‹ Les saints ÉvangilesChapitre 61 sur 93 · Genèse, II · texte numérisé non relu

Genèse, II

Sur la route, un jeune homme le rejoignit en courant, et se jeta à genoux devant Lui :

— Bon Maître, que ferai-je pour acquérir l'éternelle Vie?

— Pourquoi m'appelles-tu bon? lui dit Jésus. Nul n'est bon, si ce n'est Dieu seul !...

Tu n'es pas sans connaître les Commandements : « Ne commets point d'adultère, ni de meurtre, ni vc de vol. Ne porte point de faux témoignage. Abs- « tiens-toi de toute fraude; honore ton père et ta u mère.... »

— Tout ceci, Maître, je l'ai observé dès ma jeunesse.

Jésus, à cette réponse, le regarda et se sentit pris pour lui d'une sympathique affection.

— Une seule chose te fait défaut, lui dit-il. Va vendre et donner aux pauvres tout ce que tu possèdes : tu auras alors un trésor dans le Ciel.... Viens après cela, et suis-moi.

Cette parole jeta le jeune homme dans rabattement. Il s'éloigna tout triste, car il avait de vastes propriétés.

Jésus promena son regard sur ses Disciples :

— Combien difflcilement, leur dit-il, combien difficilement entreront dans le Royaume des Gieux ceux qui possèdent des richesses !

Les Disciples furent surpris :

— 0 mes enfants, reprit Jésus, qu'il est malaisé

à ceux qui ont loi en Targent de pénétrer dans le Royaume de Dieu! Il y a moins de difficulté pour un chameau de passer par le «Trou de TAiguille», qu'il n'y en a pour un riche à entrer dans le Divin Royaume *.

Ils étaient de plus en plus étonnés.

— Qui donc pourra se sauver?

Telle était la pensée qu'ils se communiquaient les uns aux autres.

L'œil de Jésus se leva sur eux :

— Humainement, cela est impossible, dit-il; mais non pas avec l'aide de Dieu : avec l'aide de Dieu tout est possible.

— Pour nous, lui dit alors Pierre, nous avons tout quitté afin de vous suivre....

— En vérité, je vous le déclare, reprit Jésus, personne, à cause de moi et de la Ronne Nouvelle, ne quittera sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou son fils, ou ses terres, sans qu'il ne reçoive en récompense, dès maintenant et en ce temps présent, au moins le centuple: maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, môles à des persécutions ; — et ensuite, dans le siècle futur, la Vie éternelle.

Reaucoup, cependant, qui sont les ])remiers seront les derniers ; et beaucoup qui sont les derniers, seront les premiers.

1. Voyez sur le a Trou do l'Aiguille » la noie de la page lOi de tîaint Matthieu.

Ils suivaient toujours la direction de Jérusalem. Jésus marchait en avant des Disciples, pour lesquels ce voyage était un sujet d'efîroi. Ceux qui continuaient à le suivre étaient bouleversés de terreur.

De nouveau il groupa les Douze auprès de Lui, et leur exposa ce qui allait lui advenir :

— Nous allons à Jérusalem, et le Fils de THomme y sera traîtreusement livré aux Chefs des prêtres, aux Scribes et aux Anciens. Ceux-là le condamneront à mort et remettront sa personne aux hommes de l'Étranger. Ils se joueront de lui; ils lui cracheront au visage; ils le flagelleront ; ils le feront périr- Mais, le troisième jour y il ressuscitera.

Jacques et Jean (les deux fils de Zébédée) s'étaient approchés :

— Maître, lui dirent-ils, quoi que ce soit que nous allions vous demander, nous voulons que vous nous l'accordiez !

— Que désirez-vous donc que je fasse pour vous?

— Assurez-nous que nous siégerons, — au jour de votre Gloire, — Tun à votre droite et l'autre à votre gauche.

SAINT MARC, X, 38-(l6- 223

— Vous ne savez ce que vous demandez, leur répondit Jésus. Pouvez-vous donc boire le Galice que je bois? pouvez-vous être baptisés de ce même baptême dont je dois être baptisé?

— Nous le pouvons, affirmèrent-ils.

— Eh bien, reprit Jésus, le Galice que je dois boire, vous le boirez aussi, et vous serez baptisés du même baptême que Moi. Mais, quant à vous faire siéger à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi. C'est à ceux pour lesquels ils sont préparés que ces trônes appartiendront.

Les dix autres avaient entendu. Ils s'indignèrent contre Jacques et Jean.

Jésus alors les appela tous :

— Vous savez, leur dit-il, que ceux qui s'imaginent régner sur les Nations en sont les dominateurs , et que l'on fait consister la primauté dans le pouvoir et le commandement sur les autres. Mais, parmi vous, telle n'est point la règle. Parmi vous, tout au contraire, celui qui voudra être le plus grand devra se faire votre serviteur : parmi vous, celui qui voudra être le premier devra devenir l'esclave de tous. Car le Fils de l'Homme, lui-même, n'est pas venu afin d'être servi, mais afin de servir et de donner sa vie pour la Rédemption des multitudes.

Ils étaient arrivés à Jéricho.

Lorsqu'il sortit de la ville avec ses Disciples, une foule nombreuse se pressa sur ses pas.

Assis sur le bord de la route, un aveugle mendiait. 11 se nommait Bar-Timée (fils de Timée).

Dès que cet homme eut entendu dire que c'était Jésus le Nazaréen, il commença à crier vers lui pour l'implorer :

— Jésus, fils de David, ayez pitié de moi! Beaucoup s'efTorçaient avec menaces de le faire

taire. Mais, quant à lui, il n'en persistait que plus fort à faire entendre ce cri :

— Jésus, fils de David, ayez pitié de moi ! Jésus s'arrêta et le fit appeler.

— Prends confiance, lui dirent ceux qui allèrent le chercher, et lève-toi : il te demande.

L'Aveugle se dressje à ces mots. Et, rejetant son manteau, il s'avance vers Jésus. Celui-ci l'interroge :

— Que veux-tu que je fesse pour toi?

— Que j'y voie ! Seigneur, répondit l'Aveugle.

— Va ! lui dit Jésus : ta foi vient de te guérir. Et, subitement, l'Aveugle vit. Et il se mit à marcher dans le chemin, à la suite de Jésus.

Lorsqu'ils furent tout proches de Jérusalem et de Béthanie, aux environs du mont des Oliviers, il prit deux Disciples pour messagers :

— Allez à ce village, qui est devant vous, leur

SAINT MARC, XI, 2-11. * 2'lb

dit-il. A peine y serez-vous entrés que vous trouverez un ànon sur lequel nul homme ne s'est encore assis. 11 sera attaché. Dénouez la corde et amenez-le. Si l'on vous demande ce que vous faites, vous répondrez que le Seigneur en a besoin : et tout aussitôt on vous permettra de le prendre.

Ils partirent; et, au détour du chemin, ils trouvèrent en effet Tànon, attaché tout contre la porte extérieure. Ils le délièrent.

— Que faites vous donc ? leur dirent quelquesuns de ceux qui étaient là, et pourquoi détachezvous cet ânon ?

Ils répondirent conformément aux prescriptions de Jésus, et on le leur laissa emmener.

Conduisant donc Tânon à Jésus, ils placèrent leurs habits sur Tanimal : et le Sauveur s'assit dessus.

Sur son passage, un grand nombre étendaient à terre leurs vêtements, en forme de tapis.

D'autres coupaient le feuillage des arbres et en jonchaient le chemin.

Devant lui, derrière lui, tous ceux qui lui faisaient cortège poussaient des acclamations :

— Soyez notre Sauveur! s'écriaient-ils... Qu'il soit béni Celui qui vient au Nom du Seigneur !... Qu'il soit béni!... Le règne de notre père David commence !... Hosannah ! au plus haut des Cieux!...

C'est ainsi qu'il arriva à Jérusalem et fît son entrée dans le Temple.

Il promena, autour de lui, son regard sur toutes

• p. 560,^. oGl, a.

choses ; mais, comme la nuit approchait, il retourna du côté de Béthanie avec les Douze *.

Le lendemain, comme tous ensemble repartaient de Béthanie, Jésus eut faim. Apercevant de loin un figuier déjà recouvert de son feuillage, bien que ce ne fût pas encore le moment des figues, il se dirigea vers cet arbre, pour voir s'il n'y découvrirait point quelque fruit. Mais, dès qu'il s'en fut approché, il n'y trouva que des feuilles.

Jésus alors, s'adressant à l'arbre, prononça ce mot qui fut entendu de tous les Disciples :

— Que personne ne mange désormais de ton fruit M

1. Le départ de Jésus dès que vint la nuit s'explique aisément. Les Sanliédrites en effet, d'autant plus acharnés à le perdre qu'ils le voyaient prendre plus d'empire, épiaient toutes ses démarches . Réduits à dévorer leur dépit pendant ce jour de triomphe, ils retrouvaient avec la nuit la facilité de se venger. Rien de plus aisé; au milieu de la ville endormie, que de saisir le Nazaréen. Jésus prévint le danger, et se retira avec ses Apôtres du côté de Bélhanie. (L'abbé Fouard.)

2. Pour bien comprendre ceci/ il faut se souvenir que le figuier se couvre de fruits ava^it de pousser ses feuilles. De sorte que le simple fait de présenter aux regards son feuillage prématuré était comme la promesse d'avoir déjà sur ses branches des figues précoces. C'est ainsi que, pour cueillir de quoi apaiser sa faim, Jésus se dirige vers ce figuier; figuier non seulement stérile par l'absence de fruits, mais trompeur par le riche étalage de sa verdoyante ramure. De là le terrible anathèmo que Jésus prononce, sous le symbole et l'image de cet arbre, contre les orgueilleux hypocrites, contre les homiçes pharisaïques qui présentent des paroles au lieu d'actions, des apparences vaincs au lieu de réalités, des feuilles au lieu de fruits, la forme au lieu du fond.

SAINT MARC, xr, 15-20. 227

A Jérusalem, Jésus, entrant dans le Temple, expulsa tout d'abord les vendeurs et les acheteurs. 11 renversa sens dessus dessous les comptoirs des changeurs et les escabeaux des marchands de colombes. 11 s'opposa également à ce que qui que ce fût, chargé de tel ou tel fardeau, prît le Temple pour lieu de passage. Et en même temps, il formulait la leçon :

— N'était-ce point prophétisé? disait-il : « Oui, « tandis que ma Maison est proclamée par tous, — « par les gentils eux-mêmes! — une Maison de « prières, vous en avez fait, vous, une caverne de a voleurs ^l »

En Tentendant tenir un tel langage, les Grands-Prêtres et les Scribes se demandaient par quels moyens ils le feraient périr. Ils étaient en effet très effrayés de Lui, à cause du peuple qui était universellement merveille de sa doctrine.

Quand vint le soir, il sortit de la Ville.

Le jour d'après, les Disciples en passant virent le figuier de la veille desséché jusqu'à la racine.

1. L'idée du respect universel du Temple et de la Religion ainte, même par les infldèles, est ici opposée par le Sauveur au mépris qu'en faisaient les Prêtres juifs. Étant donnée la nature humaine^ ces justes reproches devaient les exaspérer.

— Maître , — lui dit Pierre se ressouvenant de ce qui s'était passé, — Maître, voici le figuier que vous avez maudit.... 11 s'est desséché!

— Ayez foi en Dieu! répondit Jésus, s'adressant à tous les Disciples.... En vérité, je vous le déclare : que quelqu'un, sans aucune hésitation dans son cœur et avec une foi entière en l'accomplissement de sa Parole, dise à celle montagne : « Soulève-toi et jette-toi dans la mer », le fait se réalisera à son commandement.

Et c'est pourquoi je vous dis: « Tout ce que vous « demanderez dans la prière, ayez foi que vous 1 ol)- « tiendrez, et cela vous sera en effet accordé.... » Mais il faut, quand vous vous mettez à prier, pardonner à toute personne contre qui vous pourriez avoir quelque chose, afin que voire Père, Celui qui est dans les Cieux, vous pardonne aussi vos offenses. D'ailleurs, si vous ne pardonnez point, votre Père qui est dans les Cieux ne vous pardonnera point non plus vos péchés.

De nouveau ils étaient retournés à Jérusalem. Et comme il allait et venait dans l'enceinte du Temple, les Grands-Prêtres, les Scribes et les Anciens l'entourèrent.

— Quels sont vos titres à vous permettre tout ce que vous faites ici? lui demandèrent-ils. Et qui vous a octroyé le pouvoir d'agir de la sorte ?

— A mon tour, leur repartit Jésus, je vous poserai, à vous, une question, une seule. Et si vous

SAINT îiiARC, XI, 29-33; XII, 1-2. 229

y répondez, je vous dirai, moi aussi, en verlu de quel pouvoir je fais tout cela : •— Le baptême de Jean, d'où dérivaii-il?Du Ciel ou des hommes? Répondezmoi.

— Si nous disons « du Ciel », pensèrent-ils en euxmêmes, il nous répliquera : « Pourquoi donc n'y avez-vous pas cru? » Et si nous disons « des hommes », nous avons à craindre le peuple.... »

La multitude, en effet, considérait Jean comme étant véritablement un Prophète.

— Nous rignorons, répondirent-ils.

— Eh bien, je ne vous dirai point, moi non plus, en vertu de quelle autorité je fais ces choses.

— Un homme, ajouta alors Jésus, sous forme de parabole, un homme avait planté une vigne. Il l'avait entourée d'une haie et munie d'un pressoir; il y avait construit une tour. Après quoi, la confiant à des cultivateurs, il était parti pour un pays lointain.

Le moment venu, il chargea l'un de ses serviteurs de se rendre auprès des vignerons pour re cueillir de leurs mains les fruits de sa vigne. Mais voici que ces vignerons se saisirent du serviteur^ l'accablèrent de coups et le renvoyèrent les mains vides.

Il leur en expédia un autre qu'ils battirent, qu'ils

blessèrent à la tête, à qui ils flrent subir mille outrages.

Le Maître persista et leur en adressa un troisième qu'ils tuèrent, puis encore plusieurs après celui-là : ils assommèrent les uns ; ils assassinèrent les autres.

Il avait cependant un bien-aimé fils, un fils unique. — « Mon Fils, à moi, les tiendra en respect », pensa-t-il.... Et il en fit auprès d'eux son dernier messager.

Or il advint, au contraire, que ces colons se dirent Tun à l'autre :

— Celui-ci est Théritier. Allons! Mettons-le à mort et l'héritage sera à nous.

Et ils se précipitent sur lui, le massacrent et jettent son cadavre hors de la vigne.

Que fera donc le Maître de la vigne? Il viendra et exterminera les vignerons. Puis il confiera sa vigne à d'autres ouvriers.

N'avéz-vous pas, d'ailleurs, lu ce texte? « La pierre ce qu'ont rejetée les Architectes, c'est celh-là précice sèment qui est devenue le sommet de V angle. Telle ce est l'œuvre admirable que le Seigneur accomplit ce sous nos yeux. »

Comprenant que c'étaient eux qu'il avait en vue dans cette parabole, Grands-Prêtres, Scribes et Anciens furent tentés de le faire arrêter. Mais le peuple leur fit peur.

Ayant donc quitté Jésus et s'étant retirés, ils ne lardèrent pas à lui dépêcher quelques Pharisiens et des gens de la cour d'Hérode pour tâcher de lui faire prononcer quelque parole compromettante.

— Maître, lui dirent ceux-ci , nous savons que vous êtes un homme de vérité; nous savons que vous n'avez souci ni appréhension de qui que ce soit; car, sanstenir compte de plaire ou de déplaire aux hommes, vous enseignez, telle qu'elle est, la voie de Dieu. Eh bien, est-il licite de payer le tribut à César ou est-ce pour nous un devoir de ne pas l'acquitter?

11 comprit leur perfidie :

— Pourquoi me tendez-vous un piège? leur repartit-il.... Apportez-moi cependant un denier, afin que je l'examine.

Ils en mirent un sous ses yeux.

Et alors il leur demanda :

— De qui l'effigie et la suscription que voici?

— De César, dirent-ils.

— Rendez donc à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Telle fut, à leur grand étonnement, la réponse de Jésus....

Les Sadducéens, qui prétendent qu'il n'y a point de Résurrection, l'interrogèrent aussi* :

— Maître, dirent ceux-là, Moïse nous a fait cette prescription : « Si un homme meurt, laissant sa « femme sans enfants, son frère devra épouser sa c< veuve et reconstituer sa race ».

Or, sept frères se sont rencontrés, desquels le premier a pris femme et est mort ensuite sans descendance. Le second ayant épousé la veuve est également décédé sans avoir d'enfant. De même du troisième. En un mot, tous les sept pareillement ont épousé la femme et sont morts sans postérité. La femme enfin, restée la dernière, est passée de vie à trépas.... Eh bien, à, la Résurrection, lorsqu'ils ressusciteront, duquel d'entre eux sera-t-elle la femme, tous les sept l'ayant épousée?

— L'erreur que vous faites présentement, leur

1. Les Sadducéens niaient l'immorlalité de l'âme el lexislencc des Anges. Ils différaient encore des Pharisiens en ce qu'ils n'admettaient rien d'authentique en dehors de l'Écriture, dont ils n'acceptaient même que ce qu'on appelle la Loiy c'est-à-dire les livres de Moïse, rejetant tout ce qui lui était postérieur. « Les Pharisiens, dit Josèphe, ont donne au peuple des traditions qu'ils ont reçues des ancêtres, et qui ne sont point écrites dans les Livres de Moïse. Les Sadducéens ne leur reconnaissent aucune autorité, disant qu'on ne pouvait admettre que ce qui était écrit dans ces Livres. De là grande controverse entre les deux sectes, les Sadducéens ayant les riches dans leur parti, et les Pharisiens ayant la faveur de la multitude. »

rej)artit Jésus, n'est-elle pas la preuve que vous ignorez à la fois et les Écritures et la puissance de Dieu?

Lorsque Ton ressuscitera d'entre les morts, il n'y aura plus, en effet, ni époux ni épouses. Dans le Ciel, on sera comme des Anges.

Et, quant à la Résurrection même des morls, n'avez-vous pas vu dans le Livre de Moïse en quels termes le Seigneur lui parla dans le buisson ardent : « Je suis, dit-il, le Dieu d'Abraham, le Dieu »< d'Isaac, le Dieu de Jacob »? Ce n'est point de morts, mais de vivants qu'il est le Dieu. Vous commettez donc une grande erreur •.

Un Scribe aborda Jésus. Ce Scribe venait d'entendre les Sadducéens Tinterroger ; et trouvant qu'il leur avait parfaitement répondu, il lui demanda quel était, parmi les Commandements, le premier de tous *.

1. Pour prouver la vérité de la résurrection, dit saint JérômCj le Seigneur eût pu présenter des texlci éclalants, tels que : Siiscitabuntur rnortui et résurgent qui in sepulcro sunt; ou encore: Multi dormientium de terras pulvere cons urgent. Mais comme les Sadducéens n*acceptaient ni Isaïe, ni Daniel, dans lesquels ces fiaroles sont écrites, Jésus-Christ leur cite la Loi de Moïse, et il en lire la preuve de la résurrection, en disant : a Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants ». Les patriarches sont donc vivants. (Le P. Lamy.)

2. C'était là une des questions que s'adressait fout esprit sérieux au milieu des futiles discussions de la Synagogue. Dans leur culte de la I^oi. en effet, les maîtres d Israël faisaient de la morale

Jésus prononça ces mots :

— Parmi les Commandements, le premier de tous est celui-ci :

« Écoute, Israël ! le Seigneur ton Dieu est Tuni- « que Dieu. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de « tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit^ « de toute la puissance qui est en toi, »

Tel est le premier de tous les Commandements. Et celui qui vient en second lieu lui est tout semblable :

ce Tu aimeras ton prochain^ à la façon dont tu <c t'aimes toi-même. »

Il n'est point de commandements plus grands que ceux-là.

— Très bien, Maître! s'écria le Scribe. Vous êtes dans la vérité, lorsque vous dites qu'il est un seul Dieu et qu'il n'y en a pas d'autre que Lui ; lorsque vous déclarez que chacun le doit aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute son àme, de toute son énergie; lorsque vous proclamez qu'aimer son prochain à la façon dont on s'aime soi-même vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices.

— Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu, lui dit alors Jésus, remarquant la sagesse de ses paroles.

Depuis ces diverses réponses, personne ne se hasardait à soulever de discussion contre lui.

un labyrinthe sans issue^ accumulant préceptes sur préceptes et disputant à l'inûni sur chacun d'euv. Pour les uns, les commandements de la tradition l'emportaient sur ceux de Moïse. Pour d'autres, l'essentiel était de suivre exactement les coutumes pharisaïques. Le Scribe demandait à Jésus de prononcer. (L'abbé f ouard.)

SAINT KAnC, XH, 35-41. 235

Un jour Jésus enseignait dans le Temple.

— Comment, disait-il, les Scribes vont-ils déclarant que le Christ est fils de David , puisque David lui-même, rempli de TEsprit-Saint, s'exprime ainsi : c< — Jéhovah a dit à mon Seigneur : « Siège à ma « droite jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis Tes- « cabeau de tes pieds. » Si David l'appelle Seigneur, comment donc en même temps est-il son fils?

Une foule nombreuse prenait plaisir à l'écouter.

— Méfiez-vous, leur recommandait-il, méfiezvous de ces Docteurs qui se complaisent à se promener en robes solennelles, à. recueillir des hommages sur les places publiques, à s'installer aux premiers sièges dans les synagogues et aux premières places dans les festins, et qui, sous prétexte de longues prières, dévorent le patrimoine des veuves. C'est pour eux, c'est pour ces hommeslà que le Jugement aura le plus de rigueur.

Jésus s'était assis vis-à-vis du tronc; et il examinait comment, dans l'assistance, chacun y déposait son offrande.

Nombre de riches y avaient déjà jeté avec ostentation beaucoup d'argent, lorsque survint une veuve misérable qui y glissa deux petites pièces valant ensemble un liard, le quart d'un sou.

Il appela ses Disciples et leur dit :

— En vérité, je vous déclare que cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tous les autres.... Car tous les autres, pour donner, ont puisé dans leur superflu : mais celle-ci, prenant sur son indigence, a versé dans le tronc de Taumône ce qu'elle avait pour vivre.

— Regardez, Maître, lui dit un de ses Disciples au moment où il venait de sortir du Temple, regardez donc quels blocs de pierre et quelles constructions !

— Eh bien ! lui répondit Jésus, de tous ces grandioses édifices qui frappent ton regard, il ne restera pas debout pierre sur pierre : tout sera renversé'.

1. Trente-cinq ans plus tarJ, ce saDctuaire s'écroulait au milieu (les flammes pour n'être jamais relevé. Vainement Julien TApostat tenta de faire mentir la parole du Christ; de ces ruines, amoncelées par la main de Dieu, le l'eu s'élança tout à coup et mit en fuite les ouvriers épouvantés. (L'abbé Fouard.)

11 alla s asseoir sur le mont des Oliviers, en face (lu Temple. Pierre, Jacques, Jean et André l'interrogèrent en particulier :

— Apprenez-nous donc, lui demandèrent-ils, à quel moment ceci aura lieu, et quel sera le signe que toutes ces choses vont commencer à s'accomplir?

— Soyez en éveil, pour que personne ne vous séduise. Beaucoup, en effet, se présenteront, avec mon propre nom, se disant Moi-même, et égareront les multitudes.

Lorsque cependant vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerre, ne vous alarmez point. Tout cela doit arriver, mais ce ne sera pas encore la fin. Race contre race, et royaume contre royaume, se lèveront en effet : il y aura çà et là des tremblements de terre et des famines. Ce seront les premières douleurs.

Prenez pourtant garde a vous-mêmes! Car on vous traduira devant les tribunaux; dans les synagogues vous serez frappés de verges; vous comparaîtrez en présence des magistrats et des rois pour êtredevant eux témoins et martyrs à cause de Moi... Il faut, avant tout, que la Bonne Nouvelle soit proclamée dans toutes les Nations.

Quand vous serez entraînés et mandés de la sorte, n'ayez aucune préoccupation de ce que vous aurez iï répondre, et parlez au contraire suivant l'inspi-

* 1». [>GI, e.

ration qui vous sera donnée en cette heure-là : car ce sera la parole de TEsprit-Saint, et non plus la vôtre qui sortira en ce moment de vos lèvres.

De frère à frère, de père à fils on s'enverra à la mort. Les enfants se révolteront contre leurs parents et les feront périr. Ainsi, à cause de mon Nom, vous serez en butte à la haine universelle. Toutefois, celui qui tiendra bon jusqu'à la fin sera sauvé.

Mais quand vous verrez l'abomination de la désolation, installée précisément au lieu où elle ne doit pas être (entendez bien, vous qui lirez ceci!), alors que ceux qui sont en Judée s'enfuient dans les montagnes. Que celui qui sera sur la terrasse de la maison se garde bien d'en descendre pour aller chercher quelque chose à l'intérieur du logis ; et que celui qui sera dans le champ ne retourne point sur ses pas pour prendre son manteau!... Malheureuses les femmes qui, en ces jours, seront enceintes ou qui auront un nourrisson !

Priez, priez, pour que tout cela n'advienne point en hiver. Car ce seront des tribulations telles qu'il n'y en a pas eu de pareilles, depuis que Dieu commença à créer, jusqu'au temps présent, telles qu'il n'y en aura jamais : — de sorte que,, si le Seigneur n'en avait abrégé la durée, nulle chair n'eût été sauve. Mais à cause des élus, qu'il a choisis, ces jours ont été abrégés.

Que si quelqu'un vous dit alors : « Le Christ est ici », ou « Il est là », gardez-vous de le croire. Car il surgira de faux Christs et de - soi-disant Pro-

SAINT MARC, XIlI, 22-34. 239

phètes ; et ils opéreront des signes et des prodiges, afin d'entraîner dans Terreur, si cela se peut, les élus eux-mêmes. Pour vous, tenez-vous en éveil, puisque je vous ai avertis de tout

En cette époque pourtant et à la suite de cette tribulation, le Soleil se couvrira de ténèbres et la lune perdra sa lueur ; les étoiles tomberont : les forces qui agissent dans le ciel seront ébranlées. Et c'est alors que Ton verra, au sein des nuées, le Fils de THomme venant avec grande puissance et majesté : c'est alors qu'il enverra ses Anges et rassemblera les élus des quatre points cardinaux, depuis les extrémités de la terre jusqu'aux confins du ciel....

Écoutez la comparaison que je prends dans le figuier. Quand sa ramure devient tendre et que naissent ses feuilles, vous comprenez que Tété est proche. De même aussi, quand vous verrez tout cela se produire, sachez que le Fils de THomme est proche, tout contre la porte.

En vérité, je vous le déclare, cette race [la race humaine] ne s'éteindra pas que toutes ces choses s'accomplissent. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.

De ce jour et de cette heure nul ne connaît le secret ,ni les Anges dans le ciel, ni le Fils : nul, excepté LE PÈRE.

Ayez l'œil ouvert, tenez-vous en éveil, et priez, puisque vous ne savez pas quand viendra le moment.

240 SAINT MARC, xiii, 34-37; xiv, 1-3.

Lorsqu'un homme part pour un long voyage et quMl laisse sa maison, donnant pouvoir à ses serviteurs, à chacun suivant sa fonction, il recommande au portier de veiller. Veillez donc, vous aussi, puisque vous ignorez à quel. instant, se présentera le Maître de la maison, ne sachant si ce sera le soir, ou à minuit, ou au chant du coq, ou dans la matinée. Veillez, de peur qu'arrivant à Timproviste il ne vous trouve endormis.

Or ce que je vous dis à vous, je le dis à tous : c^ Veillez ! »

Deux jours après, c'était le repas de la Paque et des pains sans levain.

Les Grands -Prêtres et les Scribes cherchaient les moyens de s'emparer de Jésus par ruse, et de le faire périr.

— Que ce ne soit pourtant point durant la fête, disaient-ils, de peur de quelque soulèvement populaire.

Jésus était alors à Béthanie dans la maison de Simon le Lépreux, où il dînait. Une femme se présenta, portant à la main un vase d'albâtre qui contenait un parfum d'épi de nard, d'un très grand prix*. Et voilà que, brisant le vase d'al-

1. Le parfum provenant des épis était très supérieur à celui qui se lire des feuilles ou des racines de celte plante.

SAINT MARC, XIV, 3-11. 2k{

Imtre, elle répandit ce parfum sur la tête de Jésus*.

Or il s'en trouva quelques-uns qui accueillirent un tel acte avec un vif mécontentement :

— A quoi bon perdre ainsi inutilement ce parfum? murmuraient-ils de Tun à l'autre. Ce parfum, on aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et en donner le prix aux pauvres* !

Et ils s'irritaient contre cette femme.

— Laissez-la donc ! dit Jésus : pourquoi la tourmentez-vous? C'est une bonne œuvre qu'elle remplit envers Moi. Car les pauvres, vous les avez toujours parmi vous; et, quand vous le voudrez, vous pourrez leur faire du bien : mais Moi, vous ne m'aurez pas toujours. Elle a fait ce qu'elle a |)u : et voici que, à l'avance, elle parfume mon corps pour la sépulture. Aussi vous annoncé-je en toute vérité que partout où sera prêché cet Évangile, — dans le monde entier, — on racontera, pour célébrer sa mémoire, ce qu'elle vient d'accomplir.

Là-dessus, l'un des douze, Judas Iscariote, alla trouver les Grands-Prêtres pour le leur livrer par trahison.

Tressaillant de joie à une telle proposition, ceu\-

1. 'AXàêaoTp&v. Celait une longue fiole, au col étroit, fermée par un bouchon de liège; il suffisait de presser le haut de ce vase fragiio pour le briser et répandre le parfum : <i unguenla optime servantur in alabnstris », dit Pline {Historia naturalis, XIII, 3).

'2. Trois cents deniers. Environ six à sept cents francs de noire monnaie. D'après Pline, le prix des épis de nard était de cent deniers la livre, soit environ trois cents francs le kilogramme.

ci rassurèrent d'une somme qu'ils lui donneraient : et dès lors, il chercha quelque occasion propice pour trahir et livrer Jésus.

Le premier jour des Azymes, durant lequel s'effectue le sacrifice pascal, était arrivé.

— Où voulez-vous, demandèrent les Disciples à Jésus, que nous allions vous préparer ce qui est nécessaire pour le repas de Pâques ?

Il confia cette mission à deux d'entre eux :

— Allez en ville. Vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le; et dites au propriétaire du logis où il entrera que le Maître lui adresse cette question : « Où est le lieu qui a été « disposé pour que j'y célèbre, avec mes Disciples, « le festin de la Pâque? » Lui-même alors vous montrera une grande salle à manger, tendue de tapisseries. Faites-y pour nous les préparatifs.

Les Disciples partirent, allèrent en ville, trouvèrent toutes choses comme il l'avait annoncé et préparèrent le repas pascal.

Le soir venu, il s'y rendit avec les Douze.

Donc ils étaient à table, et, durant le repas, Jésus prononça ces paroles :

— En vérité je vous le déclare, Tun de vous, — qui mange avec moi, — me livrera par trahison....

Les Disciples devinrent tout tristes; et chacun alors de lui dire : « — Serait-ce moi ? »

— L'un des Douze, continua-t-il, dont la main prend avec moi sa part au même plat !...

Le Fils de l'Homme cependant poursuit son chemin, suivant ce qui est écrit de Lui. Mais malheur à celui par lequel le Fils de l'Homme sera traîtreusement livré I Mieux vaudrait pour cet homme-là ne jamais être né....

Pendant le souper, Jésus prit du pain, le bénit et le distribua à ses Disciples :

— Mangez, dit-il, Ceci est mon corps.

Il prit également la coupe, rendit grâces, la leur donna et dit :

— Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle, qui sera répandu pour le salut des multitudes. Et désormais, je vous l'annonce en toute vérité, désormais, je ne vais plus boire de ce fruit de la vigne, jusques en ce jour où je le boirai, sous une forme nouvelle, dans le Royaume de Dieu.

Après l'hymne d'actions de grâces, ils sortirent dans la direction du Mont des Oliviers et Jésus leur parla ainsi :

— En présence du péril vous me ferez tous défaut, durant le cours de cette nuit. Il est prophétisé, en

244 SAINT Î^IARC, XIV, 27-35.

effet : « Je frapperai le Pasteur et les brebis seront dispersées. » Toutefois, quand je serai ressuscité, j'irai devant vous en Galilée.

Pierre se récria :

— Quand môme en face de l'épreuve tous ceuxci vous feraient défaut, je ne défaillirai jamais, moi.

— Je te le dis en toute vérité, reprit Jésus, toimême, aujourd'hui, durant cette nuit, avant que le coq ait deux fois chanté, tu me renieras trois fois.

Pierre insista avec plus de force :

— iMe fallût-il périr avec .vous, je ne vous renierai point!

Tous les autres s'exprimèrent de même.

Ils arrivèrent cependant dans la campagne, en un lieu du nom de Gethsémani.

— Asseyez-vous là, pendant que je prierai, dit-il à ses Disciples.

Et il emmena avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il ne tarda pas à être en proie aux angoisses et à l'abattement.

— Mon ilme, leur dit-il, est triste jusqu'à la mort. Tenez-vous ici et veillez.

S'étant écarté de quelques pas, il se prosterna, la face contre terre, priant que s'éloignât de lui, si faire se pouvait, le moment qui allait venir.

— Abba [ce mot signifie Père], ô Père, disait-il, tout vous est possible. Écartez loin de moi un semblable calice !... Toutefois, non ma volonté, mais la vôtre !

Il retourna auprès des Disciples et les trouva endormis.

— Tu dors, Simon ! dit-il à Pierre. N'as-tu donc pu veiller seulement une heure ? Veillez et priez, afin de ne pas entrer eji tentation, car Fesprit est plein d'ardeur, mais la chair est faible.

Il s'en alla de nouveau et pria, répétant les mêmes paroles.

Puis il revint encore et les trouva dormant. Leurs yeux en effet étaient appesantis. Ils ne surent que lui répondre.

A son troisième retour vers eux, il leur dit :

— C'est assez ! Dormez à présent et reposez-vous . . , .

— Et maintenant, l'heure est venue! Le Fils de l'Homme va être livré entre les mains des pervers.... Levez-vous et avançons ! Déjà s'approche celui qui me trahit....

Il parlait encore lorsque arriva Judas Iscariote : — l'un des Douze !

Les Grands-Prêtres, les Scribes et les Anciens avaient adjoint à cet homme une nombreuse troupe, armée de glaives et de bâtons.

Le traître était convenu d'un signe :

— Ce sera celui que j'embrasserai, avait-il dit. Appréhendez-le au corps et emmenez-le, — mais en prenant bien toutes vos précautions I

Donc, en arrivant, il aborde Jésus :

— Bonjour, Maître! dit-il.

Et il l'embrasse avec effusion.

Aussitôt les gens de la troupe mettent la main sur Jésus et s'assurent de sa personne.

L'un de ceux qui entouraient le Seigneur tire son glaive. Il en frappe un des serviteurs du Grand- Pontife et lui coupe l'oreille.

La voix de Jésus se fait entendre :

— Vous venez vous saisir de moi comme d'un voleur, avec des armes et des bâtons. Et lorsque chaque jour, au milieu de vous, j'enseignais dans le Temple, vous ne m'avez point arrêté.... Ainsi se devait accomplir ce qui est marqué dans les Écritures,

L'abandonnant en ce moment, tous les Disciples s'enfuirent. Seul, et sans autre vêtement qu'un manteau de lin dont il s'était enveloppé, un jeune homme se mit à marcher sur ses pas, mais les agents se précipitèrent sur lui. Le jeune homme alors s'échappa tout nu, laissant le manteau entre leurs mains.

Jésus fut conduit au Grand-Pontife. Les Grands- Prêtres, les Scribes, les Anciens, s'assemblèrent.

Pierre, qui s'était hasardé à le suivre de loin, parvint aussi jusque dans le parvis du Pontife. Là, il s'assit auprès du feu, mêlé aux serviteurs de la maison, et se chauffant.

Les Grands-Prêtres et tout le Conseil cherchaient contre Jésus un témoignage qui fût suffisant pour le condamner à mort. Mais ils n'en trouvaient point, quoique plusieurs déposassent mensongèrement contre lui : leurs assertions, en effet, étaient contradictoires.

Il en surgit enfin quelques-uns qui portèrent à sa charge ce faux témoignage :

— Nous lui avons entendu proférer ceci : « Je « renverserai ce Temple, fait de main d! homme; et, <c en trois jours j'en bâtirai un autre qui ne sera « pas de main d*homme ».

Toutefois, la déclaration même de ceux-là ne concordait pas parfaitement.

Le Grand-Pontife se leva, au milieu de l'assemblée, et procéda alors à l'interrogatoire de Jésus.

— Ne réponds-tu rien, lui demanda-t-il, à ce que ces témoins affirment contre toi?

il garda le silence et ne répondit absolument rien. Le Grand-Pontife reprit son interrogatoire et lui posa celte question :

— Es-tu le Christ, le lils du Dieu béni ?

— Je le suis! répondit Jésus.... Et vous verrez le Fils de l'Homme, siégeant à la droite de la Toute- Puissance divine, et venant sur les nuées du Ciel.

Le Pontife, à ces mots, déchira ses vêtements :

— Qu'avons-nous encore besoin de témoins? s'écria-t-il. Vous avez entendu le blasphème!... Quelle est votre sentence?

Le verdict fut unanime. Us le déclarèrent coupable de crime capital.

Plusieurs lui crachèrent au visage. Puis on lui enveloppa la figure avec un voile et on l'accabla de soufflets.

— Prophétise ! criaient tous ces satellites, en le meurtrissant de coups.

Pierre était en bas, dans le parvis.

Survint Tune des servantes du Grand-Prétre. Elle aperçut Pierre qui se chauffait : elle arrêta sur lui son regard.

— Toi aussi, dit-elle, tu étais avec Jésus, le Nazaréen ?

Il le nia :

— Je ne sais pas môme ni ne comprends ce que ces mois signifient.

Il quitta la place pour s'en aller dehors, sur le devant du parvis.

SAïKï MARC, XIV, 68-72 ; XV, 1-2. 249

En ce moment le coq chanta. Mais de nouveau, rœil de la servante s'était porté sur lui :

— Il est de ces gens-là! répéta-t-elle, en s'adrcssant à tout l'entourage.

Derechef, Pierre nia.

Un instant s'écoula, après lequel ceux qui étaient présents recommencèrent à l'interpeller.

— Très certainement tu appartiens à cette bande, car, toi aussi, tu es Galiléen.

Ce furent alors de sa part des imprécations et dos serments :

— Je ne connais pas, s'écria- 1- il, je ne connais même pas cet homme , — dont vous parlez.

Soudain retentit encore le chant du coq.

Et tout aussitôt, se ressouvenant de la parole que lui avait dite Jésus : « Avant que le coq ait « deux fois chanté, trois fois tu me renieras », Pierre fondit en larmes.

Dès le matin, les Grands-Prêtres, les Anciens, les Scribes, tout le Sanhédrin, se rassemblèrent. Ils firent lier Jésus avec des cordes, l'emmenèrent et le remirent aux mains de Pilate.

— Tu es « le Roi des Juifs? ;> lui demanda Pilate.

— Comme vous le dites, lui déclara Jésus.

Les Grands-Prêtres cependant Taccusaient sur plusieurs chefs. Pilate l'interrogea une seconde fois :

— Tu ne réponds rien ? Songe donc à toutes les accusations que Ton accumule contre toi.

Mais, à la grande stupeur de Pilate, Jésus continua à garder le silence.

A Toccasion de la Fête, le Gouverneur avait coutume d'octroyer au peuple la délivrance du prisonnier, — quel qu'il fût — qu'il plaisait à la multitude de demander.

Or, il y avait sous les verrous un nommé Barabbas. Cet homme, qui avait commis un meurtre dans une sédition, était en prison avec les émeutiers.

Le peuple s'étant donc avancé vers le prétoire, revendiqua, par de grands cris, la faveur que le Gouverneur accordait toujours.

Pilate éleva la voix :

— Voulez-vous, leur proposa-t-il, que je vous délivre « le Roi des Juifs? »

11 n'ignorait point en effet que les Grands-Prêtres ne le livraient au supplice que par une haine jalouse.

Mais ces mêmes Grands-Prêtres poussèrent la foule à réclamer de préférence la grâce de Barabbas.

Pilate se fit entendre de nouveau :

— Que voulez- vous en ce cas que je fasse du Roi des Juifs ?

On cria encore :

— Cruciflez-le !

— Mais enfin, quel mal a-t-il fait? reprit le Gouverneur.

La clameur cependant devenait de plus en plus forte :

— Crucifiez-le !

Pilate alors, pour contenter la multitude, lui délivra Barabbas : et faisant flageller Jésus, il l'abandonna au supplice de la Croix<

Les soldats Tentraînent aussitôt dans la cour du prétoire et réunissent toute la cohorte. Ils TalTublent d'un manteau couleur de pourpre. Ils tressent une couronne avec des épines et la lui posent sur la tête. Puis ils lui rendent leurs hommages :

— Salut, « le Roi des Juifs ! »

Et, cela disant, ils lui frappent la tête à coups de roseau, ils lui crachent au visage, ils s'agenouillent et se prosternent comme en adoration devant lui. Après s'en être joués de la sorte, ils lui arrachent l'étoffe de pourpre, lui remettent ses habits et l'emmènent pour le crucifier.

En ce moment, vient à passer, au retour de sa maison des champs, un certain Simon de Gyrène, le père d'Alexandre et de Rufus. Ils le réquisitionnent de force pour porter la Groix *.

1. Ce service involontaire rendu au Sauveur a suffi pour tirer de l'oubli Simon le Cyrénéen. Était-ce un disciple du Christ? L'Évangile ne le dit pas^ mais saint Marc rappelle que Simon était

C'est ainsi qu'ils conduisent Jésus jusques ù l'endroit nommé en hébreu Golgotha, et en grec Calvaire [c'est-à-dire Place du Crâne humain].

Là, ils lui présentent à boire du vin mêlé de myrrhe. Il le refuse.

Le Crucifiement a lieu.

Ils se partagent ensuite ses vêtements, tirant au sort le lot de chacun.

Quand ils le clouent en croix, il n'est pas encore midi.

Une inscription marque son crime :

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