Chez les Hébreux, le talent valait près de 5000 francs
2. bossuet, d'après saint Augustin, fait ressortir la beauté et la portée de cette expression. <t La joie entre en nous lorsqu'elle est « médiocre. Mais nous entrons dans la joie quand elle surmonte la c capacité de notre &me, qu'elle nous inonde, qu'elle regorge et que
. c nous en sommes absorbés : ce qui est la parfaite félicité des € Saints. »
« — Seigneur, vous m'avez mis en main deux talents. En voici deux autres, que j'ai gagnés.
— Très bien, bon et fidèle seiTiteur ! lui répond son Maître. Puisque tu as été fidèle, entre dans la joie de ton Maître. »
Arrive enfin, à son tour, celui qui avait reçu un seul talent :
« — Seigneur, dit-il, je sais que vous êtes un homme rigoureux, moissonnant où vous n'avez pas semé et ramassant où vous n'avez point épandu... Plein de crainte, je suis donc allé enfouir en terre votre talent. Le voilà : vous êtes en possession de ce qui vous appartient !
— Méchant et paresseux serviteur * ! lui repartit son maître, puisque tu savais que je moissonne où je n'ai mis aucune semence et que je ramasse où je n'ai rien déposé, il te fallait en conséquence placer mon argent chez les banquiers; et, à mon retour, j'aurais touché avec usure ce qui est à moi *..*.
Donc, enlevez-lui le talent et remettez-le à celui qui en a dix. Car, à celui possède [qui use de ce qu'il a] il sera donné, de sorte qu'il sera dans
1. Méchant et paresseux serviteur! « Paresseux », car il n'a rien fait; « Méchant », car il accuse son Maître et le méconnaît pour se justiûer. La paresse a engendré en lui le mensonge, l'ingratitude et le blasphème. » (Princesse de Sayn-Wittgenstein.)
2. Chez les banquiers. Quels sont ces banquiers? Le Seigneur va nous le faire comprendre vingt lignes plus loin. Ce sont les pauvres, les malades, les souffrants, les malheureux, — les moindres en ce monde, — qui sont les banquiers du Seigneur, et entre les mains desquels doivent toujours aller, sous une forme ou sous une autre, tout ce que nous avons reçu de Dieu.
Vabondance; mais à celui qui ne possède point [qui n'use point de ce qu'il a], même ce qu'il semble posséder lui sera arraché*.
Jetez, par conséquent, dans l'obscurité du dehors le serviteur inutile. Là, seront les pleurs et les grincements de dents. »
ce Lorsque cependant le Fils de l'Homme viendra en sa majesté, et avec lui tous les Anges, il s'assiéra sur son trône de gloire. Devant Lui se rassembleront toutes les nations. Et Lui, — pareil au pasteur qui retire les brebis d'avec les boucs, — il fera la séparation des uns et des autres. A sa droite, il placera les brebis; les boucs à sa gauche.
Après quoi, parlant à ceux de sa droite, le Roi leur fera entendre ces mots :
« — Venez, les bénis de mon Père! Entrez en possession du Royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile, et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, vous m'avez apporté vos soins; en prison, et vous êtes accourus à Moi.
— Seigneur, lui répondront alors les justes, quand est-ce donc que nous vous avons vu aux
1. En toutes choses cela se passe ainsi. La part originelle du paresseux disparaît peu à peu pour aller enrichir le plus vigilant. N'est-ce point ce qui se voit tous les jours ?
prises avec la faim, et que nous vous avons nourri? en proie à la soif, et que nous vous avons donné à boire? Quand est-ce encore que, vous rencontrant sans asile, nous vous avons abrité; et que, vous trouvant dans la nudité, nous vous avons vêtu? Quand avezvous été malade ou en prison, et sommes-nous allés vous visiter? »
Et le Roi leur fera cette réponse :
« — En vérité, je vous le déclare, toutes les fois que vous Tavez fait au moindre de mes frères, que voici, c'est à Moi-même que vous l'avez fait. »
Puis, se tournant vers ceux qui seront à sa gauche :
« — Allez loin de Moi, les maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Démon et pour ses envoyés. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais sans asile, et vous ne m'avez pointdonnéabri;nu,etvous ne m'avez point habillé; infirme et en prison, et vous ne m'avez point visité.
— Seigneur, lui répondront-ils, eux aussi ; quand est-ce donc que nous vous avons vu avoir faim, avoir soif, être sans asile, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous ne vous avons pas assisté? »
Mais il leur répliquera par cette parole :
« — En vérité, je vous le déclare, toutes les fois que vous ne l'avez point fait à l'égard du moindre d'entre mes frères, c'est à Moi-même que vous avez manqué de le faire I »
Et ceux-là s'en iront à Féternel supplice; les justes s'en iront à l'éternelle Vie. »
Jésus avait achevé tous ces divers discours. II s'adressa alors à ses Disciples et leur dit : — Vous savez que dans deux jours aura lieu la Pâque... Le Fils de THomme va être livré par trahison pour être mis en croix.
En cette heure môme, les Grands-Prêtres et les Anciens du peuple étaient assemblés dans la salle du Grand-Pontife (lequel se nommait Caïphe); et ils tenaient conseil sur les moyens de s'emparer de Jésus par ruse, et de le faire mourir. . — Toutefois, ajoutaient-ils, il ne faut point que ce soit durant la Fête, de peur qu'il n'y ait du tumulte parmi le peuple.
Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le Lépreux. Comme il était assis à table, une femme, qui portait en ses mains un vase d'albâtre, tout rempli d'un parfum de grand prix, s'approcha de Lui, et elle répandit ce parfum sur sa tête.
Ce que voyant, les Disciples le trouvèrent mauvais :
— A quoi bon cette perte ? On aurait pu, après tout, vendre cela fort cher et en donner le prix aux pauvres.
Mais Jésus, comprenant leurs murmures :
142 SAINT MATTHIEU, XXVÏ, 10-17.
— Pourquoi tourmentez-vous cette femme? dit-il. C'est un bon office qu'elle remplit envers Moi : car vous avez toujours des pauvres, parmi vous ; tandis que Moi, vous ne m'aurez pas toujours. En répandant sur mon corps ce parfum, cette femme a préludé à ma sépulture. Et en vérité, je vous Tannonce, partout où sera prêché cet Évangile, — dans le monde entier, — on racontera, pour célébrer sa mémoire, ce qu'elle vient d'accomplir.
Ce fut à cet instant que l'un des Douze, — celui qui se nommait Judas Iscariote, — quitta la salle et alla s'aboucher avec les Grands-Prêtres.
— Quelle somme me donnerez-vous? leur dit-il, je me charge de vous le livrer.
Ils convinrent avec lui de trente pièces d'argent *. A partir de ce moment, il fut, pour livrer Jésus» à l'affût d'une occasion favorable.
Le premier jour des Azymes étant arrivé, les Disciples se rendirent auprès de Jésus.
1. A répoque évaogéliqae, les Juifs se servaient des monnaies grecques. Le sicle qu'on appelait communément « la pièce d'argent » avait à peu près la valeur de notre ancien petit écu. Il pesait Ib»',^, et valait 3%31. Les trente pièces d'argent de Judas faisaient donc 99%30, un peu moins de 100 francs. — Voy. Saigey, Traité de Métrologie.
— Où désirez-vous, lui demandèrent-ils, que nous vous préparions le repas pascal?
— Allez en ville, leur répondit-il, chez un tel, et portez-lui ces paroles : — Le Maître te mande ceci : « Mon temps est proche. Je célèbre la Pâque « chez toi, avec mes Disciples. »
Ils firent comme Jésus leur avait ordonné, et préparèrent le festin de la Pâque. Et, le soir venu, il était à table avec ses douze Disciples.
— En vérité je vous le déclare, leur dit-il pendant le repas, Tun de vous me livrera par trahison !
La tristesse, une grande tristesse les gagna ; et chacun de poser cette question :
— Serait-ce moi. Seigneur?
— Celui qui mange avec Moi, celui qui prend sa part au môme plat, — me livrera traîtreusement, continua Jésus.
Le Fils de l'Homme cependant poursuit son chemin, selon qu'il est écrit de Lui. Mais malheur à celui par qui il sera trahi ! Il vaudrait mieux pour cet homme-là, ne jamais être né....
Judas, celui-là môme qui le trahissait, demanda alors :
— Est-ce que c'est moi. Maître?
— Comme tu le dis, répondit Jésus *.
1. Avec saint Augustin, avec 1er Père Patrizzi et tous les commentateurs, nous pensons que la. réponse de Notre-Seigneur fut faite ù voix basse et de telle sorte que les Disciples ne l'entejMHTentpas.
Durant le souper, Jésus prit le pain ; et, l'ayant béni, il le rompit et le distribua à ses Disciples en prononçant ces mots :
— Recevez et mangez : Ceci est mon corps. Tenant ensuite le calice dans sa main, il rendit
grâces, le leur donna et dit :
— De ceci buvez tous ! Car ceci est mon sang, le sang de r Alliance nouvelle, le sang qui sera répandu en faveur des multitudes, pour la rémission des péchés. Et désormais, je vous Tannonce, je ne vais plus goûter de ce fruit de la vigiie, jusques en ce jour où je le boirai avec vous, sous une forme nouvelle, dans le Royaume de mon Père.
Après rhymne d'actions de grâces *, ils partirent pour le mont des Oliviers.
— Mis à répreuve, vous me ferez tous défaut cette nuit, leur prophétisa Jésus. Il est écrit, en effet : « Je frapperai le Pasteur et les brebis du troupeau
1. On récitait avant la Gène pascale les psaumes CXIII et CXIV, et après, les psaumes CXY-CXVIII, que les Juifs appellent l'Hymne par excellence.
seront dispersées*.» Mais, après ma Résurrection, j'irai devant vous en Galilée.
Pierre se récria :
— Quand même, devant l'épreuve, tous vous abandonneraient, je ne ferai jamais défection, moi.
— Toi? reprit Jésus. En. toute vérité, je te le déclare, toi-même, durant cette nuit, avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois.
— Me fallût-il périr avec vous, répondit Pierre, je ne vous renierai point I
Tous les autres tirent de pareilles protestations.
Jésus et ses Disciples entrèrent dans une villa du nom de Gethsémani".
— Asseyez-vous ici, leur dit-il, pendant que j'irai là et que je prierai.
Il prit seulement pour l'accompagner Pierre et les deux fils de Zébédée.
L'angoisse et l'abattement s'emparèrent de lui.
— Mon âme est triste jusqu'à la mort, disait-il.... Tenez-vous en cet endroit, et veillez avec moi.