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LA VIERGE :NFANT JÉSUS

MUSÉE DE HERLIN

froissé des générations si austères. Ce fut la gloire de la Renaissance de lui assigner, dans le domaine de l’art reli-

gieux, la place que, depuis, elle n'a plus perdue.

Cialis, OI

r cependant, cette pauvre Renaissance, de quels méfaits certains critiques ne l'ont-ils pas chargée! A les entendre, elle aurait tué l’art religieux en y mélant des souvenirs du paganisme. E reur, triple et déplorable erreur, qui empéche beaucoup d'âmes pieuses de goûter tant de pages exquises, d'y retremper leur foi.

La vérité est que, trop respectueuse ou trop austère, depuis les débuts du Christianisme jusqu'à la fin du moyen-age, l'illustration des Évangiles ne se fit véritable ment vivante, intime, émue, qu'au xve siècle. Alors enfin, la fleur de poésie, la tendresse des sentiments, le mysticisme ailé et les cffluves idylliques qui forment, à nos yeux, la note dominante du vaste poëme composé par Saint Mathieu, Saint Luc, Saint Marc et Saint Jean, trouvèrent des interprètes dignes d'eux.

A la Vierge reine, se substitua la Vierge mère; après avoir si longtemps troné impassible et brillé de l'éclat d'une gloire céleste, Marie descendit sur terre, et se transforma en une jeune bourgcoise, parfois en une jeune paysanne, vivant de la même vie que ses adorateurs, Adieu désormais toute solennité, toute étiquette. Les traits mémes de la souveraine des cieux deviennent plus ou moins souffreteux, avec une nuance de morbidesse ou de mièvrerie. En vrais réalistes, les Flamands vont jusqu'à la représenter laide et vulgaire. Les Italiens font preuve d'autant de réalisme, mais, comme ils ont sous les veux des modèles plus beaux, leurs Vierges ont une physionomie plus sympathique, des traits plus réguliers, plus de galbe et de distinction.

Ici les artistes — et l’on ne saurait assez méditer cette anomalie — se séparent nettement des poètes et font bande à part, tout en vivant dans les mêmes ambiances. Aussi bien leur horloge retarde-t-clle d'ordinaire sur celle de leurs confrères de la littérature, et cela vaut micux: lessentiel, pour les virtuoses de l’ébauchoir, du crayon ou du pinceau, n'est-il pas de conserver un fonds de convictions, de candeur, de saint enthousiasme! Or, pour en revenir à la Renaissance italienne, en vain vous chercheriez chez ces humanistes, si savants et partant si artificiels, la dévoüon et l'émotion, les fraiches idylles ou les élans sublimes qui abondent chez les Fra Angelico ou les Botticelli. Ceux-ci respirent une atmosphère à part; l'inspiration, dans leur cœur croyant, se retrempe au contact des couches profondes, avec lesquelles, en vrais fils du peuple, ils vivent en communion incessante, tandis que les littérateurs, en vrais aristocrates, s'isolent jalousement dans leur tour d'ivoire.

Grâce à de tels interprètes, l'histoire de Marie, de son fils, de ses parents, se confond désormais avec les moindres épisodes de la vie de famille, y trouve un reflet ou un C'est d'abord cette enfance si recueillie,

écho. pure, si

MARIE AVEC L'ENFANT

MUSÉE DE BERLIN

NOTES

D'ART

miroir où chaque jeune fille aime à mirer ses espérances, ses rêves, ses illusions. Les rivalités des prétendants autour de la belle descendante de la tribu de Juda nous font assister au drame qui se renouvelle, pour chacun de nos contemporains, au sortir de l'adolescence. Mais voici que le choix du ciel et celui de Marie sont tombés sur le plus doux, le plus modeste. Est-il rien de plus touchant que le geste par lequel la future reine des cieux tend la main, dans le « Sposalizio » de Raphaël, par exemple, à l'élu de son cœur ! Quelle pudeur dans son regard, dans son maintien, mais quelle assurance aussi dans cette main tendue loyalement au fiancé pour qu'il y glisse l'anneau qui enchaine à jamais!

vient incarner le

Dans l'intervalle, l'Annonciation

trouble de la Vierge, manifester sa résignation où son effroi en présence de promesses comportant tant de souffrances. La rencontre avec Sainte Elisabeth, la Visitation, our l'appeler de son nom, traduit, dans une autre gamme, un exquis mélange de pudeur et d'orgueil, d'espérance et de responsabilité. J'ouvre ici une parenthèse, pour rappeler combien sont rares les peintres qui ont réussi à découvrir a formule de cet épisode si délicat, presque scabreux.

Raphaël lui-même ne l'a-t-il pas traité dans une note

trop leste lorsqu'il a peint son fameux tableau du tableau

du Musée de Madrid? La vraie solution nous a été donnée

ar quelques quattrocentistes, tel Domenico Ghirlandajo,

qui nous montrent la vicille Elisabeth s'agenouillant

dévotement devant sa jeune parente, devant sa future souveraine.

« Alle-

PÜnivers, la

Une scène émuc, radieuse, éblouissante, un

luia pour la Sainte Famille et pour Nativité, termine le premier acte du drame évangélique. Quelle mère n’a tressailli d'allégresse en contemplant ce spectacle !

Ainsi, à travers toutes les étapes de l'existence terrestre, les fidèles se règlent sur l'évocation des joies ou des douleurs de la famille céleste, y chérchent et y trouvent un encouragement où une consolation.

Ce fut encore Florence, la cité partagée entre les facultés critiques et les sublimes élans du cœur, qui, un siècle après avoir donné au monde Giotto, lui donna à son tour la Renaissance.

La révolution qu'y provoqua, au début de l'ère nouvelle, l'illustre et infortuné Masaccio, mort à vingt-huit ans, après avoir conquis l’immortalité, se borna avant tout, il est vrai, au domaine de la technique — les fresques de Saint

l'Histoire de Pierre, dans l'église des Carmes,

brillent par le naturel et l’aisance des figures et des

groupes plutôt que par l'intensité du sentiment reli-

gieux, mais la ferveur mélée à la poésie y proclama

presque simultanément ses droits. A l'ampleur et à la gra-

vité de Masaccio firent pendant, en effet, la fraicheur et la tendresse d'un peintre ombrien, momentanément fixé sur

les rives de l’Arno, à l'époque méme où prenaient nais-

sance les fresques du « Carmine» :je veux parler de Gentile

da Fabriano, qui peignit, en 1423, pour un patricien florentin, son incomparable Adoration des Mages. Un souffle

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