SELON
Commencement de l'Evangile DE JÉSUS-CHRIST, Fils de DIEU.
Il est écrit dans le Prophète Isaïc :
ce En avant de Toi, j'enverrai mon Ange pour « t' aplanir le chemin. Dans le Désert, sa voix re- « tentissante dira : — - Préparez la voie du Seigneur, « redressez les sentiers par où il doit passer. »
Réalisant cette Prophétie, Jean apparut dans le Désert, donnant et prêchant un Raptême de pénitence pour la rémission des péchés.
Tout le pays de Judée, tous les habitants de Jérusalem s'en allaient vers cet homme; et ceux qui confessaient leurs péchés recevaient de lui le Raptême dans les eaux du Jourdain.
Pour vêtement, Jean avait une fourrure de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des
reins : pour nourriture, des sauterelles et du miel sauvage.
Il s'écriait en sa prédication :
— Yoici que va venir, après moi, un plus puissant que moi I Et Celui-là est tel que je ne suis pas digne, me prosternant devant Lui, de dénouer les courroies de ses sandales. C'est dans l'eau que je vous baptise : mais Lui, c'est dans TEsprit-Saint qu'il vous baptisera.
Or, ce fut en ces jours mêmes que se présenta Jésus, arrivant de Nazareth. Nazareth est situé dans la Galilée.
Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.
Comme il sortait du fleuve, on vit soudain les Cieux s'ouvrir et l'Esprit-Saint descendre en forme de colombe et se reposer sur Lui. Du Ciel, en même temps, se fit entendre une Voix :
— Tu es mon bien-aimé Fils, disait cette Voix : en Toi je me suis complu.
Et l'Esprit aussitôt entraîna Jésus au Désert, Il y demeura quarante jours et quarante nuits, subissant les tentatives du Démon, vivant au milieu des animaux, et enfin servi par les Anges.
Après que Jean eut été emprisonné, Jésus se rendit en Galilée et y proclama la bonne nouvelle du Royaume de Dieu.
— Les temps sont accomplis, disait-il, et le Règne de Dieu est proche. Convertissez-vous, et ayez foi en la Bonne Nouvelle.
Comme il longeait le lac de Galilée, il aperçut Simon et son frère André qui étaient en train de jeter le filet. Ils exerçaient en effet la profession de pêcheurs.
— Suivez-moi, leur dit Jésus, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.
Sur-le-champ, tous deux le suivirent, abandonnant leurs filets.
S'étant avancé un peu plus loin, il voit également, dans une barque, Jacques de Zébédée et Jean son frère qui raccommodaient leurs filets. 11 les appelle. Et ceux-ci, laissant leur père dans la barque avec ses hommes de service, se mettent pareillement à le suivre.
Us arrivèrent ainsi à Capharnaum. Ce fut dès ce moment que, les jours de Sabbat, Jésus entra dans la Synagogue pour enseigner le peuple. Et ce qui frappait de stupeur dans son enseignement, c'est qu'il le donnait, non point à la façon des interprètes de la loi, mais comme ayant personnellement puissance et autorité.
Or, il se trouva dans cette Synagogue un homme possédé d'un Esprit immonde.
— Que demandez-vous de nous , Jésus de Nazareth ? s'écria-t-il. Vous êtes venu consommer notre
perte, et je sais qui vous êtes : «Le Saint de Dieu! »
Jésus prit Taccent de la menace :
— Tais-toi !... Et sors de cet homme !
Agitant violemment les membres du possédé, TEsprit immonde sortit de son corps en poussant un grand cri.
Frémissants et émerveillés, tous les assistants s'interrogeaient Tun Tautre :
— Qu'est-ce que ceci? Quelle estcetle doctrine nouvelle?... car il commande en Maître, même aux mauvais Esprits, et ces Esprits lui obéissent.
Sa renommée se répandit promptement dans tout le pays Galiléen.
En sortant de la Synagogue, Jésus s'était rendu, accompagné de Jacques et do Jean, dans la maison de Simon et d'André.
La belle-mère de Simon étant au lit, en proie à la fièvre, on s'empressa de le dire à Jésus.
Alors, s'approchant d'elle, il lui prend la main. Elle se lève aussitôt, la fièvre la quitte, et elle se met à les servir.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui apporta tous les malades et les possédés. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit une foule de malades, atteints d'infirmités diverses. Il délivra aussi nombre de possédés, mais en interdisant aux Démons, puisqu'ils le savaient, de proclamer ce qu'il était*.
1. Jésus ne voulait point que son caractère de Fils de Dieu, de Saint de Dieu, de Messie fût proclamé devant les peuples par des Démons. -^ De là le silence qu'il leur impose.
Il se leva de grand matin et alla prier dans un lieu solitaire....
Simon et ceux qui étaient avec lui cherchèrent à découvrir sa retraite»
— Tout le monde est en quête de vous, lui direntils, dès qu'ils Teurent trouvé.
— Allons dans les villages voisins et dans les villes, leur répondit-il, afin que j'y fasse aussi en tendre ma prédication , car c'est pour cela que je suis venu.
Il prêcha donc dans les synagogues de la contrée et dans toute la Galilée, en expulsant les Démons.
Un lépreux s'approcha de lui, et se jeta à ses genoux :
— Si vous voulez, lui dit-il , vous pouvez me guérir !
Jésus en eut pitié : il étendit la main, et le loucha:
— Je le veux, sois guéri.
Dès que Jésus eut prononcé ces paroles, la lèpre disparut soudain, et cet homme fut guéri.
Le congédiant aussitôt, Jésus lui fit cette recommandation rigoureuse :
— Garde-toi bien de parler de ceci à qui que ce
soit. Va seulement te montrer à celui des Prêtres qui est le chef; et, pour témoigner devant eux de ta guérison, acquitte Toffrande prescrite par Moïse *.
Mais, à peine parti, le lépreux raconta hautement ce qui s'était passé et en réf)andit partout la nouvelle. De sorte qu'il n'était plus possible à Jésus de paraître publiquement dans la ville et qu'il dut se retirer hors les murs, dans des endroits déserts. Encore y venait-on à lui de toutes parts.
Après quelques jours cependant, il retourna à Capharnaûm. Et le bruit s'étant répandu qu'il était dans telle maison, les gens y accoururent en si grand nombre que l'espace qui se trouvait devant la porte n'était pas assez vaste pour les contenir.
Il leur avait déjà adressé la parole lorsque survin-
1. Jésus venait faire une révolution religieuse et non une révolution politique. En s'opposant à ce qu^on proclamât à son de trompe les prodiges de guérison qu'il opérait^ Jésus voulait éviter de surexciter les esprits et d'occasionner par là même les agitations messianiques qui tendaient à se produire après ses miracles. En provoquant^ quoique malgré lui, l'enthousiasme des foules, dès cette époque de son ministère, il craignait de nuire à son œuvre, soit en paraissant se prêter aux espérances profanes et politiques, associées par ses compatriotes au nom du Messie, soit en développant trop tôt et trop vivement la jalousie de ses ennemis. Plus tard, quand son heure sera venue, il cessera de s'opposer à la divulgation de ses prodiges. (Abbé Fillion.]
rent plusieurs personnes, qui lui amenaient un paralytique que quatre hommes portaient à bras. Mais comme il leur fut impossible de parvenir jusqu'à lui à travers toutes ces foules, ils eurent Tidée de démolir, au-dessus de la salle où était Jésus, le toit enterrasse de la maison; et, Touverture faite, ils descendirent, par là, le brancard sur lequel le paralytique était gisant*.
Jésus, voyant leur foi, dit à cet infirme : ■^ Mon fils, tes péchés te sont pardonnes. Il y avait là quelques Scribes, qui se tenaient assis :
— Qu'est-ce que ces paroles qu'il profère ? II blasphème, car qui peu!, si ce n'est Dieu seul, accorder le pardon des péchés ?
Telles étaient les pensées qui leur montaient au cœur. Mais Jésus connut aussitôt, par l'Esprit qui était.en lui, les réflexions qu'ils faisaient ainsi, intérieurement. Et il leur dit :
— Pourquoi penser ainsi dans le fond de vos âmes? M'est-il donc plus difficile, en face d'un infirme, de prononcer cette sentence : « Tes péchés te sont pardonnes », que de prononcer celleci : « Lève-toi, emporte ton grabat et marche »?... Eh bien, il faut que vous sachiez que le Fils de l'Homme a sur la terre le pouvoir de faire remise des péchés....
Se tournant alors vers le paralytique :
1. Les toits étaient en plate-forme^ et l'escalier qui y conduisait se trouvait souvent hors de la maison. (Glaire.)
— Je t'ordonne, dit-il, de te lever, d'emporter ton grabat et de retourner en ta maison.
Aussitôt rhomme se dresse sur ses pieds, en présence de la multitude, prend son grabat et s'en va. A ce spectacle, tous ceux qui étaient là furent transportés d'admiration et glorifièrent Dieu.
— Jamais, s'écriaient-ils, nous n'avons rien vu de pareil !
De nouveau, il s'était dirigé vers le Lac. Les foules venaient à lui, et il les enseignait.
Chemin faisant, son regard s'arrête sur Lévi, fils ■d'Alphée, qui élait assis au bureau des Contributions. — Suis-moi, lui dit-il.
Là-dessus Lévi se lève et le suit.
Or il advint que Jésus étant à table dans la maison de ce Lévi, beaucoup de publicains, beaucoup d'hommes de vie irrégulière s'y trouvèrent avec lui et avec ses Disciples. Nombre d'entre eux s'étaient même attachés à sa suite.
Voyant qu'il prenait son repas en telle compagnie, les Scribes et les Pharisiens interpellèrent ses Disciples :
— Gomment votre Maître peut-il ainsi aller man-
ger et boire avec des publicains et des gens sans conduite?
— Ce ne sont point ceux qui sont en pleine santé, mais bien les malades qui ont besoin de médecin, leur répondit Jésus, qui avait entendu leur propos.... Aussi ne suis-je pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.
Les Disciples de Jean et les Pharisiens jeûnaient. Quelques-uns d'entre eux s'étant rendus auprès de Jésus :
— Pourquoi, lui demandèrent-ils, tandis que les Disciples de Jean et ceux des Pharisiens pratiquent le jeûne, vos Disciples, à vous, ne jeûnent-ils point?
— Les garçons d'honneur de la Fête nuptiale peuvent-ils donc jeûner lorsque l'Époux est avec eux? leur répondit-il. Non, ils ne peuvent se livrer au jeûne, tant qu'auprès d'eux ils ont l'Époux. Des jours arriveront cependant où l'Époux leur sera enlevé : ils jeûneront alors....
A un vieux vêtement personne n'ira recoudre une pièce de drap brut, sachant bien que le morceau d'étoffe neuve emporterait une partie du vieux vêtement, et qu'il se produirait ainsi quelque plus grande déchirure. Personne non plus ne renferme du vin nouveau en de vieilles outres : car le vin ferait éclater les outras, — de sorte que, d'un côté, le vin se répandrait et que, de l'autre, les outres seraient perdues. C'est dans des outres nouvelles qu'il faut verser le vin nouveau.
Il advint que le Seigneur passait le long des blés un jour de Sabbat. Ses Disciples, en cheminant, se mirent à égrener des épis*.
— Voilà que vos Disciples se permettent ce qu'aux jours de Sabbat il n'est point licite de faire, lui dit-on*.
— N'avez-vous donc jamais lu, répondit-il, ce que fit David, quand la nécessité s'en présenta et qu'il eut faim, ainsi que ses compagnons? Ne savez-vous pas comment, sous le grand-prêtre
1. Rien en cela qui ne fût légitime : Moïse l'avait expressément permis; et d'âge en tge, la coutume est demeurée dans l'Orient de ne pas refuser au voyageur cette libéralité peu coûteuse. Mais si la Loi autorisait à prendre quelques épis, elle interdisait de moissonner et de fouler le grain aux jours de Sabbat; or les Scribes avaient décidé que cueillir un épi et le froisser était même chose que récolter et battre la moisson. (L'abbé Fouard.)
2. Outre les observances légales, qui étaient non moins sages que sévères, et qui avaient leur raison d'être dans les desseins de Dieu sur le peuple Juif, les Pharisiens embarrassaient leurs frères d'une foule de minuties. On voit dans le traité du Talmud sur le sabbat, et chez Maimonide, que ce jour-là il était défendu à un homme qui souffrait des reins de se faire frictionner avec de Thuile et du vinaigre ; à celui qui avait mal aux dents, de prendre du vinaigre pour le rejeter ensuite; il ne pouvait s'en servir qu'à condition de l'avaler, parce qu'alors le vinaigre était considéré non comme un remède, mais comme une nourriture ou un breuvage. Il en était de même d'un gargarisme à l'huile pour un mal de gorge, etc. (Le Père Lamy.)
SAINT MARC, 11, ^26-28; m, 1-4. 177
Abiathar, il entra dans la Maison de Dieu, comment il y prit les pains de proposition, — qu'il n'était pourtant permis qu'aux prêtres seuls de consommer, — et comment il en mangea lui-même malgré cela, et en donna à ceux qui étaient avec lui*?
Il ajouta :
— Le Sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le Sabbat. C'est pourquoi le Fils do l'Homme est maître du Sabbat lui-même.
Une autre fois, il entra dans la Synagogue, où se trouvait en ce moment un homme qui avait la main atrophiée.
Ces mômes Scribes et Pharisiens étaient là pour l'épier : ils voulaient constater si, durant ce jour qui était un Sabbat, il opérerait cette guérison, et faire surgir d'un tel incident quelque prétexte à accusation.
Jésus cependant, s'adressant à l'homme dont la main était infirme et desséchée :
— Tiens-toi debout au milieu de nous tous, lui dit-il.
1. On sait en quelle vénération étaient ces pains. Déposés dans le Temple sur une table d'acacia revêtue d'or, ils symbolisaient par leur nombre les douze tribus d'Israël et, par l'encens qui Ips couvrait, la consécration perpétuelle des Juifs à Dieu. Aussi, quand, à chaque sabbat, les prêtres mettaient des pains chauds à la place de ceux qui étaient demeurés toute la semaine devant le Seigneur, ils devaient regarder comme saintes les offrandes enlevées, et les consommer eux-mêmes dans le sanctuaire. (L'abbé Fouard.)
Puis, se tournant vers eux :
— Aux jours de Sabbat, leur demanda-l-il, est-il permis de faire le bien ou faut-il au contraire commettre une mauvaise action? est-il permis de sauver une vie, ou faut-il l'abandonner à sa perte?
Ils gardèrent le silence.
Alors, jetant sur eux un regard de colère et l'âme navrée d'un tel aveuglement de cœur, il dit à l'homme :
— Étends ta main.
Celui-ci rétendit : sa main était guérie.
Les Pharisiens sortirent pour aller tenir conseil avec des personnages de la cour d'Hérode sur les moyens de le perdre.
Quant à Jésus, il s'était, avec ses Disciples, retiré du côté du Lac.
De la Galilée et de la Judée on venait en foule sur ses pas. Arrivant de Jérusalem, de l'Idumée, des terres situées au delà du Jourdain, des pays de Tyr et de Sidon, d'immenses multitudes, à la nouvelle de tout ce qu'il accomplissait, accoururent vers Lui.
Il dut ordonner à ses Disciples de lui préparer une barque, à cause de la foule par laquelle il risquait d'être étouffé. Il en guérissait en effet un tel nombre, que tous ceux qui avaient quelque mal se précipi-
talent sur Lui, afin de le toucher. Les mauvais Esprits eux-mêmes, dès qu'ils Tapercevaient, tombaient comme en prostration devant Lui, et s'écriaient : « Vous êtes le Fils de Dieu ! » Mais, par de sévères menaces, il leur imposait silence et leur interdisait de proclamer ce qu'il était.
Ayant fait appel à ceux qu'il lui plut de désigner, et qui vinrent aussitôt se grouper autour de lui, Jésus gravit les pentes de la Montagne.
C'est là qu'il fit choix de douze d'entre eux pour être ses compagnons et recevoir de Lui mission de prêcher. 11 leur conféra le pouvoir de guérir les maladies et de chasser les Démons.
Ces Douze furent :
Simon, à qui il donna le nom de Pierre, — Jacques et son frère Jean (qui étaient tous deux fils de Zébédée et qu'il surnomma «Boanergès », c'està-dire « les enfants du Tonnerre»), — André;
Philippe, — Barthélémy, — Matthieu, — Thomas;
Jacques, fils d'Alphée, — Thadée, — Simon le Cananéen, — et enfin Judas Iscariote, (]\i\ pourtant le trahit
Dès qu'ils furent rentrés dans leur demeure, la multitude se pressa de nouveau autour d'eux, à tel
point qu'il ne fut même pas possible à Jésus et à ses Disciples de prendre quelque nourriture. Informés de cela, et entendant dire qu'il était tombé en défaillance, ceux de sa parenté vinrent pour l'emmener avec eux.
C'était au moment où certains Scribes, arrivés de Jérusalem, tenaient à son sujet ce langage : « Il a « en lui Béelzébub; et c'est par l'autorité même de ce ce Prince des Démons qu'il chasse les Démons ».
Continuant de recourir à des comparaisons, il leur répondit :
— Comment Satan pourrait-il chasser Satan? Quand un Royaume ou une maison est en proie aux divisions intestines, Royaume et Maison sont impuissants à se maintenir. Donc, si l'empire de Satan se livrait ainsi bataille à lui-même, ce serait la preuve qu'il est divisé; et il s'ensuivrait, par conséquent, qu'il ne peut désormais subsister, mais que, tout au contraire, il touche à sa fin....
Non, non! nul ne peut, faisant irruptiop dans la demeure d'un homme de grande force, porter de la sorte la main sur ce qu'il possède, sans l'avoir au préalable enchaîné. Ce n'est qu'après cela qu'il met sa demeure au pillage.
Puis il ajouta :
— En vérité, je vous le déclare, toutes sortes de péchés seront pardonnes aux enfants des hommes, voire même les blasphèmes aux blasphémateurs. Mais quant à celui qui blasphème contre l'esprit
SAINT MxVRC, m, 29-35. 181
qui est saint, [contre ce qui est Tesprit mêoïe de Dieu,] il ne rencontrera jamais de pardon, et sera justiciable d'un crime éternel.
S'il s'exprimait ainsi, c'était à cause de cette parole prononcée par eux : « Il a en lui un Esprit mauvais* ».
Ce fut alors que, sans chercher à pénétrer dans la maison, sa mère et des personnes de sa parenté le firent demander.
Il était assis au milieu d'un cercle nombreux.
— Voilà dehors, lui dit-on, votre Mère et vos cousins qui sont en quête de vous.
— Qui est ma mère, et qui sont mes proches? répondit-il....
Il promena son regard sur ceux qui l'entouraient:
— Voici, reprit-il, voici ma mère et mes frères. Celui qui aura fait la volonté de Dieu, celui-là sera mon frère, et ma sœur, et ma mère.
1. Jésus, dit Tabbé Fouard commentant ce texte, Jésus voyait clairement la malice de ses adversaires ; ce n'était point par ignorance de la vérité qu'ils luttaient contre lui, mais ils blasphémaient au grand jour, connaissant Dieu et son Christ, en face de prodiges manifestement divins, voyant par conséquent l'étendue de leur blasphème et le voulant. Le Sauveur leur eût pardonné de méconnaître sa mission et sa personne divine ; mais savoir qui il était et le repousser, c'était là cet épouvantable péché contre l'Esprit- Saint, qui ne peut recevoir aucun pardon, parce qu'il dessèche la vie dans sa source, et s'oppose à toute action de l'Esprit allant à la ranimer. Pour sauver un cœur aussi obslinc au mal, il faudrait que Dieu forç&t la liberté de l'homme, et il s'arrête toujours au seuil de ce sanctuaire inviolable.
Voir aussi, sur le péché contre l'Esprit, la note considérable qui se trouve ci-dessus, en saint Matthieu, page 62 et s.
De nouveau il fit entendre ses enseignements sur la grève du Lac. Une si prodigieuse multitude s'assembla autour de Lui, qu'il fut obligé de monter dans une barque d'où il parla, tandis que la foule demeurait sur le rivage.
Il leur enseignait beaucoup de choses sous forme de paraboles; et sa Doctrine, il Texposait ainsi :
— Écoutez ! disait-il : voilà que le Semeur est sorti pour semer.
Et tandis qu'il s'en va semant, un grain tombe sur le chemin. Surviennent les oiseaux de l'air qui le dévorent.
Un autre grain tombe sur un sol pierreux où il rencontre peu de terre; et bientôt, sur celte mince couche de terrain, la germination apparaît. Mais quand le soleil darde ses rayons, la plante en est brûlée et, n'ayant point de racines, elle se dessèche.
Un autre grain tombe parmi les buissons, lesquels buissons grandissent et l'étouffent, de sorte qu'il ne porte point de fruit....
D'autres grains cependant sont tombés dans la bonne terre; et ceux-là, montant et croissant, produiront leur fruit, celui-ci, trente pour un, celuilà soixante, un autre même donnant le centuple.
Qu'il entende donc, celui qui a des oreilles pour entendre 1
Lorsqu'il fut seul, ses Douze Compagnons Tinterrogèrent sur cette allégorie.
— A vous, leur dit-il, il est donné de pénétrer le mystère du divin Royaume. Mais quant à ceux dont la vie est au dehors, toutes ces choses ne sont pour eux que des images : de sorte que, même envoyant, ils ne voient point, même en entendant, ils n'entendent ni ne comprennent, — et cela de peur d'avoir à se convertir et à répudier leurs vices....
— Vqus ne vous rendez pas compte de cette parabole-ci? reprit-il, s'adressant toujours aux Disciples. Gomment comprendrez-vous donc l'universalité des paraboles?...
Le Semeur, c'est celui qui sème le Verbe de Dieu.
Le chemin ensemencé, ce sont ceux qui accueillent le Verbe divin lorsqu'on le répand, mais chez lesquels Satan vient tout aussitôt enlever du cœur ce que le Semeur y a déposé.
Le terrain pierreux recevant la semence, ce sont ceux qui reçoivent avec joie la divine Parole, mais chez lesquels, faute de racines, elle n'a qu'une vie éphémère. Que la tribulation et la persécution se lèvent contre la Vérité, et ils défaillent soudain.
Les épines parmi lesquelles tombe le grain, ce sont ceux qui prêtent l'oreille au Verbe de Dieu, mais chez lesquels font invasion les sollicitudes du
siècle, rillusion des richesses, les passions diverses, qui étouffent ce germe et le stérilisent.
La bonne terre enfin qui reçoit la semence, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Vérité, qui se Tassimilent et la rendent féconde, au point de porter, celui-ci trente, celui-là soixante, tel autre même cent pour un.
Il leur dit aussi :
— Est-ce donc pour la mettre sous un boisseau ou sous le lit que Ton apporte la Lumière? N'est-ce point au contraire pour qu'elle soit placée sur le candélabre?.... Rien n'est caché qui ne doive être découvert; rien n'est fait dans le secret qui ne doive en venir à être connu publiquement. Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu'il entende!
— Oui, faites bien attention à ce que vous entendez. C'est dans la mesure môme dont vous aurez usé de ce que vous entendez, qu'il vous sera accordé et surajouté encore : car à celui qui fait acte de possession [qui met à profit ce qu'il a reçu] il sera donné; quant à celui qui ne fait pas acte de possession [qui ne met pas à profit ce qu'il a reçu], même ce qu'il possède lui sera enlevé'.
1. Jésus-Christ ne fait qu^appliquer ici l'une des lois les plus générales de la Nature. Qui use de la force qu'il a^ la voit peu à peu
— Il se passe relativement au règne de Dieu, disait-il encore, absolument ce qui se passe lorsqu'un homme jette une semence en terre. Soit que le Semeur dorme, soit que nuit et jour il se tienne en éveil, la graine germe sans qu'il s'en occupe. Car, en dehors de lui, la terre donne soi: fruit : c'est d'abord de l'herbe ; c'est ensuite un épi ; c'est enfin un grain de froment remplissant cet épi. Et quand la terre a de la sorte produit son fruit, il y met aussitôt la faucille, car alors est venu le temps de la moisson'.
—A quoi, reprenait-il, assimilerons-nous le Règne de Dieu, et comment en présenter quelque nouvelle
s'accroître en lui par Texercice et le travail ; qui n'en use pas, la voit insensiblement diminuer et disparaître. Le bras actif se développe et s'invigore : le bras tenu dans l'immobilité s'affaiblit chaque jour et finit par s'atrophier tout à fait. La même chose a lieu lorsqu'il s'agit de la force intérieure que font entrer en nous l'audilion de la Parole de Dieu et la connaissance de la Vérité. Suivant que nous la mettons ou non à profit, cette force surnaturelle, — la grâce en d'autres termes, — se multiplie en nous-mêmes ou s'évanouit comme la fumée.
1 . Semez la bonne parole, 6 ouvriers de Dieu, semez-la persévéramment dans le sol de la liberté humaine. Et ne vous troublez point si tout d'abord elle semble ne pas germer. Le travail intime qui se fait au fond d'une âme échappe à votre regard. Semez I le sol aride se couvrira à la longue d'herbe verdoyante et d'épis jaunissants. C'est au grand jour de la moisson universelle que vous goûterez la joie de voir le fruit de votre travail.
image? Il est comme un grain de sénevé, minime parmi tous les grains quand on le confie au sol, mais qui monte et s'élève dès qu'il est semé, au point de devenir plus grand que toutes les plantes de jardin, et poussant de si vastes rameaux que, dans leur ombrage, les oiseaux du Ciel peuvent faire leurs nids.
C'est ainsi, par mainte et mainte comparaison, qu'il enseignait à ces peuples la parole de Vérité, appropriant son langage à la portée de leur intelligence. 11 ne leur parlait que par paraboles. En outre, en particulier, il donnait sur toutes choses des explications à ses Disciples.
Un jour, comme le soir venait, Jésus leur dit :
— Passons à l'autre rive.
Ils renvoient la foule et le prennent à bord.
Donc, il était dans leur barque : en môme temps que Lui d'autres bateaux faisaient la traversée.
Une tempête éclata et le vent poussa les vagues avec une telle force que la nef commençait déjà à se remplir d'eau.
A la poupe cependant, la tête sur un coussin, Jésus s'était endormi.
SAINT MAKC, !V, 32-40; V, 1-5. 187
Les Disciples le secouent et réveillent :
— Maître! Maître! s'écrient-ils, nous périssons ! N'en avez-vous donc nul souci?
Il se lève aussitôt et, menaçant rouragan,il fait entendre sa parole aux ondes :
— Calme et silence !
A ces mots l'orage cesse et une grande, paix se fait sur les eaux.
— Pourquoi avoir peur? dit-il alors à ses Disciples. N'avez-vous donc pas encore la foi?
Ceux-ci, frappés de terreur, s'interrogeaient l'un l'autre :
— Qui donc pensez-vous que soit cet homme à qui obéissent les flots et les tempêtes?
Arrivés de l'autre côté du Lac, ils débarquèrent dans le pays des Géraséniens.
Comme ils abordaient, un homme, possédé d'un Esprit immonde, sortit du fond d'un cimetière et accourut vers Jésus. Ce possédé vivait au milieu des tombeaux et personne n'avait jamais pu le tenir enchaîné. Plusieurs fois on Tavait chargé de fers et de cordes : mais il avait rompu les cordes et brisé les fers, et nul n'était parvenu à s'en rendre maître. Faisant retentir l'air de ses clameurs, se meurtrissant contre les rochers, il ne cessait d'errer nuit et jour parmi les sépulcres et sur les montagnes.
Du plus loin qu'il aperçut Jésus, il prit son élan pour aller se prosterner en adoration devant Lui. Il poussait de grands cris :
— Que voulez-vous de moi, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut?... Au nonude Dieu, je vous en conjure, ne me torturez point !
— Esprit impur, sors de cet homme I dit alors Jésus.... Quel est ton nom? ajouta-t-il.
— Mon nom est Légion, car nous sommes une multitude, répond la voix du possédé.
Et cette Légion le suppliait de ne les pas expulser du pays.
Or il y avait là, paissant le long de la montagne, un immense troupeau de porcs. De sorte que les Esprits adressèrent à Jésus cette supplication :
— Envoyez-nous à ces pourceaux, afin que nous entrions en eux.
Jésus y consentit.
Abandonnant le possédé, les mauvais Esprits entrèrent soudain dans les pourceaux; et le troupeau {d'environ deux mille) courut impétueusement se précipiter dans les eaux du Lac, et s'y noya.
Ceux qui faisaient paître ces animaux s'enfuirent, et allèrent répandre la nouvelle dans la ville et dans les campagnes.
Les habitants sortirent en foule pour voir ce qui s'était passé et accoururent vers Jésus... Mais lorsqu'ils aperçurent, assis, avec ses vêtements et en sa pleine raison, l'homme qui avait été tourmenté par le Démon, ils furent saisis de terreur.
Les témoins du fait leur racontèrent les détails de ce qui était advenu au possédé et l'incident des pourceaux.
Ils supplièrent alors Jésus de quitter leur contrée*.
Au moment où II montait dans la barque, Thomme qui avait été délivré du Démon lui demanda la permission de rester avec Lui.
Jésus refusa de l'admettre à sa suite, mais il lui dit:
— Va dans ta maison, vers les tiens. Apprendsleur les grandes choses que le Seigneur vient d'accomplir en ta faveur, et fais-leur connaître comment il a eu pitié de toi *.
Cet homme partit et s'en alla publier dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et l'admiration était unanime.
1. Ils ne songent ni à nier ce miracle ni à l'expliquer, mais en prennent un tel effroi qu'ils supplient Jésus de quitter leur pays.
D'oh venait cette terreur que ne produisaient point en Judée les miracles du Sauveur, sinon de ce qu'il trouvait, à l'orient du Lac, une contrée nouvelle et un peuple plus païen que juif? Les dix villes qui donnèrent à cette paitie de la Pérée le nom de Décapole étaient grecques d'origine et de mœure. Gadara, patrie du démoniaque, d'après de nombreux manuscrits, venait de produire des poètes fameux, Méléagre, le chantre des profanes amours, et l'épicurien Philodème, célèbre jusque dans Rome. Éprise des joies terrestres^ cette contrée n'avait apparemment d'autre souci que de s'enivrer du présent. (L'abbé Fouard.)
2. L'ordre que donne ici Jésus est opposé à celui qu'il intime habituellement à ceux qu'il guérit, de ne point publierpartout le miracle. Les motifs de cette défense qui ont été exposés plus haut (page 172) n'existaient pas dans la Décapole, comme le fait comprendre très nettement la note précédente.
Lorsque, rentré dans la barque, Jésus fut de retour de l'autre côté du Lac, le peuple s'assembla en foule autour de Lui sur le rivage.
Arriva un homme qui, en l'apercevant, courut se jeter à ses pieds, et lui adressa les plus instantes prières. C'était un Chef de Synagogue du nom de Jaïre.
— Ma fille, dit-il, est à toute extrémité. Venez : imposez la main sur elle, afin qu'elle soit sauvée et qu'elle vive!
Jésus aussitôt se met en route avec lui. Le pressant et le serrant de tous côtés, une multitude compacte l'accompagnait en sa marche.
Or il y avait là une femme, affligée depuis dbuze ans d'un flux de sang. Elle avait subi de la part des médecins les plus douloureuses opérations, et avait dépensé avec eux toute sa fortune, sans être aucunement soulagée. Son état avait, au contraire, considérablement empiré. C'était alors qu'elle avait ouï parler de Jésus.
Elle pénétra dans la foule ; et, se glissant der rière Lui, elle toucha son vêtement.
— Que je touche seulement la robe dont il est vêtu, pensait-elle, et je suis sauvée!
Et en effet récoulement de sang tarit ausssitôt : elle sentit en son corps qu'elle était guérie.
Au môme instant Jésus, ayant eu conscience de la vertu qui était sortie de Lui, s*était retourné vers la foule :
— Qui a touché mes vêtements? avait-il dit.
— Eh quoi ! répondirent les Disciples, vous voyez le peuple qui vous entoure et vous presse, et vous demandez : « Qui m'a touché? »
Mais il promenait son regard tout autour de lui comme pour découvrir qui avait fait cela.
La femme, qui comprenait le changement opéré en elle, vint, toute craintive et tremblante, se prosterner à ses pieds, et lui avoua la vérité.
— Ma fille, lui dit-il, ta foi t'a sauvée. Va ea paix et sois délivrée de ton mal.
Il parlait encore lorsque survinrent des serviteur» du Chef de Synagogue.
— Votre fille est morte ! dirent-ils à ce dernier.... Pourquoi fatiguer davantage le Maître?
En entendant la nouvelle qu'ils apportaient aa Chef de Synagogue, Jésus lui dit :
— Ne crains rien. Aie seulement de la foi !
Là-dessus, il ne permit àpersonnedele suivre, si ce n'est à Pierre, à Jacques et à Jean, frère de Jacques.
Ils parvinrent enfin à la maison, oii Jésus se trouva en présence de tout un tumulte de gens, pleurant et poussant des cris. Il entra :
— Pourquoi ce trouble et ces pleurs ? demanda-
192 SAINT MARC, V, 39-43; vi, 1-2.
t-il... La jeune fille n'est point morte, mais elle dort.
On se riait de lui.... Mais Jésus, faisant sortir tout le monde et gardant seulement avec lui le père et la mère, ainsi que les Disciples qui l'accompa* gnaient, pénétra dans la salle où la jeune fille était gisante.
11 lui prit la main et prononça ces mots :
— Talitha, Koumi!
Ce qui signifie : « Jeune fille, je te Tordonne, lève-toi ».
Et soudain Tenfant ressuscita. Elle allait et venait à la grande stupeur de tous.
Elle était âgée d'environ douze ans.
Il recommanda énergiquement de n'en pas parler ; et, quant à la jeune fille, il donna ordre qu'on lui fit prendre de la nourriture.
Après avoir quitté cette localité, Jésus, suivi de ses Disciples, était retourné dans son pays.
Le Sabbat étant arrivé, il voulut enseigner dans la Synagogue; mais beaucoup parmi ses auditeurs étaient comme mis hors d'eux-mêmes de le voir ainsi exposer sa Doctrine :
— D'où iire-t-il toutes ces choses? murmuraientils. Et qu'est-ce donc que celte sapience qu'on lui accorde? et que ces grandes merveilles qui se seraient accomplies par ses mains? ...
N'est-ce point là le Charpentier, le fils de Marie, le parent de Jacques, de Joseph, de Jude, de Simon? et ses tantes et cousines ne demeurent-elles pas, ici môme, avec nous?
A leurs yeux Jésus était un scandale.
— Un prophète, leur dit-il alors, n'est frustré de sa gloire que dans sa patrie, dans sa maison et dans sa parenté.
En un tel milieu, il ne pouvait faire des miracles * : aussi se borna-t-il à guérir quelques malades par l'imposition des mains.
Il s'étonnait de leur incrédulité, et allait, dans les villages d'alentour, répandre ses enseignements.
Ayant convoqué les Douze^ Jésus commença à les envoyer en mission, deux à deux, leur donnant puissance sur les Esprits immondes. 11 leur ordonna de ne rien emporter pour la roule, sauf leur bâton à la main, — ni valise, ni pain, ni argent dans Jeurs ceintures, — maisde chausser tout simplement leurs sandales, sans môme se munir d'un vêtement de rechange.
— En quelque endroit que vous soyez, leur dit-il,
1. Non par défaut de puissance de son côté; mais par défaut de disposition de leur part. (Glaire.)
194 SAINT MARC, Vî, 1017
dès que vous serez entrés dans une maison, demeurez-y jusqu'à votre départ. Quant à ceux qui refuseraient de vous recevoir et de vous entendre, sortez de leur logis, en secouant, comme un témoignage contre eux, la poussière de vos pieds.
Ils s'en allèrent donc proclamer publiquement qu'on devait se convertir. Et en même temps ils chassaient les Démons, faisaient aux malades des onctions d'huile et les guérissaient.
La renommée de Jésus parvint aux oreilles du Roi Hérode. Ce nom était déjà célèbre.
— C'est Jean- Baptiste! s'écria le Roi!... Il est ressuscité d'entre les morts!... El c'est pour cela qu'il opère des prodiges !
— C'est Élie ! répondaient les uns.
— C'est un prophète ! reprenaient les autres, un prophète, semblable à l'un de ceux d'autrefois.
Hérode écoutait tous ces dires, mais il répétait toujours :
— C'est Jean que j'ai décapité ! C'est Jean en personne, surgi d'entre les morts !
Précédemment, en effet, ce même Hérode avait fait arrêter Jean et l'avait jeté en prison tout
chargé de chaînes. Et cela, à cause d'Hérodiade que lui, Hérode, avait épousée, bien qu'elle fût la femme de son frère Philippe.
Jean avait tenu ce langage au Roi : « Il ne t'est « nullement licite d'épouser la femme de ton frère». De sorte qu'Hérodiade, résolue à sa perte, cherchait les moyens de le faire périr.
Toutefois, elle n'y réussissait point, car Hérode craignait Jean, qu'il savait être un homme juste et saint. Si, d'un côté, il le gardait en prison, de l'autre, il ne se décidait, en beaucoup d'affaires, qu'après l'avoir consulté et il l'écoutait volontiers.
Hérodiade rencontra enfin un moment opportun. Ce fut au jour anniversaire de la naissance d'Hérode.
Hérode, à cette occasion, avait offert un banquet aux grands de sa cour, aux chefs militaires, aux principaux personnages de la Galilée.
La fille d'Hérodiade entra dans la salle, et elle se mit à exécuter ses danses *. Elle fascina Hérode et ses convives, tellement, que le Roi, s'adressant à la jeune fille, lui dit :
— Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai!...
n alla même jusqu'à lui en faire le serment :
— Quoi que ce soit que tu désires, s'écria-t-il, je te l'accorderai, fût-ce la moitié de mon Royaume !
1. A cette époque, les danses mimiques, importées de la Grèce, étaient en vogue dans l'empire romain; elles avaient passé dans les mœurs des princes juifs, et les festins se terminaient toujours par ce divertissement. (Crampon.)
La jeune fille sortit et alla trouver sa mère pour avoir son conseil :
— Que demanderai-je?
— La tête de Jean-Baptiste, répondit la mère.
La fille en toute hâle revient vers le Roi et formule sa requête :
— Je veux que vous me donniez, sur-le-champ, à moi-même, dans ce plateau, la tête de Jean-Baptiste.
Le Roi fut atterré ; mais, en présence de son serment et sous le regard des convives, il n'osa la refuser. Il appela l'exécuteur et lui enjoignit de rapporter la tête de Jean.
Cet homme alla donc décapiter Jean dans sa prison, et, rapportant la tête sur le plateau, il la remit à la jeune fille.
La jeune fille l'offrit à sa mère *.
Ayant appris cet événement, les Disciples de Jean- Baptiste vinrent chercher son corps et l'ensevelirent dans un tombeau.
De retour auprès de Jésus, les Apôtres lui rendirent compte de toutes choses : et de leurs actes, et de leur enseignement.
1. L'histoire rapporte plusieurs faits semblables, par exemple, quand Agrippine fit exécuter Paulina LoUia; Antoine se faisait ap-
— Maintenant, leur dit-il, allons ensemble, en quelque endroit isolé, nous reposer un peu.
La multitude des allants et des venants ne leur laissaitpasmôme, en effet, le temps de prendre leur repas.
Ils montèrent dans la barque pour se retirer à l'écart dans un lieu solitaire.
Mais en les voyant s'éloigner, on devina où ils allaient. De toutes les bourgades, les foules y accoururent à pied, par la voie de terre, et y arrivèrent avant eux. Aussi Jésus, en débarquant, aperçut-il sous ses yeux une vaste multitude.
Il eut pitié de ce peuple, qui était là comme des brebis sans pasteur; et il se mit à leur donner de nombreux enseignements....
L*heure s'avançait cependant. Ses Disciples vinrent à Lui :
— Nous sommes ici dans un désert, lui dirent-ils, et déjà il se fait tard. Renvoyez-les donc pour qu'ils se dispersent çà et là aux environs, et que, dans les maisons de la campagne et dans les villages, ils cherchent à prix d'argent de quoi se nourrir.
— Donnez-leur vous-mêmes à manger, leur répondit Jésus.
— Pour faire cela, il nous faudrait tout d'abord aller acheter du pain pour deux cents deniers, repartirent-ils*.
porter la tête des proscrits pendant ses repas, et Fulvia prit la tète de Gicéron sur ses genoux, pour lui percer la langue avec des aiguilles.