le peuple :
— Écoutez et comprenez, leur dit-il. Ce qui corrompt rhomme, ce n'est pas ce qui entre dans la bouche, c'est ce qui en sort.
Ses Disciples s'approchèrent de Lui :
— Savez-vous qu'en entendant ce mot, les Pharisiens le trouvent scandaleux? lui dirent-ils.
— Toute plantation qui ne provient point de la main de mon Père céleste sera déracinée, répondit-il. Laissez-les. Ce sont des aveugles, conducteurs d'aveugles. Or, quand un aveugle conduit un aveugle, tous deux tombent dans le fossé....
donniez directement. De plus, vous en aurez vous-même récompense.
— Mais si mes vieux parents réclament, en s'appuyanl sur la loi naturelle et divine?
— Eh bien, vous leur répondrez : « J'ai fait l'oûrande à Dieu de a tout ce que j'aurais pu vous donner. Qu'il vous assiste donci (k adressez-vous à Lui ! » De la sorte vous serez quitte de toute obligation envers eux. Et eux-mêmes, comprenant que dès lors^ toute réclamation ultérieure serait un sacrilège et une tentative sur l'offrande sacrée, garderont le silence et vous laisseront en repos.... »
Oh! qu'il était mérité le mot sévère du Seigneur adressé à de tels prêtres du Dieu vivant! qu'elle était méritée cette épithète de 'juoxpiTat qui signifie littéralement a comédiens », et dont nous avons fait « hypocrites » !