Deuléronome, XXIV
2. Jésus répète ici ce qu'il avait dit sur la montagne des Béatitudes. Et dans les deux circonstances, en permettant à ses Disciples d'éloigner d'eux la femme coupable, il marque expressément que cette séparation ne brise pas le lien conjugal, car il ajoute: a Et celui qui épouse la femme renvoyée, commet un adultère. » (L'abbé Fouard.)
— Si telle est, lui dirent alors les Disciples, la condition de Thomme vis-à-vis de la femme, il est bon alors de ne pas se marier*.
— Tout le monde, répliqua-t-il, n'est pas capable de ce parti, mais seulement ceux à qui la grâce en a été faite.
S'il en est qui naissent, dès le sein de leur mère, impuissants au mariage; s'il en est d'autres qui ont été faits tels par les hommes, il s'en trouve aussi qui ont eux-mêmes sacrifié leurs sens, et sont demeurés vierges en vue du Royaume des Cieux. Que celui qui a la force d'en arriver là y arrive!
On lui conduisit en ce moment des petits enfants, afin que, leur posant ses mains sur la tête, il priât pour eux.
Et comme les Disciples les repoussaient de la voix :
— Laissez donc ces petits enfants et ne les empêchez point de venir à Moi. Car c'est de ceux qui leur ressemblent que se compose le Royaume du Ciel.
Il dit, et sur leurs têtes il étendit ses mains. Puis il s'éloigna.
1. Rien ne témoigne mieux que cette parole à quel point les mœurs avaient dégénéré. Les Apôtres du Sauveur eux-mêmes ne supportaient pas la pensée de la lidélité conjugale.
i>AlNT MATTHIEU, XIX, 16-23. 105
Un jeune homme se présenta à Lui :
— Bon Maître, lui demanda-t-il, quel est le bien qu'il faut que je fasse pour acquérir Téternelle Vie?
— Pourquoi m'appelles-lu bon? Un seul être est bon : c'est Dieu. Maintenant, si tu veux entrer dans la Vie, observe les commandements.
— Lesquels?
« — Tu ne commettras point d'homicide. Tu ne « seras point adultère. Tu ne déroberas point. Tu « ne feras point de faux témoignages. Honore ton « père et ta mère. Et aime ton prochain comme toi- « même*. »
— Tout cela, répondit le jeune homme, je l'ai mis en pratique dès mon enfance. Que me manque-t-il encore?
— Si tu veux être parfait, reprit Jésus, va vendre ce que tu possèdes, et donnes-en le prix aux pauvres : tu auras alors un trésor dans le ciel. Après quoi, viens à ma suite.
Le jeune homme, entendant ces paroles, s'en alla tout triste, car il avait une grande fortune. Jésus se tourna vers ses Disciples :
— En vérité, je vous le déclare, un riche entrera
1 . Ces commandements se trouvent dans l'Exode, XX, 13. * P. 550, 6, c.
(lifflcilement dans le Royaume des Cieiix. Oui, je vous le répète : — II est plus facile à un chameau de passer par le Trou de V Aiguille^ qu'à un riche d'entrer dans le Royaume du Ciel*.
— Qui donc pourra être sauvé ? s'écrièrent-ils, très étonnés de ces paroles.
Jésus arrêta sur eux son regard :
— Cela ne se peut par les forces humaines. Mais, par la force de Dieu^ tout est possible.
1 . a II est plus facile à un chameau de passer par le Trou de V Aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume du Ciel. » Cette expression^ dont le côté absolu a quelquefois embarrassé les commentateurS; comporte une explication très simple. En Orient on appelle encore « Trou de TAiguilIe » certains passages couverts, tantôt créés par la main de l'homme, tantôt et plus souvent formés par des grottes naturelles perçant de part en part quelque montagne. Ces espèces de tunnels, grâce auxquels on évite parfois un très long circuit, sont habituellement assez bas, de sorte que Ton n'y peut faire passer les chameaux qu'à la condition de les débarrasser de leur fardeau et même, en certains endroits, de les faire marcher sur les genoux. Les chameliers aiment mieux décharger et recharger les dromadaires, que d'avoir à contourner la montagne et à subir ainsi un détour de quelques lieues.
Ce même nom de « Trou de l'Aiguille » était également donné à des porches de faible hauteur établis dans les remparts de certaines villes. On les construisait de la sorte pour que la cavalerie ennemie ne pût jamais y faire irruption, mais les chameaux y pouvaient passer dans les conditions que nous venons d'expliquer.
On comprend maintetiant le sens allégorique de la Parabole. Pour entrer par la porte du Royaume des Cieux, le Riche est obligé de s'affranchir du fardeau des richesses, de se faire petit, de s'humilier, de s'agenouiller, car cette porte est très étroite, très basse et très resserrée. Porta angtista, via arda.
— Et nous, lui dit Pierre, revenant sur ce sujet, voilà cependant que, pour vous, nous avons tout quitté. Que nous en adviendra-t-ii?
— En vérité, je vous l'atteste, leur répondit Jésus; quand arrivera la Genèse nouvelle, alors que le Fils de THomme sera assis sur le trône de sa gloire, vous aussi, vous qui m'avez suivi, vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël, Et quiconque, à cause de mon Nom, aura quitté ou sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa fille, ou ses champs, recevra le centuple : et il possédera Téternelle Vie....
Beaucoup, qui sont les derniers, seront les premiers; beaucoup, qui sont les premiers, seront les derniers. Et voici encore une comparaison, relative au Royaume des Cieux :
« En quête de gens pour travailler sa vigne, un Père de famille sortit à Taurore, dès la première heure.
Il convient d'un denier par jour avec des ouvriers, et il les envoie dans sa vigne.
Sortant de nouveau aux environs de neuf heures
du matin, il en aperçoit d'autres, chômant sur la place publique : « — Venez aussi à ma vigne, leur dit-il, et je vous payerai ce qui est juste. » Ils y vont.
Vers midi il sort également, puis vers trois heures, et fait de même.
Étant enfin sorti sur les cinq heures, il en trouve encore d'autres qui étaient là, debout, et il leur demande : « Pourquoi restez-vous ainsi, du matin au soir, à ne rien faire? » — « Parce que personne ne nous a loués. » — « Allez donc, vous aussi, à ma vigne, » leur répond-il.
La journée finie*, le Maître de la vigne donne cet ordre à son intendant : « — Faites Tappel des ouvriers: et soldez à chacun sa paye, en commençant par les derniers et finissant par les premiers. »
Lorsque se présentèrent les ouvriers de cinq heures du soir, ils reçurent chacun un denier.
Là-dessus les premiers, arrivant ensuite à Tappel, s'imaginèrent qu'ils devaient dès lors avoir davantage. Toutefois ils ne reçurent, eux aussi, qu'un denier chacun. De sorte que, tout en le prenant, ils murmuraient contre le Père de famille :
« — Ces derniers venus, disaient-ils, ont travaillé seulement une heure, et vous les égalez à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur? »
Le Père de famille répondit à l'un d'eux :
1. D'après la loi de Moïse^ le salaire de l'ouvrier devait être payé le jour même. (Deut., XXIV, 15.)
« — Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'es-tu pas convenu avec moi d'un denier? Emporte donc ce qui t'appartient et retire-toi. Quant à moi, si je veux donner aussi à cet autre, arrivé plus tard, la même somme qu'à toi-même, ne m'est-il pas permis d'user de mes biens suivant mon gré? Et pourquoi vois-tu de mauvais œil que je sois bon? »
Ainsi les derniers seront les premiers ; et les premiers, les derniers. »
Gomme il gravissait les côtes qui vont vers Jérusalem, Jésus prit en particuliei' ses douze Disciples ; et, chemin faisant, il leur dit :
— Voilà que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l'Homme y sera traîtreusement livré aux Chefs des Prêtres et aux Scribes, qui le condamneront à mort. Puis ils remettront sa personne aux hommes de la Gentilité* pour qu'il soit bafoué, flagellé et crucifié.... Et il ressuscitera le troisième jour.
Ce fut alors que s'approcha la mère des fils de Zébédée, accompagnée de ses enfants. Elle se prosterna devant Lui, comme pour lui présenter quelque requête.
1. c Aux hommes de la Gentilité » Genlibus, aux soldais de rÉtranger, à Pilate, aux soldats romains, aux valets du prétoire, à ceux qui foulaient en vainqueurs le sol de la patrie.
llO SAINT MATTHIEU, XX, 21-28.
— Que désires-tu? lui dit-il.
— Veuillez établir, répondit-elle, que, dans votre Royaume, mes deux fils, que voici, siégeront à vos côtés, Tun à voire droite et Tautre à gauche.
— Vous ne savez ce que vous demandez, leur repartit Jésus. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire moi-même?
— Nous le pouvons, lui dirent-ils.
— Eh bien, vous boirez mon calice, mais quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n'est point une chose que j'aie à vous octroyer* : ces places appartiennent à ceux: pour qui mon Père les a préparées.
Les dix autres avaient entendu. Et ils étaient indignés contre les deux frères.
Jésus les appela tous auprès de Lui :
— Vous savez, dit-il, que les Princes des nations en sont les dominateurs, et que les grands exercent sur le peuple un pouvoir impérieux. Il n'en sera pas ainsi parmi vous : tout au contraire. Qu'il s'emploie à vous servir, celui qui voudra être le plus grand au milieu de vous; qu'il se fasse votre esclave celui qui voudra être le premier ; imitant en
1. Vous me demandez, en tant qu'homme et ami, ce que Dieu seul, avec le concours de vous-mêmes, peut vous attribuer. Vous demandez à la faveur du Fils ce qui relève delà justice du Père^ à la protection d'autrui ce qui doit provenir des efforl» personnels. La place et le degré de gloire seront donnés, non à qui les désire, mais à qui les méritd^, non à l'ardeur de l'ambition, mais au zèle désintéressé du bon vouloir et de Tamour. Et Dieu saura se souvenir de ceux qui savent s'oublier. i : .
cela le Fils de THomme, lequel est venu, non pour être servi par les autres, mais afin de servir luimême, et de donner sa vie pour la Rédemption des multitudes.
Comme Jésus et ses Disciples sortaient de Jéricho, deux aveugles, assis le long du chemin, entendant dire autour d'eux que c'était Lui qui passait, se mirent à l'implorer :
— Seigneur, Fils de David, s'écrièrent-ils, ayez pitié de nous !
*La foule les gourmandait pour les faire taire. Mais ils n'en criaient que plus fort :
— Seigneur, Fils de David, ayez pitié de nous! Jésus s'arrêta, les appela et leur dit :
— Que voulez-vous que je fasse pour vous?
— Que nous y voyions. Seigneur!
Ému de compassion pour ces aveugles, Jésus toucha leurs yeux. Tout aussitôt la vue leur fut rendue et ils marchèrent à sa suite.
Aux approches de Jérusalem, à Bethphagé, près du mont des Oliviers, Jésus dit à deux de ses Disciples :
— Allez au village qui est devant vous. En entrant, vous apercevrez tout d'abord une ânesse attachée.
et son ànon avec elle. Déliez-les et amenez-les-moi.... Si Ton vous fait quelque observation, répondez que le Seigneur en a besoin : aussitôt on vous les laissera prendre.
Or tout cela eut lieu, afin que fût réalisée la parole du Prophète : « — Dites à la fille de Sion : Voici « que ton Roi vient à toi, plein de douceur, assis « sur une ânesse, puis sur Tânon de celle qui porte « le joug ^ 5>
Ayant suivi les instructions de Jésus, les Disciples lui amenèrent Tânesse avec Tànon. Puis, mettant leurs vêtements sur le dos de Tanimal, ils y firenT; asseoir le Seigneur.
La plus grande partie du peuple étendait à terre ses manteaux le long de la route. D'autres coupaient les branches des arbres et en jonchaient le cheniin. Les foules qui marchaient en avant de Lui, et celles qui se pressaient à sa suite, faisaient entendre des acclamations : « Vive le Fils de David!... Béni
1. Citons le texle de Zacharie auquel l'Évangéliste fait allusion; dExsuUa salis filin Sion. Ecce Reœ tuus vcniet libijustus, et saû vator; ipse paupcr, et ascendcns super asinam et super puUum filium asinae. Saint MatUiieu, comme on le voit, rapporte la pensée du texte plutôt que ses expressions littérales.
« Sur une ânesse, puis sur l'ànon de celle qui porte le joug. » Les commentateurs, s'inspirant sans doute de la tradition, racontent que Notre-Scigneur monta sur l'ânesse d'abord, jusqu'à la porte de la ville, et qu'ensuite, l'animal étant déjà p<^ut-étre fatigué, Jésus en descendit, s'assit sur l'ànon et entra de la sorte dans Jérusalem. Cette explication, fort naturelle, fait comprendre le sens, embarrassant au premier aspect, de ces mots : « Sedentem super asinam et puUum filium subjugalis »».
a soit Celui qui vient au nom du Seigneur!... « Vivat! Gloire à Lui au plus haut des CieuxM »
A son entrée dans Jérusalem, la cité tout entière s'émut :
— Qui donc est celui-ci? demandait-on.
Et les multitudes répondaient :
— Celui-ci, c'est Jésus, le Prophète de Nazareth! C'est de la sorte qu'il arriva dans le Temple de
Dieu. Et là, il se mit à chasser tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Lieu saint. II renversa les tables des changeurs ainsi que les estrades des marchands de colombes ; et ces mots s'échappaient de ses lèvres :
— Alors qu'il est écrit, « Maison de la prière sera le nom de ma Maison », voici que vous en avez fait une caverne de voleurs!
Aveugles et boiteux s'approchèrent de Lui, dans le Temple, et il les guérit.
Devant ces merveilles qu'il accomplissait, devant l'acclamation des enfants qui retentissait dans le Temple : « Vive le Fils de David ! » les Grands-Prêtres et les Scribes frémissaient de dépit et ils s'adressèrent à lui-même :
1. Un grand nombre de ceux qui poussaient ces exclamations se figuraient que Jésus prenait possession de son Royaume terrestre, et allait délivrer la nation du joug des Romains. C'est ce qui explique pourquoi, lorsqu'ils le virent quelques jours après en la puissance de ses ennemis, trompés dans leur attente et toute illusion étant devenue impossible, ils se tournèrent contre lui. (Wallon.)
— Est-ce que vous entendez ce qu'ils crient? lui dirent-ils.
— Oui, certes! répondit Jésus, je Tentends. N'avezvous donc jamais lu ce texte? « Sur des lèvres d'enfants et de nourrissons qu'on allaite, je mettrai un jour la juste louange* ».
Il les quitta. Et, sortant de la ville, il s'en alladans la direction de Béthanie, où il passa la nuit.
Le lendemain, en revenant à Jérusalem, il eut faim. Ayant aperçu au bord de la route un figuier isolé, il s'en approcha*. Mais il n'y trouva pas une figue ; l'arbre n'avait que des feuilles,
— Que jamais, dit-il alors, en s'adressant à l'arbre lui-même, que jamais fruit ne naisse de toi désormais !
A ces mots, le figuier se flétrit tout à coup*,
l.Ps. VIII, 3.
2. Tout voyageur avait le droit, pour apaiser sa faim, de cueillir les fruits placés sur le bord de la roule. (Deut., XXIII.) — La route de Béthanie à Jérusalem devait abonder en figuiers, car le nom du village de Betlipliagé, situé entre ces deux villes, signifie « village des figuiers b.
3. Étrange anathème, si Ton ne regarde que Tarbre, incapable do mérite; mais terrible pour l'hypocrite dont ce figuier était l'image, terrible surtout pour le peuple Juif qui, fier de ses lois et de ses cérémonies, ne cachait sous ces dehors qu'une vaine justice. Ce coup de mort est le seul qui soit parti de la main du Sauveur; II ne l'a porté qu'au dernier jour, pour pénétrer de la crainte de Dieu des cœurs obstinés, et sa miséricorde môme s'y est fait sentir, épar-
Les Disciples, à ce spectacle, avaient été saisis d'étonnement.
— Comment donc, disaient-ils, cet arbre s'est-il instantanément desséché?
— En vérité, je vous le déclare, leur répondit Jésus, si vous avez la foi et que vous n'hésitiez point, non seulement vous ferez ce que j'ai fait à l'égard du figuier; mais, quand môme vous donneriez à cette montagne un ordre comme celui-ci : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer », cela s'accomplirait aussitôt. Tout ce que, dans la prière, vous demanderez avec foi, vous l'obtiendrez.
Dès qu'il fut entré dans le Temple, les Grands- Prôtres et les Anciens du peuple vinrent à Lui, pendant qu'il enseignait, et l'inlerpellèrent*.
— En vertu de quelle autorité faites-vous cela? et qui vous en a octroyé le pouvoir?
— A mon tour, leur répliqua Jésus, je vous poserai une question, une seule; et, si vous y répondez, je vous ferai connaître alors de quel droit j'agis ainsi. Dites-moi : « Le Baptême de Jean, d'où dérivait-if? Du Ciel ou des hommes? »...
gnant rhomme et ne sacrifiant qu'une créature insensible. (L*abbé Fouard.)
a Si nous répondons « du Ciel », pensèrent-ils en eux-mêmes, il va nous répliquer: « Pourquoi donc n'y avez-vous pas cru? » Et si nous répondons « des hommes », nous avons à craindre la multitude. »
Tout le peuple en effet tenait Jean pour Prophète.
— Nous ne savons, dirent-ils*.
Jésus, de son côté, leur repartit alors :
— Eh bien, je ne vous apprendrai point, moi non plus, en vertu de quelle autorité j'agis de la sorte....
Que vous semble-t-il cependant du cas que voici ?
Il était une fois un homme qui avait deux fils.
Il aborde l'un d'eux et lui dit : « — Mon fils, va travailler aujourd'hui à ma vigne. »
<c — Je ne veux pas, » réplique d'abord celui-ci. Toutefois, touché de repentir, il s'y rend l'instant d'après.
Le Père s'adresse également à son autre fils et lui commande la même chose :
a — J'y cours, Seigneur! » s'écrie aussitôt celuih\.... Seulement, il n'y va point.
Lequel des deux a fait la volonté de son Père?
— C'est le premier, répondirent-ils.
1 . Ils n'en savaient rien, eux les maîtres d'Israël, eux qui s'arrogeaient le droit de tout interpréter, de tout juger, de discerner le prophète inspiré d'avec le séducteur; ils ne pouvaient dire ce qu'était riiomme dont lavoix avait remué la Judée et attiré au Jourdain, non seulement la foule ignorante, mais les docteurs et les grands. Quoi de plus humiliant qu'un tel aveu I Leur confusion fut telle, que Jésus se contenta de leur répondre : » Moi non plus je ne vous dirai pas en quelle puissance j'agis d ; et il se détourna d'eux. (L'abbé Fouard.)
— En toute vérité, je vous le déclare, reprit Jésus, en vérité, publicains et pécheresses publiques vous précéderont dans le Règne de Dieu ! Jean en effet est venu en la voie de la justice et vous n'avez point cru en lui, tandis que les publicains et les courtisanes y ont eu foi.
Voyant cela, avez-vous du moins, après eux, été pris de repentance et avez-vous fini par croire en lui? Non.
Écoutez maintenant cette autre parabole.
Un homme, un Père de famille, avait planté une vigne. Après l'avoir entourée d'une haie et munie d'un pressoir, après y avoir construit une tour, il avait loué des cultivateurs pour la travailler, et était parti pour un lointain voyage.
Lorsque vint la saison, il donna mission à quelques-uns de ses serviteurs d'aller recueillir de la main des vignerons le produit de sa vigne.
Or, ces vignerons se précipitèrent sur les serviteurs, assommèrent celui-ci, tuèrent celui-là, en assaillirent un troisième à coups de pierres.
Le Maître leur en expédia alors d'autres, plus nombreux que les premiers. Les vignerons les traitèrent de même.
Enfin, il leur envoya son propre enfant.
« — Pour mon Fils du moins, ils auront du respect, » pensa-t-il.
118 SAÎNT MATTHIEU, XXt, 38-46.
Mais dès qu'ils Taperçurenl, les vignerons se dirent de Tun à Taùtre : « Cette fois-ci, c'est l'héritier. Allons! tuons-le, et nous aurons son héritage ».
S'étant donc jetés sur lui, ils l'expulsèrent de la vigne et l'assassinèrent.
Lorsque, cependant, le Maître de la vigne arrivera, que fera-t-il aux vignerons?
— Il fera périr misérablement ces misérables, répondit- on; et il confiera le soin de sa vigne à d'autres cultivateurs, qui lui en rendront les fruits à la saison.
—Est-ce que vous ne connaissez point,reprit Jésus, ce texte des Écritures ? « La Pierre que les Architec- « tes ont rejetée est devenue précisément la tête de <c l'angle : œuvre admirable du Seigneur qui s'ac- « complit sous nos yeux^ » Je vous déclare donc que le Royaume de Dieu vous sera enlevé et qu'il seradonné àun peuple qui en produira les fruits.... Quiconque tombera sur cette Pierre s'y brisera; et elle écrasera tout homme sur qui elle viendra à tomber.
En entendant ces paraboles, les Chefs des prêtres et les Pharisiens avaient compris que c'était d'eux-mêmes qu'il parlait.
Ils songèrent à le faire arrêter; mais ils redoutèrent la multitude, parmi laquelle Jésus était considéré comme un Prophète.